Plus belle la… série, un épisode sociologique pour plonger dans le hors-cadre du feuilleton à succès français

Je n’ai jamais tenu plus d’une minute devant un épisode de Plus belle la vie. En zappant, tout au plus. Pourtant force est de constater que la série qui prend comme épicentre le « Mistral » a toujours le vent en poupe, plébiscitée par les téléspectateurs d’après-JT et comptant désormais plus de 3200 épisodes, de rebondissements en rebondissements. Cela valait bien une incursion dans l’envers du décor. Muriel Mille, sur le plan de l’enquête sociologique, et Paul-André Landes et Émilie Harel, pour donner corps à la BD, s’y sont collés dans la collection de décryptage sociologique de Casterman, Sociorama. Pas besoin d’aimer ou de honnir Plus belle la vie (renommée ici Plus jolie la vie) pour s’intéresser à ce roman graphique qui se propose d’analyser les enjeux et les coulisses d’une série au long cours et forcément de la société, la nôtre, dans laquelle les acteurs s’implantent.

Résumé de l’éditeur : Clémentine est scénariste pour un feuilleton quotidien à grand succès. Un jour, elle décide d’aller voir le tournage des épisodes : de gaffes en surprises, elle découvre les aléas de la fabrication de la fiction télé, les acteurs phares et les figurants, les contraintes du plateau, les petits arrangements avec le réel … Plus jolie, la vie au petit écran ?

© Landes/Harel chez Casterman

Ni tout blanc ni tout noir, il y a des nuances sous les strass du prime time. Comme dans la vraie vie, d’ailleurs. Et si certaines séries sont improbables et fantaisistes, d’autres se font une obligation de coller au plus près de ce que le téléspectateur peut vivre au quotidien. Même si une fiction comme Plus belle… oups Plus jolie la vie sait aussi s’autoriser des braquages, des prises d’otage, des drames démesurés, quelques explosions et des twists plus ou moins savamment liés. Et le résultat à l’écran d’être mijoté quelques semaines avant la diffusion dans les cerveaux des scénaristes impliqués.

© Landes/Harel chez Casterman

Enfin, en pratique. Car, dans les pas de Clémentine, on apprend vite qu’il y a souvent un monde entre ce que les scénaristes (basés à Paris, bien à l’abri du vent de Marseille) inventent et ce qui est finalement porté à l’écran par les équipes sur place. Pour des raisons d’argent, souvent mais pas que. Parce que ce qui fonctionne sur papier (les slogans que les partenaires du monde associatif, par exemple, veulent caser mots pour mots) ne résonne pas toujours pareil à l’écran. Puis, parce que les équipes de réalisation des épisodes ont parfois le droit de trouver irréaliste ce que les scénaristes ont pris pour une idée lumineuse. Le tout serré dans une rentabilité et un rythme à vous épuiser, mais que tout le monde tient tant ce monde-là est bien instable et précaire. Elle est pas belle la vie ?

© Landes/Harel chez Casterman

Retrouvant le terrain qui a permis à Muriel Mille de goupiller fort bien son enquête, Paul-André Landes et Émilie Harel ont réussi à trouver un fil rouge qui ne s’emberlificote pas et nous permet de découvrir une foule de personnages gravitant plus ou moins loin de la céleste caméra. Celle qui vous donne votre heure de gloire et assure votre cachet tant que la série tient bon la vague, le vent et les audiences. Le trait d’Émilie Harel réussit, lui, à dépasser le format et la rapidité avec laquelle se lira cette enquête bédéifiée pour donner le meilleur de lui-même, de Paris à Marseille, des tables de discussion au feu de l’action. C’est bien emmené mais ça fait aussi tomber la barrière et les illusions du huitième art pour que ne reste que le travail des fourmis humaines et de leurs relations tendues. Sans doute le meilleur épisode de cette collection Sociorama qui, décidément, si elle n’a peut-être pas le lustre d’autres collections de BD du réel, reste une valeur sûre et criante de sens sur notre société dans tous ses recoins.

Titre : Plus belle la série

D’après l’enquête de Muriel Mille

Scénario : Paul-André Landes et Émilie Harel

Dessin : Émilie Harel

Genre : Enquête, Documentaire, Docu-fiction

Éditeur : Casterman

Collection : Sociorama

Nbre de pages : 168

Prix : 12€

Date de sortie : le 12/04/2017

Extraits :

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