Quelques bulles efferve-scientes pour briller lors des réveillons quand on vous parle de Thomas Pesquet ou de l’aventure du sexe

Lors des trop longues soirées à attendre les douze coups de minuits, entre le fromage et le dessert, il y a toujours un moment auquel les moins endormis de la tablée vont tenter de briller, parlant de Freud, Baudelaire ou Hanouna (cherchez l’erreur). Et vous, pourquoi donc devriez-vous subir cette conversation ? On vous a trouvé deux albums de bande dessinée, à la fois fun et ultra-enrichissant pour rivaliser sans complexe avec les dikkeneks omniscients de Noël ou de la Saint-Sylvestre.

Dirtybiology

Un demi-million de followers sur Facebook, près de 50 000 sur Facebook, Dirtybiology, c’est une affaire qui roule et a trouvé depuis longtemps son public et ses addicts. Initié par Léo Grasset, un as bardé de diplômes en biologie, et secondé par Colas, son dessinateur de frère, cette grande aventure du sexe aussi loufoque que véridique ne se ferme pas de portes et s’ouvre celles de la bande dessinée. Dans la collection ultra-prometteuse de Boulet, Octopus, qui plus est. Excusez du peu. Une collection qui monte en puissance et propose ici une épopée terriblement addictive autour du phénomène le plus compliqué, le plus versatile mais aussi le plus important à la survie de la vie sur cette planète : le sexe.

© Léo et Colas Grasset chez Delcourt

Résumé de l’éditeur : Qu’est-ce que c’est le sexe ? Est-ce que ça a toujours existé ? À quoi ça sert ? Pourquoi y a-t-il des vagins et des pénis ? La promesse de DirtyBiology : tu voulais pas savoir, mais maintenant, c’est trop tard ! Saviez-vous que sur notre planète, certaines espèces ne font pas de sexe ? Qu’il existe une incroyable diversité de formes d’organes reproducteurs et que biologiquement, on peut faire du sexe sans sexes ? Des rites amoureux les plus improbables, à l’invention des mâles et femelles, en passant par le pseudo-sexe des bactéries et la sexualité des champignons : vous ne verrez plus le monde vivant du même oeil.

© Léo et Colas Grasset chez Delcourt

Égocentrique que nous sommes, nous les hommes, on aurait tendance à généraliser le sexe à ce que nos comportements en disent, dans l’union physique et charnelle de deux êtres. Cela ne serait pourtant que la partie des icebergs. Et comme il serait dommage de jouer les Titanic du savoir, Léo et Colas nous aident à voguer sur cet océan (sans fond ?) de la ligne d’horizon aux abysses, croisant de drôle de poissons capables de changer de sexe dans des harems immobiles ou dans des gangbangs éreintants de crépidules (ces coquillages à plusieurs anneaux bien sympathiques autrefois et qui vont désormais vous dégoûter).

© Léo et Colas Grasset chez Delcourt

Les exemples sont légion et les deux frères ne s’en privent pas, intriguant et choquant, déstigmatisant et rachetant certains animaux mal-aimés et nous dégoûtant parfois d’autresbébêtes mignonnes. Dirtybiology en BD, c’est une encyclopédie non-exclusive qui distille une armée d’infos dans un emballage sans prétention mais caustique et très bien pensé. Parce que Léo ne suit pas le courant tranquillement mais joue avec l’univers auquel il prête un peu plus de vie, se laissant piquer au travers son personnage sommaire mais attachant, ne résistant jamais à jouer avec l’espace et avec le lecteur, quitte à le faire tourner un peu en bourrique sans le prendre de haut : si on est là pour apprendre, les deux auteurs préfèrent se mettre à notre hauteur. C’est léger et pourtant profond. Comme ces millions d’années que nous allons contempler.

© Léo et Colas Grasset chez Delcourt

Considérant le sexe comme un échange d’informations sans besoin de pénétration (un phénomène finalement peu courant), les frères Grasset trouvent la fluidité et les exemples assez marquants que pour que le lecteur s’en souviennent. Comme ces champignons qui ne se divisent pas en un, deux mais des milliers de genres sexuels ou ces éléphants qui ont un pénis préhensible, à tête chercheuse. Et la drôle de vie des haplochromines, bêtes de sexe oral, on en parle ? Sans oublier, ces mesdames poissons capables de choisir la semence duquel de leurs partenaires aura droit au chapitre et à naître. L’occasion d’éliminer les descendances des plus faibles et privilégier les plus forts. Et dans cette quête de la qualité ou de la quantité (ou des deux), la nature n’est jamais à court d’idées.

© Léo et Colas Grasset chez Delcourt

En 184 planches constituées d’amour mais aussi de hargne et de violence sans compromis, la mission est plus que remplie, on ne pensait pas en apprendre autant en si peu de temps sur ce sexe qui est tout sauf un long fleuve tranquille… qui sort parfois du lit, de surcroît. Ça part dans toutes les directions sur ce sujet jusqu’ici encore très mystérieux et méconnu.

© Léo et Colas Grasset chez Delcourt

Titre : Dirtybiology

Sous-titre : La grande aventure du sexe

Récit complet

Scénario : Léo Grasset

Dessin et couleurs : Colas Grasset

Genre : Documentaire

Éditeur : Delcourt

Collection : Octopus

Nbre de pages : 184

Prix : 19,50€

Date de sortie : le 02/11/2017

Extraits : 

Dans la combi de Thomas Pesquet

La tête dans l’univers infini et au-delà (du moins, jusqu’à la station spatiale internationale), nous, francophones que nous sommes, nous l’avons eu un peu plus ces derniers. Grâce ou faute à – diront les plus terre à Terre – Thomas Pesquet. Parfait inconnu (malgré son bac +12) aux yeux du grand public jusqu’il y a quelques mois (lors de la parution de ce roman graphique, le premier tirage a été épuisé en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire), cet enfant devenu grand sans renoncer à ses rêves quasi science-fictionnels a eu droit à son grand voyage, changeant par la même occasion notre rapport à cette vaste étendue mystérieuse qui nous domine, en plein dans l’impesanteur. À l’heure où Thomas Pesquet a un peu disparu des radars (après une mission de six mois, sept jours sur sept et vingt-quatre heures sur vingt-quatre), c’est Marion Montaigne qui prend sa relève en nous glissant dans la combinaison pleine de pets (vous comprendrez) mais aussi emplie de l’étoffe de héros de cet astronaute français tout public qui a mis l’hors de portée à la nôtre.

Résumé de l’éditeur : Le 2 juin dernier, le Français Thomas Pesquet, 38 ans, astronaute, rentrait sur Terre après avoir passé 6 mois dans la Station spatiale internationale. La réalisation d’un rêve d’enfant pour ce type hors-norme qui après avoir été sélectionné parmi 8413 candidats, suivit une formation intense pendant 7 ans, entre Cologne, Moscou, Houston et Baïkonour… Dans cette bande dessinée de reportage, Marion Montaigne raconte avec humour – sa marque de fabrique – le parcours de ce héros depuis sa sélection, puis sa formation jusqu’à sa mission dans l’ISS et son retour sur Terre.

« Une question d’importance taraude la France : que mangent les astronautes, surtout à Noël ? » Bon, OK, à cette question (et aux autres) débile de David Pujadas, Thomas Pesquet ne répondra pas. Par contre, au travers de ces deux-cents pages dessinées par Marion Montaigne (idéale dans le rôle de la petite souris privilégiée et témoin des petits secrets et des tranches de vie de ces humains plus tout à fait terriens), évacuant vite fait le sérieux de rigueur pour l’apprentissage en s’amusant qu’on soit petit ou grand, on trouve une mine d’informations plus (pas tant que ça) ou moins (souvent) attendues.

Le tout sans gêne et sans complexe, avec un max de sensations fortes et de poilade. Car si Marion Montaigne refuse de mourir plus bête qu’elle ne l’est, qu’elle possède la rigueur qui lui a permis de s’imposer dans la BD didactique, elle cultive aussi l’art de faire passer les messages dans la plus franche des rigolades.

© Marion Montaigne chez Dargaud

Et ce même si l’espace (et surtout, les années qui passent à attendre de partir à sa conquête) n’est pas si fun qu’il y paraît. Qu’est-ce que vous croyez, vous ? Il y a évidemment une foule de missions rébarbatives, de la manutention aux contrôles des centaines d’inventions envoyées par les chercheurs (et dont les astronautes ont dû apprendre… le mode d’emploi). Notez aussi que les sorties dans l’espace (préparées longtemps, très longteeeeeemps à l’avance) sont beaucoup moins fréquentes que les collectes de… déchets. Des déchets qui doivent être scannés et entreposés dans un module, le PMM situé juste à côté de la coupole en verre qui sert d’observatoire magnifique de l’espace et de la Terre et où, accessoirement, les privilégiés de l’ISS (International Space Station) ont leurs habitudes pour les selfies les plus impressionnants.

© Marion Montaigne chez Dargaud

Un mythe s’écroule, heureusement qu’une photo ne transporte pas l’odeur ! Et en parlant d’odeur, savez-vous que « la différence de pression entre celle du corps et celle de la combi fait un peu effet piston d’une seringue qui voudrait tirer l’air de vos orifices ». Du coup, Thomas Pesquet a des… gaz. Ça casse l’image du gendre idéal, non ?

© Marion Montaigne chez Dargaud

Et en parlant de gendre idéal, aux côtés de Thomas, Peggy Whitson et Oleg Novitski, Marion Montaigne fait aussi embarquer, dans cette mission Soyouz MS-03, Tom Hanks, Matt Damon et… Bénabar, sans oublier Buzz Aldrin qui a un peu vieilli. Et même un dieu fumeur de pétards. Des caméos inattendus mais qui font mouche. Comme l’ensemble de cet ouvrage qui fait l’économie de reprendre tout depuis le début (vous demanderez à votre instituteur) mais prolonge notre enrichissement par une expérience suivant à la semelle (comme Mathieu Sapin dans les traces de Depardieu), sur Terre (énormément) et dans l’espace (un tout petit peu, cinquante planches), cet astronaute qui nous a ouvert un peu plus les yeux sur le ciel et sur ce qu’il se passe dans ce navire perdu à 408 km de la Terre et pourtant observer de toutes parts et dans l’impossibilité de cultiver un peu son intimité.

© Marion Montaigne chez Dargaud

C’est dense et finement (ou grassement d’ailleurs, parfois) imagé afin de faire passer au mieux et le plus facilement possible, tout ce savoir. C’est si loin, tout ça, et pourtant, sans doute n’a-t-on jamais été aussi proche de tout comprendre. On ne serait même pas étonné que cette épopée humaine et dessinée donne envie à certains de s’envoler, de passer les barrières terriennes. Ce serait mérité, le travail de Marion Montaigne est sidérant et sidéral, spation-nant. Ce qui n’était pas forcément évident, encore plus quand on connait la facilité de Thomas Pesquet à expliquer son monde, devant des universitaires ou devant des petits écoliers. Et la bande dessinée prouve une fois sa suprématie à décrypter et à mettre en image les sujets les plus fous !

© Marion Montaigne chez Dargaud

Titre : Dans la combi de Thomas Pesquet

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs : Marion Montaigne (Page Facebook)

Genre : Documentaire, Reportage

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 208

Prix : 22,50€

Date de sortie : le 24/11/2017

Extraits : 

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