Clément Oubrerie s’approprie Voltaire… amoureux : « C’était un personnage plein de couches, il fallait que je trouve son chemin »

Voltaire immortel, Voltaire philosophe mais Voltaire méconnu. Pour y remédier, Clément Oubrerie a traversé les siècles, des lumières et des autres, pour livrer sa vision d’un homme de lettres pas encore de noblesse et devant risquer le tout pour le tout, jouer des coudes et faire des pieds et des mains pour se voir publier. Le tout avec l’amour en tête, ce qui n’arrange rien. Interview.

© Clément Oubrerie

Bonjour Clément, je suis très content d’avoir lu votre Voltaire Amoureux. Au-delà du nom que tout un chacun doit avoir en référence, j’étais loin de connaître l’homme qui se cachait derrière le nom et l’oeuvre.

À vrai dire, moi non plus, je ne le connaissais vraiment pas bien. C’est après Charlie, après le Bataclan que les gens ont commencé à relire du Voltaire. J’ai fait comme eux et me suis intéressé à cet auteur. En lisant sa vie et ses écrits, j’ai découvert un personnage riche et surprenant, un vrai personnage de comédie. Très contradictoire, aussi car toujours traversé par l’envie de s’élever tout en critiquant la monarchie et en pensant l’état de droit.

© Clément Oubrerie chez Les Arènes

Moi qui me suis pris de passion pour le 18ème siècle, ça m’enthousiasmait. J’ai découvert l’historienne Arlette Farge qui en se basant notamment sur les archives de la police d’époque a reconstitué tout ce qu’il se passait dans les rues de France, le bruit, le quotidien.

Vous, vous faites fort en terme d’immersion en parlant comme Voltaire. Vos mots, ce sont ceux du 18ème !

J’ai la chance d’être livre, de faire ce que je veux, ce dont j’ai envie. Donc, je le fais à fond. Notamment pour arriver à remettre ensemble les pièces du puzzle. Car outre le fait qu’il se plaint souvent de sa santé, on ne sait pas grand-chose de Voltaire. Il fallait que j’assemble les détails en ma possession que je trouvais dans les lettres à ses proches, notamment. Mais elles manquent tout de même de détails qui font qu’il est vivant.

© Clément Oubrerie chez Les Arènes

Du coup, j’étais indécis, comment arriverais-je à inventer sa vie à Paris. D’autant plus qu’il part d’une situation assez compliquée, il considère qu’il devrait avoir une rente qui ne vient pas, il est sans le sou et sans relation. De surcroît, à chaque fois qu’il s’exprime, c’est pour s’opposer. C’est un personnage plein de couches, il fallait que je trouve son chemin.

C’est d’autant plus compliqué que malgré la manière dont il s’affirme, il se pose aussi plein de questions, y compris au moment du passage à l’acte.

© Clément Oubrerie chez Les Arènes

Oui, il est très encombré de lui-même. L’acteur par excellence pour le jouer ? Woody Allen ! Voltaire, il parle et réfléchit tout le temps, en toute circonstance. Le tome 1 aborde son rapport aux femmes. La suite s’attardera sur son grand amour avec Émilie du Châtelet, une scientifique surdouée, une mathématicienne. Avec elle, il vivra quelque chose de très intense. Ils auront un type de relation très rare à cette époque : cette envie de vivre avec son alter-égo. C’est banal, de nos jours, mais pas dans les moeurs du 18ème siècle quand très peu de femmes étaient instruites.

© Clément Oubrerie chez Les Arènes

Dans un autre registre, Voltaire va aussi être l’un des premiers à défendre les droits des animaux dans des contes, son genre de prédilection.

Aussi, à l’époque, il y a déjà du crowdfunding, des souscriptions.

D’autant plus que c’était la seule méthode possible pour publier un livre. Dans un contexte de censure très forte, publier un livre n’avait rien d’évident : il fallait une autorisation royale et pouvoir le financer soi-même, lever des fonds.

© Clément Oubrerie chez Les Arènes

Comme il n’était par certains d’avoir une autorisation de vendre son livre en France, Voltaire va partir au Pays-Bas. Il va être émerveillé devant cette liberté d’entreprendre, les vertus du commerce et du libre-échange. Bon, ce n’était pas un ultra-libéral pour autant mais il faut bien se rendre compte qu’en France, on ne pouvait rien faire… du moins sans particule. Voltaire va donc contourner le système. Avec un clin d’oeil véridique pour les amateurs de BD, dès en ce temps-là, les dessinateurs sont… en retard. Alors notre auteur doit se fendre de belles lettres caressant les auteurs dans le sens du poil.

Cela dit, une fois que le livre paraissait, il avait toutes les chances d’être lu, non ? Ce qui n’est pas vraiment le cas, aujourd’hui ?

Le calcul est simple. À l’époque, peu de gens étaient lettrés. Parmi eux, il y avait peu d’écrivains parmi lesquelles, encore, très peu étaient publiés. Du coup, il y avait très peu de sorties par an. Mine de rien, je regrette un peu ce temps, l’époque des 34 nouveautés par an. Désormais, des nouveautés chassent sans cesse les autres nouveautés. C’est vrai, j’aimerais bien qu’il n’y ait que mes livres (il rit).

© Clément Oubrerie chez Les Arènes

Quand vous titrez Voltaire Amoureux, vous laissez le suspense. Amoureux de qui, de quoi, des femmes mais aussi de plein d’autres choses finalement.

Ah, ce n’est pas faux. C’est un passionné qui quand il s’empare d’un sujet, dépoussière le buste. Ce n’est pas un vieux sage qui défend ses passions depuis son château. Voltaire est du genre survolté. Tout comme Émilie du Châtelet qui est complètement folle. Et comme les deux font la paire, ils vont donner un couple tellement rocambolesque.

Mais combien de tomes sont prévus ?

Entre quatre et cinq, je ne sais pas encore. Je vois bien que quand je fais mon découpage, au final j’écris toujours plus long.

© Clément Oubrerie chez Les Arènes

C’est aussi la première fois, si ce n’est l’adaptation de Zazie dans le métro, que vous êtes aussi scénariste.

J’ai longtemps traîner les pieds et j’avais raison : c’est fatigant ! Mais je me suis lancé tout en étant très inquiet. Si je ratais, j’en serais le responsable de A à Z, je ne pourrais pas dire que c’est la faute du scénariste (rire). Cela dit, il était temps. J’adore travailler avec un scénariste, à deux, on a énormément d’idées mais c’est aussi intéressant de voir ce qu’il se passe quand on est seul, quand le travail de mise en scène coïncide avec le scénario.

Avec un grand format pour célébrer ça.

Oui, un « petit » cadeau en noir et blanc. Et pour tout dire, j’ai dû retravailler mes planches. Je dessine toujours pour les couleurs, les ambiances. Pour le noir et blanc, j’avais besoin de noir, de gris, de valeurs. Je ne pouvais pas passer les couleurs au gris, mais les adapter. Ça a demandé pas mal de boulot mais ça prouve qu’un album en noir et blanc n’est pas égal aux dessins moins les couleurs.

Le tome 2, que racontera-t-il ?

Vous voulez du spoiler, c’est ça ? (rires) Voltaire ne va pas changer radicalement mais ce deuxième opus abordera plus son ascension sociale. Mais aussi cette traversée de Paris surréaliste. Sauf qu’il n’aura pas des cochons dans le camion mais des livres qu’il veut faire rentrer clandestinement. Il y aura aussi une affaire qui va lui faire beaucoup de tort car il ne sait résolument pas tenir sa langue. On ne peut pas juste aller dans un dîner mondain et provoquer son monde. De sérieux ennuis vont arriver à celui qui est un peu de nos origines, de l’ADN de la laïcité.

© Clément Oubrerie chez Les Arènes

Mine de rien, vous aimez vous intéressé aux grandes figures du monde des arts, de Pablo Picasso à Isadora Duncan en passant par Voltaire.

Sans jamais choisir des gens mièvres et inintéressants. Le point commun, c’est qu’ils sont à chaque fois venus de l’intérieur.

© Clément Oubrerie chez Les Arènes

Ce n’est pas un rejet mais je n’aime pas les bios qui sonnent comment scolaires et uniformes. Ce sont des repoussoirs, ça ne me fait pas rêver. Je suis plus dans l’esprit du portrait sans envie de tout raconter tout de A à Z, sans vouloir tout expliquer. Je veux donner un point de vue, interpréter, être subjectif. Je ne veux pas comparer mais voir en quoi ils ont un rapport avec nous, encore aujourd’hui, ce qu’ils racontent de nous. C’est de l’ordre du travail personnel : raconter quelque chose d’intime en utilisant un personnage historique. Mais je n’ai pas envie d’être enfermés, deux autres séries arrivent.

Justement, les projets ?

J’ai deux projets avec Julie Birmant. Le premier, c’est de l’aventure dans les pas d’archéologues des années 30 qui font des recherches sur l’invention de l’écriture, la Mésopotamie, Gilgamesh. L’histoire sera aussi policière.

Le second, c’est un sujet secret avec Julie et deux autres scénaristes dont un qui possède un poste stratégique dans ce domaine pointu dans lequel nous allons jouer les insiders. Une fiction de l’intérieur.

Les Royaumes du Nord, c’es fini, alors ?

Non, mais c’est Thomas Gilbert qui prend la relève.

Pour terminer, vous avez eu récemment le Grand Prix de l’affiche à Saint-Malo.

Oui, et il faut toujours que je trouve un moyen de ramener le Crayon Géant que j’ai reçu. Ça va me permettre de faire une nouvelle déco. C’est un grand festival, j’y vais très souvent.

On vous souhaite de trouver un assez gros plumier pour ranger tout ça, alors ! Merci et à bientôt !

Série : Voltaire amoureux

Tome : 1

Scénario, dessin et couleurs : Clément Oubrerie (Page Fb)

Genre : Historique

Éditeur : Les Arènes

Nbre de pages : 108

Prix : 20€

Date de sortie : le 04/10/2017

Extraits : 

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