REVIEW & PHOTOS | Un dimanche aux Solidarités, de Mokaiesh à Bruel, engagement inébranlable, voix cassées et folie contagieuse

Le mois d’août touche à sa fin, déjà… La fin de l’été est à nos portes, mais en ce dernier weekend d’août, les Solidarités ont pris leurs quartiers dans la séculaire Citadelle Namur. L’occasion rêvée pour faire la fête à la musique, à la solidarité et à l’été, une dernière fois avant l’inévitable rentrée. Après un samedi mêlant pop, rock et rap, ce deuxième et dernier jour de festival est placé sous les auspices de la variété française. Et oui, c’est le jour tant attendu,celui du retour de Patrick.

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Une farandole jusqu’à la plage

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À peine remis de la veille, on se met déjà en route ! On commence tôt aujourd’hui. On a rendez-vous avec un Papy très groovy. Un namurois qui plus est, j’ai nommé le grand, le très grand André Brasseur. Depuis son retour fracassant l’année dernière, il en a écumé des scènes. Et le voilà de retour à domicile pour ces Solidarités.

Au premier rang, installés contre les barrières, les fans de Patrick Bruel sont déjà là. Car oui, c’est aujourd’hui que s’opéreront les retrouvailles, après 22 ans. Mais patience, il faudra attendre une dizaine d’heures avant de le voir fouler la grande scène. Le soleil est à son zénith et la foule se fait timide sur l’esplanade. Mais l’énergie d’André Brasseur et sa bande de musiciens est bien là, grisant rapidement les festivaliers présents. Cinquante ans après ses premiers succès, André Brasseur est toujours au top de sa forme et de son niveau. Sa musique n’a pas pris une ride et nous replonge dans une autre époque, le ravissement n’est pas très loin. Sur cette scène immense, l’artiste s’impose en maître absolu, devant un public conquis. Généreux, simple, touchant, au rythme d’une nouvelle composition « Revolution 2000« , notre Papy entraîne les festivaliers dans une grande farandole, à la manière des marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse. Il rit et on rit avec lui.

Ce midi, nulle foule déchaînée, mais un beau moment de partage tout de même, en tête à tête avec un grand monsieur. C’est sur sa merveilleuse reprise de Universal Nation, titre électro de Push, qu’il conquiert un peu plus le public !

On passe un moment vraiment hors du temps, sous ce soleil qui nous brûle mais ce n’est qu’un détail ça ! Au pire, on gardera sur notre peau, pour quelques temps, les stigmates de ce concert incroyable de bout en bout. Cet homme, avec son énergie et son charme indescriptible, mériterait les acclamations d’un stade parce qu’il est capable de retourner une foule. Bruel n’a qu’à bien se tenir ! Le bonheur se lit sur le visage du Wépionnais lorsque, rejoint par ses musiciens, il salue son public du jour. Et puis il nous laisse, un autre concert l’attend ce soir.

Solidarités 2017 © Marie Coppin

Après la fournaise, nous nous réfugions à l’ombre du Maquis. Sur la scène, des serviettes suspendues nous invite à la plage. Va à la plagec’est cette formation bruxelloise de rockeurs francophiles qui s’apprête à jouer pour nous. Il fait chaud, il fait beau, on hâte de rejoindre leur plage.

Ça fait déjà un petit moment que leur album tourne sur nos platines, ravit au passage nos oreilles, comble notre amour pour la langue française. Aujourd’hui, nous les découvrons sur scène. Et nous ne sommes pas déçus, dès les premiers titres, ils nous emportent dans leur petit monde déjà bien en place. C’est puissant, ça percute et cette petite heure de concert passe aussi vite qu’une journée à la côté belge. C’est qu’on en redemanderait en plus !

© Alexis Seny

Ils sont communistes, à c’qui paraît!

Après la plage, nous rentrons en territoire soviétique, accueillis par nuls autres que les augustes, honorables, incroyables John Lénine et Sylvester Staline. Non, ce n’est pas une blague, ni les Expendables à la russe, c’est Soviet Suprem et la révolution du dancefloor est en marche. Qu’on se le dise! Inénarrables trublions à la folie contagieuse, il en faut peu à John Lénine et Sylvester Staline pour se mettre le public en poche.

Soviet Suprem @LesSolidarités - Benoit Demazy (1)
© Benoit Demazy

16h. Nous quittons le Belgikistan avec un peu d’avance, le Maquis nous attend, nous ne voudrions pas manquer un autre communiste, enfin à c’qui paraît, Cyril Mokaiesh. Des années que je l’écoute, que je me shoote à ses textes aussi engageants qu’inspirants, au point de le citer dans mon premier roman, et voilà qu’enfin j’ai l’occasion de l’applaudir en vrai après tout ce temps à l’admirer dans l’ombre. Un peu plus loin, deux dames sont occupées à discuter. L’une dit à l’autre: « C’est Cyril Mokaiesh maintenant, il a été lancé par Bernard Lavilliers« . Référence à son titre coup de poing, La Loi du Marché, en duo avec Lavilliers.

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J’ai envie d’aller lui taper sur l’épaule et de lui dire quelques mots. Si tu savais Madame, tout ce qu’il a fait avant ça… Il a chanté, que dis-je crier son indignation envers son époque, notre époque, qui broie du noir. Il a été jeune-branleuriste, che-guevariste, communiste à c’qui paraît. Il nous a invité à partir, à séduire une autre chanceIl a changé la direction des voiles, il la voyait plus tigresse Lady la Vie. Comme Françoise Hardy, il a écrit à sa chère amie. Et puis c’est vrai, il y a eu ce duo avec Lavilliers, il y a quelques mois, juste une nouvelle brique dans la construction d’une grande carrière.

Cyril Mokaiesh @Les Solidarités - Benoit Demazy (5)
© Benoit Demazy

Ce grand bonhomme n’est certainement pas haineux, comme le dit un Michael Miraglia qui n’a visiblement rien compris (mais a pris soin de changer de t-shirts entre chaque présentation, y’a des priorités dans la vie). Non, Cyril Mokaiesh est juste un homme de son époque, de notre époque qui utilise les mots comme des armes. Ses mots parfois durs, souvent transcendants, toujours justes. Ses textes ne sont en rien un appel à la haine, plutôt à la réflexion. Il secoue ses auditeurs pour éveiller leurs consciences pas pour les transformer en soldats anti-tout. Tu vois de quoi je veux parler, Damien Saez ? Non pas que je ne t’apprécie pas, mais à force d’accuser à tort et à travers, la crédibilité finit par s’étioler.

Cyril Mokaiesh @Les Solidarités - Benoit Demazy (7)
© Benoit Demazy

En cette fin d’après-midi, les solidaires pourraient être plus nombreux au Maquis, mais pourtant dès l’arrivée de ce grand artiste, le premier morceau lancé, l’intensité semble déjà à son comble. Ce n’est peut-être qu’une idée… C’est Seul qui ouvre le bal de tous ces morceaux que je connais sur le bout des doigts. Il y aura aussi Mon Époque, Ici en France, Des Jours Inouïs, chaque chanson qu’il entame accroche le public un peu plus fort. Le temps passe vite, on voudrait en entendre plus mais la fin approche. Alors, une seule question me titille, par quoi va-t-il terminer ? Clôture, bien entendu ! Morceau coup de poing qui referme en beauté son dernier album. J’pense qu’on va aller au cinéma revoir Le p’tit Prince, c’est réussi c’qu’ils ont fait en animation. Pis j’ai grave besoin de dessiner un mouton !

Il s’en va, c’est déjà fini. Le public est conquis, je pense, secoué aussi, comme je le suis. Un goût de trop peu tout de même, on aurait voulu l’écouter encore des heures, déclamer ces textes d’une justesse inouïe qui mériteraient des centaines de milliers d’écoutes parce qu’ils sont presque d’utilités publiques en fait.

Petit passage éclair au stand des Solidarités pour saluer l’ami Cyril, il le mérite tellement. Quelques autres personnes sont là, toutes enchantées par la découverte. Sur l’esplanade, Saule s’est emparé de la scène devant une marée humaine baignée sous un soleil de plomb. Le site s’est bien rempli en une heure de temps et dans les allées du festival, on peut déjà entendre un nom, répété dans bon nombre de conversations. L’ombre de Patrick Bruel plane déjà sur la Citadelle de Namur, beaucoup sont venus pour lui.

Saule @LesSolidarités - Benoit Demazy (3)
© Saule

Après le rendez-vous manqué avec la scène du Maquis de la veille, c’est avec une certaine appréhension que nous remontons pour aller applaudir l’incroyable Cali. Même chose que la veille, l’endroit est bondé et une poignée de festivaliers venus à l’avance ont la chance de voir ce qu’il se passe sur la scène. Ce n’est pas trop grave, Cali, on le connait ! On l’a vu, on l’a revu et rerevu et on commence à connaître sa recette magique. Mais avouons-le, ça marche du tonnerre et on passe un bon moment.

Slimane @LesSolidarités - Benoit Demazy (4)
© Benoit Demazy

19h. Déjà, nous redescendons, Slimane nous attend, il n’est pas question de le louper. Après la claque que nous nous étions pris à Colfontaine, nous attendons beaucoup de ce concert, et nous ne serons pas déçu. Impressionnant tant par ses performances vocales que sa puissance d’interprétation, le gaillard en impose, il n’y a pas à dire. Et ce charisme, cette simplicité, on ne peut qu’admirer une heure durant cette lumière qui se dégage de cet homme qui semble avoir vécu mille vies. Le show est savamment orchestré, partagé entre énergie virevoltante, et moments délicats où le temps se suspend, comme lorsqu’il entonne son dernier single, J’en Suis Là. Un beau moment, encore un. C’est certain qu’on retournera le voir, pour se prendre une nouvelle claque.

Slimane @LesSolidarités - Benoit Demazy (1)
© Benoit Demazy

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Slimane quitte la scène, après avoir, comme à son habitude, remercié toute son équipe. Il chauffe même le public pour Bruel avant de disparaître. Le public bouge déjà, une autre tête d’affiche joue sur les hauteurs du Maquis, Tryo. Nous suivons cette marée humaine, le public s’amasse dans le maquis. Nous trouverons finalement une place devant l’écran, juste à côté du Disco Club. Le groupe livre un bon concert, c’est dommage de devoir se contenter d’un écran, couper du lien avec les artistes. Juste après Toi et Moi, nous abandonnons et traversons l’assemblée compacte pour rejoindre les impatients qui attendent Patrick sur l’esplanade.

On s’était dit rendez-vous dans… 22 ans

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La lumière décline de plus en plus, les Solidarités sont presque terminées pourtant, un grand concert nous attend encore. Les écrans s’allument, le public bouge, se resserre. Il va bientôt arriver. Le retour de Patrick, 22 ans après avoir foulé la scène Citadelle, en pleine Bruelmania. Des ombres s’avancent sur scène, ses musiciens. Une intro. Quelques mots. Vous, êtes-vous là ce soir? Un taxi, je descends, la porte grince un peu, j’avance dans le noir. Trois notes de piano, je souris au miroir. 

Patrick Bruel @LesSolidarités - Benoit Demazy (5)
© Benoit Demazy

Le voilà qui apparaît, affublé d’un drôle de costume tout droit sorti d’un univers steampunk. Et le public s’embrase ; le costume il s’en fout, c’est Patrick qu’il veut. Et il l’a! À côté de moi, une petite fille d’à peine six ans écarquille les yeux dans les bras de sa maman. Ses yeux brillants, son sourire me transpercent. Elle me rappelle la petite fille que j’étais, biberonnée à un album intitulé Juste Avant, chantant à tue tête Au Bout de la Marelle ou le Café des Délices. Je crois que cette petite fille réalise un rêve ce soir. Une vague d’émotion me traverse, je n’aurais pas cru que ce serait aussi fort. Un coup de coude à Christelle: je pense que je vais chialer, je lui glisse.

Patrick Bruel @LesSolidarités - Benoit Demazy (1)
© Benoit Demazy

Le sommeil veut pas d’ moi, tu rêves depuis longtemps. Alors regarde, regarde un peu ! Il enchaîne notre Patrick et nous, public, on ne peut que chanter, grisé par cet artiste généreux. Et généreux il le sera de bout en bout, dans ses interactions avec son audience magistrale, dans ses chanson si fédératrices, dans ses sourires. C’est un florilège de succès auxquels nous avons droit, impossible de ne pas accompagner ses voisins et voisines de tout âges. Lequel de nous, Qui a le droitJe m’attendais pas à toi, Lâche-toi, La fille de l’aéroport, et même Maux d’enfants – qui voit notre Patrick préféré se transformer en rappeur, un moment plutôt gag – nous voguons au travers de sa carrière sur le fil de sa voix éraillée.

Patrick Bruel @LesSolidarités - Benoit Demazy (2)
© Benoit Demazy

Je ne sais pourquoi elle allait danser à Saint Jean, aux musettes. L’esplanade se transforme en un gigantesque bal populaire et voit les solidaires danser deux à deux. Il nous emmène aussi à la rencontre de Joe Dassin, avec sa version de Salut les Amoureux. Et de Namur et Tunis, il n’y a qu’un pas et le temps se suspend le temps de se poser au Café des Délices. Derrière moi, une fan s’extasie, cette chanson est sa préférée. On en a tous une, n’est-ce pas ? Pour ma part, je craque pour Combien de Murs et ce soir je ne pourrai pas chanter ces quelques vers. Mais comme dit Patrick, on ne peut pas toute les faire ! Ce serait trop long, 21h34 pour être exact. Un peu long pour un concert, mais pourquoi pas? Ne dit-on pas quand on aime on ne compte pas ?

La fin a sonné, Patrick disparaît en coulisses, laissant derrière lui un public à la fois subjugué et déchaîné. Nous ne sommes pas disposés à le laisser s’en aller, il ne s’est pas encore cassé la voix, et nous non plus. Les cris résonnent sur les hauteurs namuroise et Bruel réapparaît ; veste en cuir, plus rockeur que jamais. On l’attendait, la voilà. Casser la voix. Ce premier tour est suivi d’un deuxième avec Tout s’efface, il ne l’avait plus faite depuis longtemps. Le ravissement est au rendez-vous. Il repart une deuxième fois, mais nous ne sommes toujours pas prêts. Alors il s’installe derrière son piano et… J’avoue j’en ai bavé pas vous mon amour, avant d’avoir eu vent de vous mon amour. C’est donc la sublime Javanaise de Gainsbourg qui va clôturer cet incroyable concert, hors du temps jusqu’au bout. Nous nous aimions, le temps d’une chanson. Le public continue de chanter et il s’envole, pour de bon cette fois même si l’on aurait pu continuer comme ça encore longtemps.

La foule applaudit encore un peu avant de se disperser. Ne vous déplaise en dansant la Javanaise. Les solidaires continuent à chantonner en se dirigeant vers la sortie. Les voix se mêlent, cassées à force d’avoir trop chanter. Demain on ne parlera pas, on grognera, mais ce sera pour la bonne cause !

Ça y est, le rideau vient de tomber sur ces Solidarités. Patrick Bruel vient de terminer en beauté cette cinquième édition et nous prenons le chemin du retour, le sourire aux lèvres et les souvenirs plein la tête. Cette année encore ces deux jours de festivals furent riches, il y eu quelques déceptions, le Maquis en fait partie mais ce n’est qu’une petite ombre au tableau d’une si belle édition. On monte dans la voiture et on pense déjà à l’année prochaine. 2018 est encore loin, mais le dernier weekend d’août est d’ores et déjà bloqué. Et vous savez quoi ? Il se murmure que les futures Solidarités pourraient s’étendre sur trois jours… Alors, on se retrouve l’an prochain ?

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