À leurs risques et périls, dix bandes d’auteurs se sont aventurées en Palombie pour réveiller le Marsupilami dans des hommages tout en rebonds

Le home des vieux héros de bande dessinée peut encore attendre, certains font de la résistance et n’ont pas dit leur dernier mot. Alors que Gaston fête ses 60 ans en bonne compagnie, le Marsupilami en a cinq de plus (et trente pour sa série propre) et est toujours, lui aussi, haut en couleur, fort en bonds et rebonds. Personnage mythique mais pas pour autant abordable, il faut le mériter cet animal de légende. Ce qu’a fait une première salve d’auteurs dans des relectures parfois aux antipodes des dess(e)ins que l’immense Franquin avait pour son sacré animal.

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© Munuera/Sedyas/Ruiz chez Dupuis

Résumé de l’éditeur : Marsupilami naît en 1952 sous la plume d’André Franquin dans une aventure de Spirou et Fantasio. Très vite, ce personnage obtient sa propre série dessinée par Batem, avant d’être porté à l’écran dans le film de 2012. Aujourd’hui, les auteurs de la nouvelle génération rendent hommage au célèbre marsupial dans un diptyque d’histoires courtes, dont voici le premier volume. Dix récits qui posent un regard contemporain, éclectique et émouvant sur le célèbre Marsupilami.

© Renaud Collin chez Dupuis

Si ce n’est pas Tarzan, c’est donc son frère… ou le Marsupilami. Des tréfonds de cette Palombie tant prisée par les explorateurs en manque de sensations, c’est un ouragan jaune et noir qui peut sortir à tout moment, pas toujours aussi bien luné qu’on pourrait le croire. Houba, houba pas, dix teams d’auteurs se sont lancé le défi de réinventer le démon palombien en ne s’encombrant pas de l’ombre pesante de Franquin qu’aucun ne pourrait sans doute égaler pour faire à leur idée.

© Reynès/Ramon chez Dupuis

C’est ainsi qu’Olivier Bocquet et Brice Cossu rapprochent le Marsupilami du Hollywood des super-héros et du Shield de Nick Fury avec un ersatz qui en perd son pantalon en plus de son oeil. Mais nous ne sommes pas là pour rire, eux pas en tout cas, et les deux auteurs exploitent à fond le potentiel infernal et bestial de cette créature pas contente, mais alors vraiment pas contente d’être dérangée. Les bords sont noirs, c’est du Carpenter ou du Peyo façon Schtroumpfs noirs et ça marche du tonnerre.

© Bocquet/Cossu chez Dupuis

Habitués du genre, plus souvent délirants que sérieux, quoique, voilà que Lapuss’, Baba et Tartuff offrent de l’air dans la sueur forestière. C’est complètement fou, comme à leur habitude, irrévérencieux et on se dit après coup que, pour son film, Alain Chabat aurait été mieux inspiré de convier ces trois auteurs qui ne se refusent rien mais ont l’imagination débordante.

© Lapuss/Baba/Tartuff chez Dupuis

Visuellement, la version de Denis-Pierre Filippi, Silvio Camboni et Greg Lofé vaut son pesant cacahouète ou de fourmis carnivores pour ceux qui ont de bonnes dents. En voyant les premières cases, on a pensé à la prochaine révision de Mickey chez Glénat que nous mitonnent… Filippi et Camboni. Mélangé aux couleurs de Greg Lofé, on touche au divin même si Backalive, encombré d’une « gamine » de 19 ans, ne touchera pas encore cette fois à un poil du Marsupilami. Aussi fun que beau.

© Filippi/Camboni/Lofé/Glogowski chez Dupuis

Un cran plus loin graphiquement que ce que proposent la bande à Lapuss’, Baba et Tartuff, Pog et Priou s’adonnent à une BD gros nez et décomplexée. Comme si le Marsupilami avait rencontré un Livre de la jungle façon Dora l’exploratrice. C’est très mignon mais mal calibré et d’un intérêt tout relatif. Un (safari) tour pour rien ou pas grand-chose.

© Pog/Priou/Lerolle chez Dupuis

Écho ultra-violent à la première histoire de Bocquet et Cossu, Jérôme Hamon et David Tako livrent sans doute la version la plus dark et fratricide. Le Marsupilami se révèle plus que jamais sous son aspect bête de guerre. Ça n’a strictement rien à voir avec Franquin, Spirou etc., c’est désespéré mais ça claque !

© Hamon/Tako chez Dupuis

Plus Hanna-Barbera que Franquinesque, Sti et Denis Goulet (qui nous avaient déjà faits le (joli) coup pour les Tuniques Bleues) foutent le boxon en Palombie en organisant une mise à prix à laquelle les plus grands chasseurs de ce bas monde vont participer. Et forcément quand on connaît la proie (mais l’est-elle vraiment?), un chasseur chassant chasser ne suffit pas. Et c’est sans doute, à l’image du Marsu, l’histoire la plus montée sur ressorts qui nous est proposée là.

© Sti/Goulet/BenBK chez Dupuis

Non content de nous avoir offert l’un des plus beaux hommages à Gaston, Renaud Collin est une nouvelle fois comme un piranha dans l’Amazone en compagnie du démon jaune à points noir. Des points un peu pâles, le Marsupilami s’est fait capturer et est désormais l’attraction du jardin zoologique. Renaud Collin zyeute du côté de Fran…k Pé dans un bestiaire magique qui rue dans les brancards et préfère l’économie des mots. Un régal et une belle rencontre, qui nous rappelle celle avec Noël.

© Renaud Collin chez Dupuis

Un autre qui crève l’écran et le décor, c’est Munuera qui s’offre pourtant une planche de grand calme, de requiem à contempler le poumon vert de cette planète. Toute l’énergie du prodige espagnol, fait pour ça, est au service du Marsupilami et de ses p’tits. De combat en combat, ça ne raconte pas grand-chose mais c’est de la baston pour zygomatiques, on en prend plein les yeux tandis que le guépard en prend plein… la gueule dans un tête-à-queue avec un animal auquel, une fois en colère, il vaut décidément mieux ne pas se frotter.

© Munuera/Sedyas/Ruiz chez Dupuis

Annoncé par la couverture, tellement mystérieuse et réconfortante, voilà le tour du Leurre préparé par Frédéric Brrémaud et Federico Bertolucci. Les couleurs sont passées, tout semble venir d’un autre âge, vintage et aventurier. D’ailleurs Backalive est encore une fois de la partie. Et la revanche de la nature face aux intrus est encore une fois plutôt bien goupillée.

© Brrémaud/Bertolucci chez Dupuis
© Brrémaud/Bertolucci chez Dupuis

Enfin, la fin de ce premier tome (sur deux) est proche avec le récit le plus iconoclaste de cette centaine de pages intrépides. Un récit, totalement muet mais diablement sonore, confectionné par Mathieu Reynès et Yrgane Ramon qui font du Marsupilami un Picasso kafkaïen, représentant du dévouement amoureux dans toute sa puissance. Les animaux ont des sentiments, et le Marsu est un amoureux transi et aventurier dont on se demande ce qu’il ne ferait pas pour les beaux yeux de sa belle. C’est un peu cauchemardesque et on ne sait qu’en penser en bien ou en mal, des deux assurément. Il fallait oser !

© Reynès/Ramon chez Dupuis

Entre tradition et fantasme tous azimuts, ce premier recueil d’histoires courtes tient ses promesses et propose un autre panorama de ce que le Marsupilami aurait pu être ou… ne pas être. Les auteurs s’en sont donnés à cœur joie, appliqués, et tout l’amour qu’ils ont pour ce magnifique héros rebondissant du Neuvième Art s’en ressent. Avec l’art et la manière.

Titre : Marsupilami – Des histoires courtes par…

Recueil d’histoires courtes

Auteurs : Olivier Bocquet et Brice Cossu; Baba, Lapuss’ et Tartuff; Silvio Camboni, Denis-Pierre Filippi, Greg Lofé et Philippe Glogowski; Thomas Priou, Pog et Christian Lerolle; David Tako et Jérôme Hamon; Denis Goulet, Sti et Ben BK; Renaud Collin; Jose Luis Munuera, Sedyas et Anne-Marie Ruiz; Fédérico Bertolucci et Frédéric Brrémaud.

Genre : Hommage, Humour, Aventure

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 102

Prix : 19€

Date de sortie : le 03/11/2017

Extraits : 

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