Un Pilote pas automatique et enrichissant pour fêter Valérian et Laureline, leurs créateurs mais aussi leurs héritiers

© Christin/Mézières/Tran-Lê chez Dargaud

C’est un fait, à part si vous vous êtes exilé sur la mille et unième ou que vous avez vécu en ermite médiatique, ces derniers mois; vous n’avez pu éviter l' »événement » cinématographique de cet été : la sortie de l’adaptation d’un classique (et précurseur) de la bande dessinée de science-fiction, Valérian et Laureline de Pierre Christin, Jean-Claude Mézières et Évelyne Tran-Lê. Des héros qui, plus qu’à leurs créateurs, appartiennent aujourd’hui à la culture populaire. C’est pourquoi, en préparant le terrain au film mais en faisant aussi oeuvre de récréation et de nostalgie, Pilote ressuscite (comme à son habitude) pour un numéro spécial où, aux-côtés des deux géants Christin et Mézières, on retrouve quelques auteurs parmi les plus doués de leurs générations.

© Smolderen/Clérisse chez Dargaud

Nul besoin de remonter le temps et l’espace, qu’est-ce qu’ils sont bien Valérian et Laureline dans leur quinquagénie souriante. Sans une ride mais avec l’assurance des années passées à faire les belles heures de la science-fiction à la sauce franco-belge (universel aussi puisque bientôt George Lucas s’en « inspirerait – pour rester polis – dans son Star Wars). À l’heure où l’on tremble de (sa)voir à quelle sauce les deux héros (qui en ont vu d’autres, cela dit) vont être mangés par Besson et sa science (défaillante, ces derniers temps) du blockbuster; Dargaud réanime Pilote dans un hors-série qui se veut être le mook accompagnant fidèlement l’arrivée du film. Avec le choix entre une édition souple et une autre cartonnée (avec toutefois huit pages supplémentaires faisant ode aux dessins noir sur blanc d’un Mézières au top), histoire de rencontrer les plaisirs et les habitudes de lecture de ce genre de revue de tout un chacun.

© Bajram chez Dargaud

Sous-titré « Le journal qui s’amuse à voyager dans le temps », ce Pilote-là emmené par François Le Bescond en rédacteur en chef fait feu de tous les bois dont regorge l’univers et le fait plutôt bien. En commençant par des interviews de Christin, Mézières et de l’héritier Besson. En s’aidant, ensuite, des lumières d’experts d’hier et aujourd’hui pour mieux éclairer l’oeuvre remarquable des deux aventuriers d’un espace qui, en 1967, avait encore bien des secrets et tout un imaginaire à explorer. Ainsi, les angles sont variés, on se glisse dans les ombres des plus grandes planches de la série, on a un avant-goût de l’exposition qui se tient jusqu’au 14 janvier à la Cité des sciences de Paris, on replonge dans les classiques de la science-fiction et il est même question de ces origines évoquées par le regretté Stan Barets.

© Balez chez Dargaud

Sans oublier un aperçu des superbes concept arts d’Éric Gandois, Patrice Garcia, Hugues Tissandier, Sylvain Despretz ou encore Marc Simonetti et l’impact d’une série comme Valérian sur l’histoire de… BNP Paribas (c’est un publi-rédactionnel, ça vaut ce que ça vaut et mieux vaut lire ça avec des pincettes). Sous forme d’interview ou de texte continu, l’ensemble se révèle assez érudit et précis que pour dresser une bonne introduction au Valérian d’hier et d’aujourd’hui. Les experts impliqués savent de quoi ils parlent et ne sont pas nés de la dernière pluie de comètes, alors forcément c’est enrichissant…

© Bertail chez Dargaud

Et de la BD alors, il y en a ?, commencent à se demander les puristes (ceux qui ne peuvent pas piffer qu’une BD soit adaptée au cinéma, par exemple, mais ceux aussi qui savent apprécier une reprise quand elle est bien faire de leur héros favoris). Ne vous inquiétez pas, vous allez en avoir des planches et des phylactères, de la rigolade et du spectaculaire pratiquées par une trentaine de surdoués du Neuvième Art. Si certains ont fait leurs armes dans des aventures spatiales (on pense à l’impeccable Denis Bajram, à José Luis Munuera en mode « vacances », à la relève Mathieu Bablet ou encore Dominique Bertail qui revient à l’an Mil), d’autres ne sont pas spécialement connus pour leurs appétits galactiques.

© Bonhomme chez Dargaud

Et c’est souvent de ceux-là, dans ce registre pas forcément de prédilection, que viennent les surprises les plus flagrantes et les plus inattendues. Conjuguant vie de héros et vies d’auteurs par exemple, comme Matthieu Bonhomme qui remet le cow-boy Mézières en selle et lui fait rejouer Cow-boys et envahisseurs ou la pop-mini-odyssée des audacieux Thierry Smolderen et Alexandre Clérisse. Il y a des crossovers aussi, avec Achile Talon ou Cosmik Roger, avec les increvables Larcenet (ancien repreneur de Valérian beaucoup moins sérieux) et Salch et, au sommet, avec Ariane (l’héroïne de Juillard dans Les sept vies de l’Épervier) qui fait une rencontre du troisième type. Dans tous ces hommages, ces incarnations diverses, il y a de la verve, de l’affect, de l’amour, du talent, du second degré aussi, du respect surtout… Comme dans les évocations de Nicolas Barral ou Éric Corbeyran (soutenu au dessin par Olivier Balez) qui, plus terre à terre, raconte leurs rencontres avec deux doux mentors dont le nom évoque mille souvenirs : Mézières pour l’un, Christin pour les deux autres. On est loin de l’hommage juste pour l’hommage tant ces auteurs ont quelque chose à dire, du sens à nous faire parvenir.

© Bouzard chez Dargaud

La belle note de ce space-opéra a plusieurs voix en l’honneur de deux ténors est enfin donnée par le coin du voile levé sur deux albums forcément attendus. Le nouveau Valérian, Souvenirs de futurs II, qui tourne autour d’un accord politique étonnant et pourtant si proche de notre réalité, voit douze de ses planches révélées. On y retrouve tout le savoir-faire de Christin et Maizières pour dompter l’actualité et la mettre en fiction décoiffante… sexy aussi. Enfin, puisque comme Spirou ou Lucky Luke, Valérian va connaître de nouvelles aventures sous d’autres traits, cinq planches de Shingouzlooz.Inc, le one-shot de Wilfrid Lupano et Mathieu Lauffray, sont livrées en pâture aux lecteurs. Les décors sont magnifiques, l’univers bien campé et revisité et le pitch entend faire lumière sur toutes les questions sans réponse que le lecteur s’est posé autour de la saga quinquagénaire. Et comme, il est facile de jouer le jeu des origines, Lupano s’est lancé le défi de « pousser ses réflexions le plus loin possible ». Les cases s’admirent, l’intrigue reste secrète mais l’envie compulsive d’en apprendre plus est d’ores et déjà dans nos gênes.

© Lupano/Lauffray chez Dargaud

Bref, ce Pilote hors-série est un pont royal pour nous ramener à bon port, à Galaxity, et réveiller la série auprès de la nouvelle génération qui l’avait peut-être loupée. Et ça n’a rien d’un paradoxe de plus.

Revue : Pilote

Hors-série

Titre : Spécial Valérian

Avec la participation de : Pierre Christin, Jean-Claude Mézières, Christophe Blain, Mathieu Bablet, Nicolas Barral, Blutch, Wilfrid Lupano, Mathieu Lauffray, Stan Barets, Matthieu Bonhomme, Éric Corbeyran, Olivier Balez, Thierry Smolderen, Alexandre Clérisse, Manu Larcenet, Éric Salch, Richard Marazano, Christophe Ferreira, André Juillard, Thierry Martin, Éric Libiot, Fabcaro, Serge Carrère, José Luis Munuera, Luc Besson, Julien Solé, MO/CDM, René Pétillon, Emmanuel Guibert, Denis Bajram, Guillaume Bouzard, Terreur Graphique, F’Murrr, Jean-David Morvan, Ji Su, Mathieu Sapin, Annie Goetzinger…

Genre : Making-Of, Hommage

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 136

Prix : 10,95€

Date de sortie : le 03/07/2017

Extraits :

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