Albin De La Simone, des ponts entre poètes et des objets dans leurs éléments… acoustiques

Avec un peu de retard mais en ayant pris le temps de mettre des mots sur ce qu’il s’est passé aux Nuits Botanique lors du concert d’Albin de la Simone, Olivier nous dit tout de ce qui l’a touché chez ce poète classieux de la chanson française. En compagnie des photos de ManuGo.

J’arrive en retard, pour ne pas changer. Avec un livre à la main. Pour introduire ma vision du spectacle d’Albin de la Simone et un aperçu de son univers, je citerai deux extraits du poète Abdellatif Laâbi auxquels j’associe l’univers « Albin »: « Mon double, une vieille connaissance que je fréquente avec modération/C’est un sans-gêne/Qui joue de ma timidité et sait mettre à profite mes distractions. Il est l’ombre qui me suit ou me précède en singeant ma démarche (…) Il est mon double la preuve par défaut de mon existence ». « Les objets sont à la place que je leur ai désigné/Demain je déménagerai/Qui d’eux ou de moi est le plus exilé ». Chez Albin, il est question de double vie au cœur d’un quotidien qui se dédouble et se personnifie à travers des objets.

Albin De La Simone@Les Nuits Botanique#17 – 11/05/2017

Deux violoncelles qui l’encadrent comme une garde bienveillante d’amazones (les magnifiques Maëva Le Berre et Anne Gouverneur), un guitariste discret et bien en place qui joue de percussions atypiques (François Lasserre), voilà Albin en Charles Perrault de nos vies, paré pour la Nuit du Botanique. Des dialogues de théâtre avec des indications : elle rit, elle disait, il dit le rire et puis ils vont se souvenir.

Albin De La Simone@Les Nuits Botanique#17 – 11/05/2017

Une place à part

Quelle place tient Albin de la Simon dans la chanson « française » d’aujourd’hui (le terme m’embête toujours un peu de par son caractère fourre tout). Si Thomas Fersen actionne son petit théâtre d’animaux à la manière de la Fontaine et propose des détournements de contes, si Vincent Delerm nous offre ses portraits mélancomiques et absurdes d’hommes et femmes d’aujourd’hui qui vivent leurs sentiments en cinéma; Albin de la Simone, lui, amène des petites pièces de théâtre dans lesquels les quatre éléments (l’eau, le feu, la terre, l’air) viennent soutenir des changement de vie – une sorte de phénoménologie de l’identité (attention, minute philo, mot compliqué). « J’ai changé », et les objets indiquent ce changement à l’homme qui porte les « gravas de célibataire » sur les épaules.

Albin De La Simone@Les Nuits Botanique#17 -11/05/2017

Le soi et les éléments

« On ne parlait pas d’amour, l’amour c’est quoi »… Dans la forêt, il n’est pas question de chaperon rouge (le grand amour). Dans la forêt, la Belle au bois dormant ne dort pas mais le prince se réveille dans la baignoire (Les chiens sans langue) avec « Ma barbe qui pousse ». Il est question d’un pull trop large pour les épaules , d’un débardeur éponge, d’une licorne rose, d’une bague et d’une deuxième vie oubliée et puis « Parlons plutôt de moi » car « c’est dans la tête tout ça »… Ce n’est pas pour ça que les chansons d’Albin nous enferment dans un solipsisme où il est question du « moi » tourné en arpèges du piano rhodes. Non, car l’interaction avec les objets absurdes nous ramène sans cesse au monde et aux éléments. Cette interaction est rappelée par les sonorités bizarres des percussions finement ciselées par François Lasserre.

Albin De La Simone@Les Nuits Botanique#17 – 11/05/2017

Il y a une voix qui dit…

Il y a .. Quelque chose qui se dévoile… Il y a la prairie. Elle a dit. Elle chante. Il chante. Il joue du wurltizer. Cet usage de la troisième personne. Nous parlions tout à l’heure de la place à part. Un élément qui différencie Albin de la Simone, c’est l’usage de sa voix. Il s’en dégage une douceur dont il fait une force. On ne peut sortir de son corps et se prendre pour ce qu’on n’est pas. Comme il le dit lui-même à propos des arrangements de son dernier disque : « On a fait le costume autour du corps plutôt que d’essayer de faire rentrer le corps dans le costume. » L’auditeur est invité à se mettre en disposition sonore d’une sieste acoustique. Les voix des violoncellistes ne sont pas amplifiées. En témoigne l’envol de la messe: le dernier morceau absurde (annoncé comme un poème métaphysique très compliqué avant son interprétation). Il est question d’un « zizi montré dans la sacristie » chanté a capella à la mode d’un canon… C’est un retour aux objets et aux éléments. Un retour aux vibrations des voix qui vont de l’avant.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s