Sur la trace d’un démon intérieur, de momies mortes-vivantes ou de hippies; il y aura toujours des enquêteurs zarbis !

Le temps des vacances nous a été profitable dans quelques lectures BD fortement appréciables. Sans préméditation (impossible en présence des fins limiers qu’on va vous présenter), trois d’entre elles se reliaient par l’excentricité, ou du moins la bizarrerie, de leur enquêteur principal. Oubliez tous les a priori que vous pouvez avoir sur ce genre éculé qu’est l’enquête (qu’elle soit purement policière ou paranormale voire holistique) pour vous projeter dans ces trois albums qui puisent leurs avantages dans leur liberté de ton et leur originalité. Percutants, qui plus est.

Psycho-investigateur : quintessence intérieure

Résumé de l’éditeur : Simon Radius, le psycho-investigateur, possède le pouvoir de voyager physiquement dans l’esprit des gens. Dans cette aventure inédite, il pénètre la mémoire d’un centenaire en quête d’un mystérieux trésor… Mais comment voyager dans les souvenirs d’un amnésique ?

© Courbier/Dahan chez Petit à Petit

Psycho Investigateur, c’est sans doute  l’événement de cet été. Même s’il est passé plutôt inaperçu dans des grands médias trop occupés à faire la promotion d’albums trop attendus chez de grands éditeurs (les Astérix, les Titeuf, pourquoi user de teasing quand il sera encore temps d’en parler en… temps voulu). Pourtant, la dernière parution de Petit à Petit se révèle être un travail d’orfèvre marquant et ingénieux, à l’impeccable processus de projection, qui nous fait oublier que ce que nous tenons dans les mains n’est qu’une bande dessinée. Sa force est telle qu’elle dépasse de loin le papier.

© Dahan

Quel coup de maître ont accompli Erwan Courbier et Benoit Dahan ! Trop méconnus en regard de leur talent, les deux auteurs ont eu raison de s’accrocher à leur personnage fétiche, Simon Radius, cet enquêteur d’un nouveau genre. Depuis bientôt quinze ans, les deux auteurs emmènent ce psychologue qui n’hésite pas à se plonger dans les méandres des pensées et de la mémoire humaines pour résoudre les mystères, toujours plus loin. Pourtant, L’héritage de l’homme-siècle se lit comme un jeune premier, comme un one shot. D’ailleurs, c’est en me documentant un peu pour cette chronique que je me suis rendu compte que cet illustre inconnu (et c’est malheureux) avait un passé : un premier album en 2005 chez Emmanuel Proust Éditions et une réédition augmentée (les trois parties) en 2013 chez Physalis. Et maintenant, Petit à Petit prend la relève avec toute l’envie et tout le professionnalisme qu’on lui connait (et en proposant de rattraper notre retard avec le premier tome des aventures de Simon Radius).

© Courbier/Dahan chez Petit à Petit

Tant mieux, car c’est album est fait figure de pertinente et implacable réflexion sur son média. Avec une conscience de toutes ses aptitudes qui le rendent redoutable. C’est bien simple, ce récit où les monstres se mêlent à l’odyssée intérieure, vivifiante et rationnelle n’aurait pas pu voir le jour en roman ou au cinéma. De même, il est inenvisageable que ceux-ci l’adaptent selon leur code. Si psycho investigateur aura plusieurs vies, elles ne dépendront que de l’envie du lecteur de lire et relire cet album, d’en tourner les pages en avant ou… en arrière, de les plier, de les retourner dans tous les sens, de leur faire jouer le jeu de la transparence au soleil… Sans l’avouer et sans en utiliser le concept racoleur, Psycho Investigateur, c’est un livre dont, progressivement, vous devenez le héros. Insidieusement même si un indice est donné dès la couverture. Percée dans les yeux de son énigmatique personnage principal, on se rend compte après-coup que l’on peut y mettre nos yeux, comme dans un masque de Carnaval. L’homme-siècle, c’est un peu nous. Et ce qu’on va y mettre.

© Courbier/Dahan chez Petit à Petit

Peut-être bien plus fort qu’Imbattable (car encore plus imprévisible), Psycho investigateur est imparable et est une oeuvre totale, puissante, rivalisant d’originalité et d’énergie pour dépasser ce qui pourrait être l’acte d’un apprenti sorcier et se révéler dans toute sa maîtrise. Limpide et accessible, complètement innovant mais pourtant brinquebalé par un monde éditorial intraitable, Psycho Investigateur mérite d’être bien plus qu’un monstre du Loch Ness et de s’asseoir comme série au long cours pour encore mieux s’affirmer. Simon Radius est peut-être bien plus fort que n’importe quel super-héros de Marvel ou DC, ou peut-être même que tout ceux-là réunis. Et, oui, avec ce deuxième album déjà culte et mémorable, nous n’en sommes peut-être qu’à la surface visible de l’iceberg tant Erwan Courbier et Benoit Dahan semblent ne pas être à cours de ressources et d’inventivité.

© Dahan

Série : Psycho Investigateur (Page Facebook)

Partie : 4 – L’héritage de l’homme-siècle

Scénario : Erwan Courbier et Benoit Dahan

Dessin et couleurs : Benoit Dahan

Genre : Thriller psychologique, fantastique

Éditeur : Petit à petit

Nbre de pages : 64 (+ 16 pages de bonus)

Prix : 15,90€

Date de sortie : le 27/05/2017

Extraits : 

Dirk Gently, au petit bonheur la chance pour défaire momies tapageuses et bien d’autres

© Akins

Résumé de l’éditeur : Après un voyage assez inconfortable dans la soute d’un avion de ligne et après s’être approprié le bagage d’un couple tout aussi chic qu’inquiétant, Dirk Gently se retrouve par le plus pur des hasards là où il devait se rendre sans même savoir où il devait se rendre… Vous me suivez ? Et, donc, cette destination inconnue mais, de toute évidence, très logique (un salon de thé à thème) deviendra le bureau américain de Dirk et, avec ses assistants (ou associés, c’est une question de sémantique après tout), il devrait résoudre trois affaires apparemment distinctes mais, connaissant notre héros, on peut parier qu’elles ne le sont point: des momies réincarnées, un voyageur du temps au portable doré et le gentil couple, dont nous avons parlé, désireux de se payer la peau de notre bien-aimé Dirk.

© Ryall/Kyriazis/O’Grady chez IDW Publishing

Il y a une vie après la mort, c’est un fait. Dans les aventures de ce Britannique excentrique qu’est Dirk Gently, mais aussi dans le destin chaotique de ce héros de littérature qui crée un peu plus sa légende depuis quelques années. Dirk Gently, c’est un autre monstre du Loch Ness. Créé par Douglas Adams, l’auteur du Guide du voyageur galactique, Dirk Gently n’aura connu que deux romans et un troisième inachevé (Douglas Adams est décédé de manière prématurée, à l’âge de 49 ans) à cheval sur trois décennies et quinze années. Puis, plus rien. Sauf que l’univers était en place, tellement bon et jubilatoire que Dirk n’allait pas s’arrêter là. Ainsi a-t-il survécu à son papa dans des feuilletons radiophoniques, dans une première série télévisée sur la BBC (quatre épisodes et puis s’en vont) et une deuxième qui fait le bonheur des abonnés de Netflix. Mais aussi, en 2015, en comics chez IDW Publishing, l’éditeur américain spécialisé dans l’adaptation de licences de toutes sortes (de la musique de Kiss aux jeux vidéo en passant par des films…). Et voilà que Dirk Gently déboule dans le paysage francophone de 2017, par l’intermédiaire des Éditions Flamival (qui nous ont fait le magnifique cadeau de publier les comics Retour vers le futur et dont le programme risque bien de s’intensifier et d’affoler les compteurs des fans de séries B et des autres aussi).

© Ryall/Akins/O’Grady chez IDW Publishing

Le premier volume des aventures de ce détective pas comme les autres qui laisse le hasard bien faire les choses est donc arrivé chez nous tout pile à l’heure de rallier les plages des vacances. Ainsi, se retrouve compilé dans ce premier tome, les cinq premiers actes parus outre-Atlantique et ne formant qu’une seule et même histoire (L’interconnexion entre toute chose)… ou trois, c’est selon. Car que peuvent bien avoir à faire ensemble deux momies qui ont bravé avec succès les affres du temps millénaire, deux serial killer qui se sont jurés d’imiter les plus grands criminels que la planète ait connus et de drôles de smartphones offerts à tous les SDF de San Diego ? Sans oublier ce salon de thé sans prétention si ce n’est celui de combler les justiciers en herbe et en quête de mystères. C’est là que l’Anglais le plus à l’Ouest depuis Sherlock Holmes a établi son quartier général avec une équipe de choc hum… hum…) pour faire la lumière sur ces événements étranges. Et les associés (oups, assistants) de Dirk ne seront pas de trop pour affronter les forces du mal bien coriaces.

© Ryall/Kyriazis/O’Grady chez IDW Publishing

Mixant les bonnes doses d’humour, de polar et surtout de fantastique, ces cinq premiers épisodes sont parfaits pour s’immiscer dans l’univers barge et fou laissé à la postérité par Douglas Adams. Cela dit sans avoir jamais lu un de ces livres ou vu l’une des séries qui l’ont adapté. Écrits par Chris Ryall et dessiné par Tony Akins (Wonder Woman, Richard Castle) pour les deux premiers épisodes) et Ilias Kyriazis (Secret Identities) du troisième au cinquième chapitre; ces cinq premiers épisodes tiennent les promesses en proposant non pas un coup de frais sur des intrigues déjà vues dans des oeuvres allant de Chair de Poule à Sleepy Hollow mais en contournant le déjà-vu pour y apposer le « petit bonheur la chance » de Dirk qui aime à se fier aux liens improbables qui, inévitablement, viendront faire communion d’événements n’ayant pourtant aucune raison de se rejoindre.

© Ryall/Akins/O’Grady chez IDW Publishing

Alors, dans cette bulle de confort ayant des relents de vidéoclub des années 80, puisqu’on est bien incapables de dire où tout ça va nous mener, on se laisse entraîner dans cette visite très spéciale de San Diego tout en faisant un petit voyage dans le Memphis d’Ahktenkhamen le tyran. La galerie de personnages est cocasse et l’hystérie générale qui guette est parfaitement rendue par les deux dessinateurs dont les traits s’articulent pour que le passage de flambeau se fasse en douceur. Difficile donc de rester insensible au charme so english de ce nouveau venu dans le paysage des « comics » qui fêtera pourtant ses trente ans de carrière en tant que détective holistique insaisissable et immature.

© Ryall/Kyriazis/O’Grady chez IDW Publishing

Série : Dirk Gently – Agence de détectives holistiques

Tome : 1 – L’interconnexion entre toute chose

D’après l’univers créé par Douglas Adams

Scénario : Chris Ryall

Dessin : Tony Akins et Ilias Kyriazis

Couleurs : Léonard O’Grady

Traduction : Bart Baruffaldi

Genre : Enquête, Fantastique, Humour

Éditeur VO : IDW Publishing

Éditeur VF : Flamival

Nbre de pages : 128

Prix : 13,70 €

Date de sortie : le 29/05/2017

Extraits : 

Jack Cool : Un évangile hippie pour ces joyeux drilles que sont les Merry Pranksters

© Manini/Mangin/Guillé chez Grand Angle

Résumé de l’éditeur : Californie 1966. Il est apparu tel un fantôme dans la communauté des « Merry Pranksters ». Comme il était sale et maigre, ils l’ont surnommé Jésus Gris. Il va les entrainer sur la route au volant d’un bus psychédélique. Jayne Mansfield, actrice et grande prêtresse de l’église de Satan, charge le détective Jack Cool de retrouver sa fille. L’enquête le mène jusqu’au fameux bus …

© Manini/Mangin/Guillé chez Grand Angle

Dernier détour, pour le moment, et non des moindres. Cette fois, ce sont Jack Manini, Olivier Mangin et Yoann Guillé qui nous mettent sur la piste d’un déserteur du système établi pour vivre son California Dream on a winter’s day, sa vie de hippie, de Cadillac à La Honda. Désormais, il sera Jésus Gris. Et pendant que le monde avance dans un sens qui ne plaît plus trop à ce peuple qui vit d’amour, de drogue et d’eau fraîche, voilà que la filature s’orchestre par ce détective privé aux méthodes très particulières mais efficaces qu’est Jack Cool. La femme du disparu a-t-elle eu raison de lui faire confiance ?

© Manini/Mangin/Guillé chez Grand Angle

Même si ce diptyque porte son nom, Jack Cool n’est jusqu’ici pas le principal personnage de cette histoire, tapi dans l’ombre, menant sa petite popote pour mieux guider le lecteur sur la trace de ce fugueur qui a pourtant dépassé l’âge de se barrer sans laisser de trace. Le vrai héros c’est notre fuyard qui se réadapte (ou se désadapte du monde moderne pour retourner à l’essentiel ?) et crée son évangile façon so sixties.

© Manini/Mangin/Guillé chez Grand Angle

À ce récit inventé, facétieux qu’ils sont, Jack Manini et Olivier Mangin instillent un peu d’événements réels mais parfois falsifiés pour mieux correspondre à la fiction. Ainsi trouve-t-on sur cette route mythique « Hippie, hippie-pie, Hippie-pie, Hippie-pie », deux personnages charismatiques : l’étoile filante Jayne Mansfield et son gourou satanique Anton LaVey. Sans oublier Ken Kesey, l’auteur de Vol au-dessus d’un nid de coucou. Ça vous dresse un peu le tableau de folie qui prend ses couleurs dans l’inénarrable épopée des Merry Pranksters.

© Manini/Mangin

Les départs en vacances sont toujours rapides et j’oublie toujours quelque chose. Cette fois, c’était une playlist constituée de grands titres de la beat generation. Histoire d’accompagner en bonne et due forme le périple dingue de cette fine équipe. Pas grave, j’en ai fait mon deuil, d’autant plus que les dessins vif et imprégné d’Olivier Mangin et les couleurs « d’époque » de Yoann Guillé mettent on ne peut plus en musique cette histoire incertaine. Incertaine car on ne sait où tout ça va nous mener et quand le petit monde va se retrouver pour le dénouement final. En attendant, le voyage est chahuté par les bons ressorts de Jack Manini qui multiplie les faits d’armes (enfin de paix !) de cette bande de doux fous sans laisser se défaire le mystère qui nous tient en haleine. Et moi qui suis né 25 ans plus tard, ça m’inspire, ça me régale… Ça me donne surtout envie d’en savoir la suite.

© Manini/Mangin/Guillé chez Grand Angle

Titre : Jack Cool

Tome : 1/2 – 1966, quelques jours avant Jésus-Gris

Scénario : Jack Manini

Dessin : Olivier Mangin

Couleurs : Yoann Guillé

Genre : Enquête, Chronique sociale, Road trip

Éditeur : Grand Angle

Nbre de pages : 50 (+ dossier de 6 pages)

Prix : 13,90 €

Date de sortie : le 07/06/2017

Extraits : 

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