Des CD’s pour Noël ? D’accord, mais alors en français avec Eddy de Pretto, Panorama 08, Baikonour, Barbarie Boxon, Noé et Azerty

Un bon CD, ça fait parfois bien des heureux sous le sapin. Mais attention, en cette période commerciale par excellence, il y a des pièges. Comme les albums de Noël (Sia, Gwen Stefani et les autres). Sans compter les rééditions augmentées de quelques titres d’albums sortis… il y a moins de trois mois mais semblant assez incontournables que pour prendre les fans en otage et leur faire payer deux fois leur album (hein Calogero, hein Nolwenn, hein Marina Kaye…). Sans oublier Renaud, revenu en forme ultra-top et à qui on fait sortir un album live avec une voix dead. Est-ce que ce monde est sérieux, disait l’autre. Alors, du coup, on ramène un peu de sérénité et on vous propose quelques albums du coin ou de pas loin ayant le bon goût de faire la part belle à la langue française et l’épuiser (ou l’inépuiser ?) tout en l’emmenant dans des univers personnels, parfois exotiques parfois quotidiens. Suivez le guide.

Panorama 08 – Ultime

Avant de s’intéresser aux détails, bien souvent, on profite du panorama. Il nous semblait, du coup, tout logique que Panorama 08 ouvre le bal. Dans le mur pourpre qui donne sa couleur et son ton à la pochette de l’album, il y a une brèche qui laisse passer la lumière. Et on ne se fait pas prier pour la prendre, cette lumière, pour plonger dans Ultime, second album (et pas le dernier) d’un trio (Lionelle Francart, Odile Maskens et Phil Gérard) qui prend son aisance. Pour preuve, il convie quatre pointures en renfort de luxe : l’omniprésent Jean-François Assy (on vous en parle souvent aux côtés de Daan, Christophe ou Bertier) qui dope la corde sensible sur son violoncelle ou sa mandoline ainsi qu’au piano; Philippe Entressangle (Cali, Étienne Daho, Zazie, Miossec…) pour le rythme à la batterie; Nicolas Stevens (du quatuor du même nom qui avait illuminé les concerts de William Sheller, il y a une dizaine d’années) au violon et Jeroen Swinnen (Daan, Isolde, André Brasseur…) aux claviers et à la basse.

En dix chansons, la voix envoûtante de Lionelle (quelque part entre Nolwenn, Zazie ou Romane Serda, l’ex à Renaud, et la petite voix du groupe Mecano sur « Le Hic ») fait éclater les frontières sur un ton résolument pop et effervescent et des arrangements d’orfèvre. On se laisse balader, on s’en laisse conter, malgré des textes avec des creux mais, surtout, avec des images assez fortes que pour nous dépayser… jusqu’aux Malouines. Et dans la pluie, la neige et le vent de la saison qui nous occupe, c’est ça de pris. C’est gai, bien pensé, énergique, émouvant et émotionnel, simplement beau.

Panorama 08, Ultime, Auto-produit, 10 titres, 36 min, sorti le 25/10/2017

Baïkonour – Éponyme

On creuse le sillon du dépaysement qui nous a bien réussi jusqu’ici pour aller à Baikonour pour voir passer et embarquer dans la fusée qui nous emmènera plus au sud et (beaucoup) plus à l’ouest. Avec ce trio qui a emprunté son nom à la ville kazakh, ce n’est pas une guerre froide mais une mer chaude qui nous attend, à grands renforts de rhums arrangés. C’est l’été en hiver et la délicieuse voix aux accents andalous de Pati Trejo finit de nous mettre le cœur au soleil, dont les rayons sont nourris par le clavier de Gaspard Giersé et la guitare de Pierre André (qui a confectionné l’ensemble des cinq chansons de ce premier EP) ainsi que la basse, additionnelle, d’Alex Davidson et la guitare de Clément Nourry.

La pochette, ses volutes, ses couleurs, ses montagnes (un très joli emballage conçu par Roberto Salvador qui, dans un autre genre, amuse la galerie – sauf Charles Michel- avec Coucou Charles) avaient piégé notre regard. Et ce qu’on découvre, une fois le cd glissé dans le lecteur, ne fait pas mentir notre pressentiment. C’est souriant, emballant, dansant même, mais ces histoires chantées n’oublient pas pour autant la profondeur pour traiter des relations humaines (Petite Soeur, Change Rien ou Encore Se Battre qui aborde le thème du harcèlement de rue). Cinq textes ciselés avec de la poésie et de la vie. Bon, ne le remettrait-on pas encore une fois, cet album ?

Baikonour, Éponyme, 5 titres, 18 min, sorti le 10/11/2017 

Barbarie Boxon – Ciel Bleu

On s’enfonce un peu plus dans les terres, il fait chaud, on met notre chemise sur notre tête pour terminer comme l’homme figurant sur la pochette de ce deuxième EP qui joue une nouvelle fois les accords parfaits entre homme et femme. Quand t’es dans le désert (pas celui de Capdevielle mais plutôt ceux de Gainsbourg ou Areski et Fontaine, cités – on ne s’en étonne pas- parmi les influences de ce quatuor), tu penses forcément à des grands westerns, secs et arides, palpitants malgré tout. Et il y a de ça. Mais pas assez que pour s’éloigner du tumulte des vies, du vacarme des villes.

Ciel bleu, c’est un EP conceptuel qui narre à travers quatre chansons des rencontres et des égarements, le tout pour le tout pour trouver l' »Amour Alchimique » tout en succombant aux plaisirs des « voyages aux bifurcations soudaines ». La musique de Thierry Bodson (chant et guitares), Barbara Malter Terrada (chant et claviers), Gil Mortio (basse, guitares, claviers et piano), Didier Van Uytvanck (batterie) et Guillaume Magne (basse) est voisine de celle de Bertier mais elle sait se faire vénéneuse, bestiale, dangereuse et fiévreuse. C’est un trip foisonnant, aux frontières de la folie, diaboliquement euphorisant. L’extase.

Barbarie Boxon, Ciel Bleu, Auto-produit, Distribué par Freaksville, 4 titres, 17 min, sorti le 12/10/2017

Azerty – Les cailloux

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On retrouve un peu de quiétude, à pas et notes feutrés, pour pénétrer dans l’univers d’Azerty. On les a connus à Jalhay mais aussi à Namur au tremplin du Verdur et ce qui était un duo est progressivement devenu un quintet (Pierre Leroy et Arnaud Clément ont été rejoints par Ludovic Bouteligier, Vivian Allard, Fabio Zamagni et le duo Viviane Deprez et Manon Waterschoot pour les choeurs) sans rien perdre au change mais en veillant de plus belle aux harmonies instrumentales et vocales généreuses (il y a de beaux exemples sur ce nouvel EP). Ce n’est pas le seul changement puisque le groupe au nom de clavier francophone ne chantait jusqu’ici en anglais. Un paradoxe balayé par Les Cailloux qui, à force de ricochets, prouve que la langue de Molière leur va tellement bien. La langue de Lennon, aussi, cela dit. Pas de jaloux, Azerty fait melting pot et travaille dans les deux langues.

Pour le coup, ça commence en mode love, comme une promenade au milieu des trompettes. My love, c’est du cocooning, on est chouchouté. Et au moment où, confortablement installés, on commence à planer, à perdre connaissance, c’est le virage, le clavier qui amène un canon et de jolis dialogues de voix et la guitare qui supporte le tout. L’air est accrocheur mais, encore mieux, il y a des surprises. Il y a plusieurs actes dans ces nouveaux sons. Et qu’est-ce qu’on aime, ça ! Entre acoustique et saturation pas désagréable, on part se baigner dans les rivières pleines de cailloux (comme quoi, y’a pas que Francis Cabrel qui sait bien parler des cailloux !), l’invitation est résolument au voyage. Et le plus grand bonheur vient avec la troisième piste, une Ville Rouge intimiste parsemée d’un bugle qui fait des miracles et d’envolées qui en sont tout autant. On est sous le choc de cette beauté simple et vertigineuse. Et la magie continue même sur un interlude où les choeurs prennent le pouvoir tandis que les chanteurs ne font que répéter « We had a lovely home ». Enfin, c’est la troisième partie de Drunk Frans qui referme cette EP de bien belle facture, les voix à l’unisson, la mélancolie d’un piano pas très loin. Sublime.

Azerty, Les Cailloux, Auto-produit, 5 titres, 20 min, sorti le 20/10/2017

Noé – Avant toute chose

«On pourrait écouter Ba­shung…», c’est vrai, mais on pourrait aussi tendre l’oreille à la relève Noé. Avec son premier album au nom bien porté, « Avant toute chose », le jeune Bruxellois n’a pas cherché à se dégager coûte que coûte de ses influences (Bashung, et c’est notable sur « Est-ce comme avant », Manset, Raphaël à travers « Les brumes traversières », Eicher et ses influences celtes sur « La voie ». Bref, une seule et même famille). Tout comme il n’a pas voulu polir sa belle voix pleine d’aspérités, qui ressemble d’ailleurs à celle d’un certain David Madi qui avait gagné la saison 2 de The Voice Belgique avant d’être bridé par sa maison de disque dans un album qui ne lui ressemblait pas.

Auteur-compositeur-interprète-arrangeur, donc, Noé a plus d’un tour dans son sac mais n’y va pas par quatre chemins quand il s’agit de chanter Bruxelles la désenchantée (surtout quand vient La ballade de Noël). Écorché et inspiré, ce premier album auto- (bien) produit va droit au cœur et révèle un véritable et puissant interprète, de ceux qui manquent dans un paysage radiophonique souvent merdique. Ce que fait Noé, dans son aspect brut qui nous plait tant, est d’ailleurs finalement anti-radiophonique. Tant pis pour elles, les radios ne savent pas ce qu’elles manquent et ça en fait plus pour nous. Pourtant, non, ne soyons pas avare, un talent comme ça doit se partager ! Comme il y a un partage évident avec tous ces musiciens (c’est presque un orchestre !) qui sont venus participer à cet édifice magnifiquement mis en lumière par Rémy Lebbos (Nicolas Michaux, Vismets…). Noé, ce sont trois lettres qui veulent et voudront dire beaucoup de chose ! Un coup de coeur immodéré.

Noé, Avant toute chose, Auto-produit, 15 titres, 68 min, sorti le 24/11/2017

Eddy de Pretto – Kid

Paul Van Haver m’énervait. Alors, j’ai écouté Eddy de Pretto, et ça me sied beaucoup plus. Avec une pochette qui m’a tout de suite évoqué un match de boxe, je n’ai pas été déçu : celui qui cite Frank Ocean, Kanye West et Claude Nougaro (aussi fou que cela puisse paraître, il y a des trois dans ce premier EP), prend le train en marche comme on monte sur un ring. Il s’arrache, il lutte et vainc. Eddy de Pretto, c’est un empereur après seulement un EP. Un flow qui démange, un phrasé qui n’appartient qu’à lui et des textes qui ont valeur d’uppercut.

Eddy de Pretto, je ne sais pas ce que c’est. Il y a des réflexes de rap et de slam, mais en est-ce vraiment ? C’est de l’ordre de l’hybride et de l’atypique. Ce sont des histoires, en tout cas, modernes et quotidiennes mais avec l’ADN du singulier. À contre-déterminisme parental et virilité abusive (l’incroyable « Kid » !), à contre-courant de ces rappeurs qui font l’apologie du sexe triomphant mais sans chercher non plus à se dégager des effluves de bières et de l’étreinte de la « Beaulieue », de ses pâquerettes et de ses incendies. En quatre chansons fortes et happantes, Eddy montre l’étendue d’un art, pas loin de celui de Tim Dup, qui va participer à renouveler de manière fracassante le paysage musical francophone.

Eddy de Pretto, Kid, Universal Music, 4 titres, 13 min, sorti le 06/10/2017

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