Été : to be or not to be anymore, c’est la question, le temps d’une saison

Il y avait les feuilletons de l’été un peu ringards de la télévision, il y a désormais les sagas hype des réseaux sociaux. Été en est sans doute l’un des exemples les plus retentissant de ces derniers mois puisque, avec la complicité d’Arte (qui décidément est bien loin de l’idée que beaucoup s’en font de chaîne de vieux et qui était déjà pionnière avec Professeur Cyclope), quatre auteurs (Camille Duvelleroy, Thomas Cadène, Joseph Safieddine et Erwann Surcouf, revenu de l’espace aux dessins et couleurs) ont ébouillanté Instagram du 7 juin au 27 août (et après). L’histoire? Un couple moderne comme il se doit qui décide de se mettre à l’épreuve le temps de la belle saison et d’appliquer à la lettre l’esprit YOLO !

Résumé de l’éditeur : Juste avant leur mariage, Abel et Olivia, joli couple parisien, décident de prendre  une dernière fois les chemins de traverse, pendant 2 mois, pour vivre un dernier été «extraordinaire » en solo. À travers cette séparation faite d’interrogations, d’étonnement et de plaisirs éphémères, ils questionneront leur capacité d’être libres, heureux voire accomplis dans leur vie, seuls ou à deux.

Trois lettres, c’est vite tracé, vite vu, minimaliste comme peut l’être cette couverture (qui est plus un logo) qui dit pourtant tant de choses. Trois lettres pour faire « été » et multiplier, là aussi, les sens. Vers le haut ou vers le bas, interrogent d’ailleurs de flèche malignement placées. Et le fait de s’attaquer à Instagram est en soi un vrai acte courageux à l’heure où la bd essaie parfois de communiquer avec d’autres médias, d’être transmédia, en ne s’investissant peut-être pas assez pour que le projet dépasse le simple effet de mode. Puis, évidemment, il y a des machines créatives et imaginatives comme Lastman.

Alors, une BD sur Instagram, ça marche ? Et comment ! D’autant que, mine de rien, les auteurs prennent le réseau photographique (plus que photogéniques, parfois) à revers en lui proposant de faire sauter les filtres de la superficialité pour s’aventurer entre deux êtres qui ont été et ne savent plus s’ils seront encore, qui se cherchent et doutent peut-être de se (re)trouver. Et plutôt que de traverser le désert (en en emportant quand même les tentations), c’est dans l’oasis offerte par l’été qu’Abel et Olivia vont se retrouver, chacun de leur côté. Plage par plage, page par page, c’est la liberté retrouvée qui se dessine, le retour aux bases, les voyages (jusqu’à Eyjafjallajökull, les nouvelles conquêtes…

Jouant sur l’ambivalence de ce simple mot qu’est « été », les auteurs multiplient les saynètes qui, si elles s’ouvrent toujours sur un flash, une expression toujours en logo qui marque le début de la planche, jouent de plaisirs graphiques et picturaux. Les deux êtres vivent plus ou moins les mêmes choses, pensent l’un à l’autre, mais l’union des trois auteurs est suffisamment riche que pour ne pas s’ennuyer et ausculter le désir et son envolée définitive (ou pas). Le dessin de Surcouf se prête bien à ce récit instagrammé tant son style est contemporain, pas si loin de la sérigraphie, simple et complexe à la fois.

© Cadène/Duvelleroy/Safieddine/Surcouf chez Delcourt

Pourtant si l’histoire est forte, inattendue et qu’elle se prête remarquablement (et bien au-delà des craintes) au format « Instagram », force est de constater que le format papier… la déforce un peu et prouve sa faiblesse à lutter contre le pouvoir immersif du réseau social. Et quand à la dernière page, on nous assène que cette histoire par épisodes est un palindrome qui peut se relire dans l’autre sens (à la japonaise, quoi, ce qu’a priori on ne sait faire qu’avec un album papier) en quête d’une autre narration, on a du mal à le croire. C’est peut-être la première fois qu’un album est moins abouti que sa variante sur Internet ! Et sans doute est-ce par ces essais et erreurs que le Neuvième Art va arriver à dompter les formats. Cela dit, sans doute le lecteur allergique à Instagram, ou qui n’aurait pas suivi ce feuilleton, ne fera-t-il pas cette comparaison et profitera pleinement de cet album.

Titre : Été

Récit complet

Scénario : Camille Duvelleroy, Thomas Cadène et Joseph Safieddine

Dessin et couleurs : Erwann Surcouf

Genre : Comédie dramatique

Éditeur : Delcourt/Arte Éditions

Produit par : Bigger than fiction

Nbre de pages : 80

Prix : 15,50€

Date de sortie : le 20/09/2017

Extraits :

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