Troubs et Dumontheuil, cornacs du dessin là où les éléphants s’amenuisent, de conservation en conversation de styles

Il y a quelques années, la fin de mon cursus universitaire se profilait et je devais mettre la dernière main à mon mémoire portant sur la bande dessinée du réel. À l’époque je cherchais, entre autres choses, des sujets sur lesquels deux dessinateurs auraient pu poser leur regard et leur art. Pas évident. Si ce n’est qu’aujourd’hui, les Éditions Futuropolis viennent de sortir l’un de ces albums, précieux tant par son sujet que par son traitement. Voilà donc que, croisant leurs visions sans les faire fusionner, chacun à son tour, Nicolas Dumontheuil et Troubs nous font prendre un aller simple pour le Laos, le pays du million d’éléphants… qui ne l’est plus tant.

© Troubs chez Futuropolis

Résumé de l’éditeur : L’éléphant est l’animal adoré du Laos. Devenu l’emblème du pays, il pourrait n’être bientôt plus qu’une mythique créature puisque la reproduction de l’espèce est menacée. Créé en 2011 par une équipe de spécialistes, le centre de conservation de l’éléphant travaille au bien-être de l’animal, des soins vétérinaires à la reproduction et la formation des cornacs. Les éléphants domestiques du Laos sont traditionnellement utilisés dans l’exploitation forestière et le bardage. Avec seulement deux naissances pour 10 décès, l’éléphant d’Asie, emblème national sacré du Laos, est sérieusement menacée de disparaître. À l’hiver 2015, le Centre de Conservation de l’Eléphant du Laos a organisé une caravane de pachydermes qui a parcouru 500 km à travers les provinces de Sayaboury et Luang Prabang. Nicolas Dumontheuil et Troubs ont suivi cette éléphantesque procession.

© Dumontheuil chez Futuropolis

La longue marche des éléphants est affaire de cohabitation. De deux cohabitations pour être juste. Celle de l’homme et de l’éléphant, d’abord. L’homme qui, bien plus loin qu’Hannibal, s’est allié ce géant et cette force de la nature pour exécuter plus de douze travaux avant de progressivement le laisser tomber en désuétude tel un super-héros abandonné. Et son territoire d’être piétiné, déforesté. Parfois, même, quelques foudres de guerre éléphantesques sont-ils utilisés pour détruire leur propre habitant.

© Troubs chez Futuropolis

Si bien que de 40 000, il y a quelques décennies, les éléphants ne sont plus désormais qu’une dizaine de milliers. Et si le long du parcours de cette caravane « pachydermique », les cris et les vivats sont au rendez-vous, les auteurs constatent à quel point leur héritage est fissuré, que les traditions sont rompues et que l’ascenseur social a fonctionné dans le sens inverse. Autrefois quasi-aristocratiques, les cornacs déchantent aujourd’hui. Puis comment sensibiliser des villageois misérables à la cause animale ? Comme le résume bien Mirabelle, de l’équipe pédagogique, « Comment leur parler de la protection de l’éléphant alors qu’eux-mêmes peinent à survivre? »

© Dumontheuil chez Futuropolis

L’autre cohabitation, c’est bien sûr celle des coups de crayons de Nicolas Dumontheuil (bien loin de la Finlande et des renards de son dernier album) puis de Troubs (un autre spécialiste des voyages et de leurs carnets) qui se font écho sans se télescoper mais en se renforçant. Dumontheuil suit ainsi le périple de la caravane tandis que Troubs, arrivé plus tard dans le voyage (mais pas dans l’aventure : à cause d’un mauvais timing, il n’a pu prendre place dans la caravane dès le début mais a conseillé aux organisateurs d’aller voir du côté de Dumontheuil), s’est consacré à l’action du centre de conservation.

© Troubs chez Futuropolis

Tous deux sont réunis dans le noir et blanc mais chacun officie avec le style qui lui est propre, avec ses armes. Nicolas Dumontheuil plus distancié de son sujet, fait sentir qu’il a pris le temps de maturer son aventure et ce qu’il en retirerait. Troubs, lui, est plus sur le vif, en reportage live. Et chacun fait valoir ses forces pour parler au mieux de ce sujet et pour encaser les éléphants (ce qui n’est pas si évident, pensez au magasin de porcelaine !) de toute leur grâce et de tout leur courage, de toute la richesse dont ils sont capables et dont l’homme devrait s’inspirer.

© Dumontheuil chez Futuropolis

On oublie que ce n’est pas si commun de voir deux visions mises côte à côte pour nous rapprocher d’un même sujet (mais sur deux angles différents) pour jouer au jeu non pas des sept mais des mille différences et comprendre ce qu’il y a derrière le regard de ces deux auteurs si habiles à comprendre et à faire comprendre le monde qui nous entoure, à pas d’éléphant mais tout en prenant le temps.

Titre : La longue marche des éléphants

Scénario : Troubs/Nicolas Dumontheuil

Dessin : Troubs /Nicolas Dumontheuil

Noir et blanc

Genre : Documentaire, Voyage, Reportage

Éditeur : Futuropolis

Nbre de pages : 82 (+5 pages de dossier)

Prix : 18€

Date de sortie : le 18/05/2017

Extraits : 

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