Chester Bennington s’en est allé, couvrant mon monde de gris

Jeudi 20 juillet, il se fait tard, mes yeux sont fatigués. Je termine un article, je le relis, il est prêt. Une dernière ronde sur internet et là, quelques mots sombres écorchent mon regard. Chester Bennington est mort. Je relève les yeux, prends quelques secondes pour réfléchir. « C’est un fake », je pense. Par acquis de conscience, je zone un peu, à la recherche d’informations officielles. Et là, c’est la douche froide. Shinoda a confirmé. Chester Bennington semble s’être donné la mort. C’est toute mon adolescence qui tremble.

Crédit photo de couverture : Ben Houdijk Photography

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© Blue Gorilla Pictures

Impossible de trouver le sommeil, j’ai comme l’impression qu’une partie de moi s’en est allée. Parce que Chester Bennington, c’est un mythe pour moi et que je vais être obligée de modifier ma syntaxe pour en parler au passé. Linkin Park, c’était mon passé, mais c’est aussi mon présent, car peut-être que sans leur musique et ces albums inoubliables écoutés des centaines et des centaines de fois, je ne serais pas celle que je suis aujourd’hui.

Revenons en arrière, dans les tréfonds mystiques de ce temps étrange qu’est l’adolescence. Époque de remise en question et de colère, mais aussi de posters placardés sur les murs roses d’une chambre de petite fille qui voudrait déjà devenir grande. Chez moi, il y avait Harry Potteraccroché au mur en compagnie de 30 Seconds To Mars et de Chester Bennington. L’adolescence est une période où le jeune cherche des repères, paraît-il. Les posters aident, apparemment. Dans mes repères à moi, il y avait Linkin Park. Le premier groupe de rock que j’ai écouté et, à la minute où j’ai aimé leur musique, je me suis sentie grande. Là où d’autres de mon âge carburaient au rap ou se complaisaient dans une pop édulcorée peu recherchée, j’avais trouvé mon élévation, ma came suprème.

La magie a opéré tout de suite sans que je comprenne pourquoi. Les posters ont fleuri, les pin’s aussi, glanés dans des magazines hors de prix, les logos griffonnés sur les classeurs, le noir est venu tyranniser ma garde-robe. Au plus je découvrais l’univers de Bennington, Shineda et leurs comparses au plus j’avais l’impression de trouver ma place.

Minutes to Midnight, l’album de la découverte, a tourné en boucle pendant quelques temps jusqu’à connaître les paroles par cœur. Des paroles qui, une fois pleinement comprises, ne créaient en moi qu’un tsunami d’amour pour ce groupe qui envoyait au monde des messages plein de sens. L’envie de changer le monde anime tous les ados, écouter Linkin Park ne faisait que prolonger ce désir inné-vitable. Des heures durant, j’ai laissé la colère et l’incompréhension s’exorciser au gré de la voix si singulière de Chester. Famine, obésité, guerre, décisions de George W. Bush, tous les sujets passent sous la plume de Mike Shinoda, sublimés par la voix de Chester Bennington.

Hybrid Theory, l’album uppercut qui met K-O à la première écoute, m’a longtemps fait secouer ma tête en parfaite alchimie avec ces mélodies incroyables. A Thousands Suns, ce curieux album qui fait souffler un vent de fraîcheur sur les créations du groupe. Living Things, sorte de joyeux bordel combinant tout ce qu’ils ont fait jusque là, vivement critiqué, apprécié pour autant. The Hunting Party, le retour a un son plus heavy, la reconnexion aux racines du groupe. One More Light, le dernier venu sorti en mai dernier, lynché par les rageux, celui qu’on qualifiait de « dernier album » sans même oser penser qu’il le serait vraiment. Tous ces disques ont tourné dans ma tête, m’ont accompagnée vers l’âge adulte, ont rythmé mes trajets de bus, après l’école, à observer la vie autour de moi se muant en un clip de Linkin Park. Et cette voix incomparable, inoubliable, désormais éternelle, a toujours été là dans un coin de ma tête, prête à me donner des conseils, ceux d’un ami vigilant.

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When my times comes forget the wrong that I’ve done, help me leave behind some reasons to be missed.

Chester n’aura donc pas survécu à ses démons. Sans doute étaient-ils trop nombreux, trop ancrés, trop difficile à exorciser. Il ne reste plus qu’à espérer que la paix qu’il recherchait tant l’attende de l’autre côté. Adieu mon « presque ami », merci de m’avoir fait balancer ma tête d’ado aux drôles d’idées. Merci de m’avoir donner l’envie de m’époumoner avec toi à m’en griller les cordes vocales. Merci de m’avoir fait me sentir si fière d’être fan. Merci de m’avoir fait rêver. Tu peux t’en aller tranquille, Chester, nous serons encore nombreux à faire vivre ta voix dans nos cœurs et nos écouteurs. In the End, NumbLeave Out All the Rest et tant d’autres résonneront pour longtemps dans mes oreilles, mes lèvres en articuleront encore longtemps les paroles, par automatisme, après les avoir articulées tant de fois. Peut-être que tu as abandonné la vie, mais tu t’envoles avec bien des raisons d’être regretté. Tu resteras dans nos mémoires et c’est vrai, sometimes goodbye’s the only way...

 

2 commentaires

  1. Bel article, bel hommage. J’en ai également posté un et ça fait tellement mal d’écrire tout cela. Je souris malgré la tristesse de vous voir aussi nombreux à parler de votre adolescence. Pour moi, Linkin Park c’était actuel, c’était chaque jour, c’était toute ma vie, bien que je sois encore jeune… Mais je comprends ce que tu veux dire.
    Il me manque tellement.

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  2. Merci Alyzée pour ce magnifique article qui résume parfaitement ce que je ressens après la perte de Chester !
    Il va laisser un vide immense dans mon coeur musical… ❤

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