Daan, enfant terrible et réinventé au coeur d’un merveilleux chaos qui met K.O.

DAAN, « ce prénom à deux A qui résonne comme anarchie », fait partie de ces artistes insaisissables, bouillonnant de créativité pour sans cesse se renouveler. La preuve, encore, il y a quelques semaines avec la sortie de Nada, un disque épuré, état des turpitudes humaines. Un disque, comme un grain de sable dans le désert espagnol, qui n’était que la face visible de l’iceberg des émotions. Mille fois plus puissant et imprégnant en live.

© Skuds

C’est peu dire que Daan était attendu, samedi soir, au Belvédère de Namur. La date, soldout depuis un bout de temps, a conduit les organisateurs à jouer les prolongations en programmant une date supplémentaire. Un signe de la popularité du quadra qui, s’il n’avait jamais joué dans la petite salle de la Citadelle, a déjà fait le bonheur des Namurois, aux Wallo notamment, puis au regretté Verdur’Rock. Cette fois-là, je faisais, à peu de chose près, mon premier festival et j’avais été magnétisé par ce bonhomme aux lunettes de soleil vissées sur le visage et dégainant un grand V avec sa main. Le charme opérait, la passion d’un fan naissait.

Près de dix ans plus tard, Daan n’a cessé de surprendre et de se surprendre, toujours en ne faisant jamais le même album. Décontenançant parfois, déconcertant aussi, mais toujours séduisant artiste en perpétuel mouvement. Pour Nada, l’inspiration est venue de trois voyages réalisés avec le photographe Peter de Bruyne dans un décor de solitude chapeauté par la beauté. Un album mûri et réfléchi en solo, enregistré à l’air libre, dans le désert catalan, auquel sont venus s’ajouter les sonorités de ses comparses Isolde Lasoen, Jeroen Swinnen…

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Deux indéfectibles compagnons de route qui étaient là sur la scène du Belvédère, tout comme les incontournables Geoffrey Burton et Jean-François Assy (qui n’a pas sorti une seule fois son violoncelle dans ce tout à la guitare). Un team de haut vol pour un Daan incisif et rockeur comme jamais et comme on était bien loin de l’imaginer à l’écoute de NADA, album plutôt posé et introspectif. Le live lui a donné toute sa puissance et son énergie, dans un déluge sonore et brutale dont les envolées semblaient tout droit sortir d’un manoir hanté. Et Daan en maestro… inferno, exubérant et très vite ébouriffé, ébouillanté par toute l’énergie dégagée.

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L’approche est pertinente, et des chansons comme Nontrol ou Seven lives deviennent des mythes inébranlables qui risquent de faire date dans la carrière scénique du chanteur. Et si les débuts des morceaux sont parfois surprenants, chaotiques, anarchiques, ce n’est que pour faire l’éloge de la précision qui s’en dégage quelque seconde plus tard. Les errances du chanteur gravées sur l’album prennent toute leur suprématie au contact de ce band tonitruant, digne des westerns sans temps mort. Mais si les autoroutes espagnoles ont de quoi rendre dingue, assure Daan de son éternel sourire en coin.

« Dommage, André Brasseur devait passer ce soir mais il a dû faire un remplacement. Je suis énormément fan et je fais des morceaux en pensant à lui. » On ne peut donner tort à cet enfant terrible appliqué et qui en a fini de trembler. Ça claque et ça fracasse. Et quand Isolde fait une infidélité à sa batterie pour se rapprocher du devant de la scène pour interpréter le délire hispanique et très eighties « Bala perdida ». Fascinament démodé mais pas démodant. Et les écrans se lèvent tous pour immortaliser le duo et surtout la belle batteuse au tempérament de feu. Le public est galvanisé, depuis un moment déjà.

Mais c’est en attrapant sa bouteille d’eau que le chanteur réalise l’étendue des dégâts. « Oh merde, y’a pas… un coiffeur dans la salle ? » Manifestement pas. L’homme dont les longs cheveux semblent se battre entre eux n’en fait pas un drame. « C’est pas moi qui me regarde, de tout façon. C’est la philosophie de ma vie. » commence alors la deuxième partie du concert, reprenant des titres plus ou moins connus de la carrière du chanteur, principalement issus de l’album Manhay ou du Franc Belge, se prêtant bien à l’ambiance « western crépusculaire » de la soirée. « Quand tu n’es pas 100% sûr de ce que tu vas dire, il faut te suggérer que ton silence va être plus intéressant« , une autre philosophie dont le chanteur nous fait part après avoir repris « La vraie décadence » qui est, comme tout un chacun le sait, de ne pas dire ce qu’on pense.

Les applaudissements vont bon train et vient le temps du rappel. Un, avec La mauvaise répu…, que dis-je, Icon plutôt. Puis deux, même si « ce n’est pas raisonnable », avec une nouvelle version de « Victory », latente mais toujours aussi terrible, semblant sortir de l’album « Bande à part » que Nouvelle Vague avait fait des classiques de la new wave. C’est du plus bel effet et cela prouve que, non, Daan est encore à la pointe de l’inspiration et de la créativité, dans une salle qu’il ne connaissait pas mais qu’il a adoré. Dommage que le public namurois ne sache pas se taire, en témoignait un brouhaha en arrière-fond très dérangeant pour ceux qui aiment la musique et savent l’écouter. Soit. Et à la fin de cette heure quarante de concert phénoménal, j’ai su quoi répondre à ma copine qui m’avait dit : « c’est la millième fois que tu vas le voir« . Oui, mais, jamais ce ne fut pareil !

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