Gaston Lagaffe amuse la galerie depuis 60 ans et, avec autant d’hommages, la galerie le lui rend bien

Il y a quelques jours, lorsque le film Gaston s’est révélé un peu plus en quelques clichés, c’est un véritable mouvement « Touche pas à mon Gaston » qu’on a vu fleurir sur les réseaux sociaux. Si, pas forcément convaincus par le premier aperçu de ce film de Pef, nous attendrons d’en voir plus pour juger, le moment est venu de s’interroger sur ce Gaston qui appartient à tellement de lecteurs. « Mon » Gaston est-il celui du voisin? Pas forcément… peut-être même qu’en-dehors des constantes irréfutables à l’art de Franquin, il y a autant de Gaston que de lecteurs… et d’auteurs de BD. Car pour les soixante ans de la terreur des bureaux en col roulé vert, Dupuis a convié 60 auteurs (ou paires ou trios d’auteurs) à ériger une statue de plus en l’honneur de Lagaffe. Et ça ne vaut assurément pas des baffes !

© Mathieu Burniat chez Dupuis

Résumé de l’éditeur :  On ne présente plus Gaston, le plus célèbre gaffeur de toute l’histoire de la bande dessinée ! En 2017, cet anti héros débordant de malice et de créativité, créé par Franquin, a fêté ses soixante ans. Soixante ans d’émotions, de gags et d’inventions décalées auxquels la BPI du Centre Pompidou à Paris consacra une exposition durant plusieurs mois. À leur tour, de nombreux auteurs contemporains ont tenu à rendre hommage à cette irrésistible figure de l’humour et à son fameux pull-over vert en se la réappropriant et en lui donnant de nouveau vie à travers leurs dessins.

© Tébo chez Dupuis

Dans Gaston, il y a ton, et celui employé par Franquin n’appartient définitivement qu’à lui, gravant Lagaffe sur nos rétines pour l’éternité et l’instituant comme un indémodable héros farfelu. Le temps passe, les générations se chassent mais Lagaffe ne s’efface. La preuve, dix-huit ans après la parution du dernier album du King of ze divan (ou du hamac, pendant que le courrier s’entasse), il y a toujours des expos et des panoplies d’ouvrages documentaires pour s’intéresser à ce qui fait la force de frappe de Lagaffe. Une force qui gagne en puissance quand près de 80 auteurs s’invitent dans le monde de Franquin pour faire une gaffe, une planche, et appuyé un peu plus l’événement : 60 ans, ce n’est pas rien dans un monde de la BD qui a changé mais a gardé ses références et son amour pour les géants.

© Blutch chez Dupuis

Et tous ces auteurs invités à souffler sur le gâteau ont dû le mériter s’imposant comme… des David face aux G… oliath (qui est même Hulkesque dans l’hommage le plus super-héroïque de l’album par Mathieu Reynès) qu’est Gaston. Et dans ces 60 planches, on croise de tout, d’hier et d’aujourd’hui (Yoann, Vehlmann et Croix s’intéressent au rapport qu’aurait pu avoir Gaston avec la réalité virtuelle), à la rédaction ou dans un écrin de verdure (souvent avec Mam’zelle Jeanne, tiens tiens), dans des styles plus ou moins proche de Franquin (Grégory Panaccione et, encore plus, Delaf confondant de mimétisme).

© Delaf chez Dupuis

L’imagination n’a pas été bridée, cadenassée là où on s’attendait à avoir de l’attendu, du vu et revu, quelque chose de fade. Comme toujours, les hommages sont plus ou moins réussis, plus ou moins recherchés, mais dans l’ensemble (très éclectique, et ça nous botte), on peut se dire que quand elle rend hommage à ses maîtres, la BD ne fait pas les choses à moitié (pas comme une certaine industrie de la musique quand il s’agit de faire chanter Cloclo par Pokora, Goldman par une bande d’argentier ou encore Sardou par des Kids unis mais sans envergure).

© Diego Aranega chez Dupuis

Dans cet album traversé par des jeunes et des plus vieux, Gaston fait donc sa Galerie des illustres  gaffes et les 400 coups avec Diégo Aranega qui veut lui voler la vedette avec Victor Lalouz, Fabcaro qui fait de l’oeil et des mots à De Mesmaeker, Olivier Pont qui fait rejouer à Prunelle l’envolée sauvage, Tebo qui liste les gadgets foireux (et très crado) de la créature de Franquin, Cromheecke et STi montrant un Gas’tond qui n’est pas un mouton ou Obion qui montre toute l’omniprésence du gaffeur même quand il n’apparaît pas tandis que Frank Pé s’en va déposer une gerbe (ah non, attendez, il semblerait qu’il y ait un accro) sur la tombe de Franquin.

©Obion chez Dupuis
© Frank Pé chez Dupuis

Alors, c’est vrai, certains hommages ne résistent pas à la comparaison avec le génie de Franquin (et donc l’affirment encore plus, non ?) mais quelques autres jouent d’un amour et d’une finesse qui nous ont embué les yeux. Le premier, c’est celui de Pascal Jousselin qui, tout là-haut sur son petit nuage de rêve, réussit un voyage immobile à travers tout ce que peut générer la lecture d’un album de Gaston, en explosion, en animaux, en inondations jusqu’à ce que le sommeil vous prenne pour vous emmener dans la grotte mythique que Gaston privilégiait pour ses siestes à rallonge. Un vrai bijou.

© Pascal Jousselin chez Dupuis
© Franquin chez Dupuis

Un peu plus loin, c’est une origin story en une planche que nous livre Fabrice Tarrin en faisant un crossover entre la célèbre naissance d’Astérix de la main de Goscinny et Uderzo (la dernière case du Papyrus de César) et la case de la première apparition de Gaston. Astérix est en bonne voie pour échouer chez… Spirou, c’est sans compter Gaston serveur mais déjà gaffeur qui passe par là et va changer le cours de l’Histoire du Neuvième Art.

© Fabrice Tarrin chez Dupuis

La page après, c’est Renaud Collin qui fait entrer Gaston à l’heure du BURN OUT avec un Aimé De Mesmaker qui s’est reconverti en gourou zen. Heureusement, Gaston est dans les parages et de la parade. Le dessin de Renaud Collin fonctionne comme sur des roulettes et, en sept cases, l’auteur du monde selon François, grave pour l’éternité l’importance de savoir se défouler et se décontracter. Brillant et tellement d’actualité et de folie. Et tant qu’à parler de roulette, Alain Dodier met tout le monde au home mais la frénésie est de mise et Aimé prend enfin sa revanche.

© Renaud Collin chez Dupuis

Puis, il y a la mise en abyme de Mathieu Burniat, Blutch qui joue les prolongations à ses Variations (la chronique arrive), Terreur Graphique et ses nuances de Gast…Ron, James et Boris Mirroir qui imaginent la mort de Gaston au bout du clavier ou encore Olivier Bocquet (qui a aussi une bonne idée mois bien concrétisée par un Brice Cossu en petite forme, malheureusement) dans le bon coup avec Florent Sacré et un robot pour remplacer Gaston.

© Terreur Graphique chez Dupuis

Un dernier pour la route ? M’enfin, mais bien sûr ! Quelques pas de danse avec Benoît Feroumont qui maîtrise le retourné-renversé à la perfection.

© Benoit Feroumont chez Dupuis

Bref, tant qu’il y a de la vie et du rire, y’a de l’espoir, et Gaston aurait pu tomber plus bas. Ici, il y a du rebond, de la générosité et pas mal de talent pour rajeunir un Gaston qui depuis 60 ans et encore pour longtemps, rend les vies légères et délicieusement cinglées.

Avec aussi une édition commentée de 128 planches :

Titre : Gaston – La galerie des gaffes

Album collectif

Auteurs : Yoann, Fabian Vehlmann, Laurence Croix, Diego Aranega, Fabien Toulmé, Fabcaro, Caro Khaldy, Bertschy, Fabrice Erre, Olivier Pont, Pascal Jousselin, Rudy Spiessert, Fabrice Tarrin, Renaud Collin, José Homs, Madaule, Tebo, Luc Cromheecke, Sti, Fred Neidhardt, Francis Porcel, Philippe Bercovici, Leonardo, Alessandro Barbucci, Nob, Jean-Paul Krassinsky, David De Thuin, Thomas Priou, Olivier Saive, Obion, Delaf, Fabrice Parme, Grégory Mardon, Frank Pé, Blutch, Ian Dairin, Mathieu Burniat, Lewis Trondheim, Jérôme Jouvray, Anne-Claire Jouvray, Olivier Schwartz, Terreur Graphique, Mathieu Reynès, Grégory Panaccione, James, Boris Mirroir, Daniel Goossens, Dab’s, Brice Cossu, Olivier Bocquet, Yoann Guillo, Olivier Dutto, William, Christope Cazenove, Jean-Claude Götting, Hervé Bourhis, Florent Sacré, Étienne Lécroart, Guillaume Bouzard, Nob, Ztnarf, Aude Picault, Lucile Thibaudier, Joris Chamblain, Libon, Alfred, Jose Luis Munuera, Éric Buche, Benoît Feroumont, Alain Dodier, Nicoby, Nix

Couleurs

Genre : Hommage, Humour, Gag

Éditeur : Dupuis

Nbre de pages : 64

Prix : 12,50 €

Date de sortie : le 20/10/2017

Extraits : 

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