La France sur le pouce d’Olivier Courtois : « Dans l’auto-stop que je pratique, les kilomètres parcourus en une journée importent peu, les rencontres priment »

Le voyage est à portée de main. Il suffit d’un doigt levé et c’est parti pour la grande aventure. Auto-stoppeur depuis des lustres, Olivier Courtois s’est lancé, en 2013, dans un tour de France en levant le pouce. De quoi sillonner un pays dont on ne prend jamais vraiment le temps d’explorer les moindres recoins et de se livrer à de grandes discussions avec les automobilistes qui avaient la gentillesse de le « charger ». Aujourd’hui, sous le dessin inspiré et poétique de Phicil, le journaliste-baroudeur livre un vrai livre (pas un guide, pas un catalogue) croustillant de rencontres, d’humanité, de petits et grands drames, de réflexion aussi. Une bande dessinée qui, mine de rien, pourrait bien avoir changer ma vie. Je ne pouvais pas ne pas interviewer Olivier Courtois et cette rencontre fut à la hauteur de mes espérances. Un plaisir partagé avec vous puisque, grâce à Dargaud, nous avons dix exemplaires à vous offrir en fin d’article. N’hésitez pas, faites le voyage.

© Cécile Gabriel

Bonjour Olivier. Avant toute chose, quel est votre rapport à la BD ?

Je suis un néophyte. Il y a deux ou trois ans, je vous aurais répondu avec une vision pétrie par les souvenirs d’enfance. Je n’avais pas idée qu’elle pouvait trouver un écho documentaire. Je considérais la BD comme basée sur la fiction et comme un… lecteur. J’ai pris conscience beaucoup plus tard que le journaliste que j’étais pouvait aussi s’en servir.

Qu’est-ce qui en a été l’élément déclencheur ?

La lecture du Photographe de Didier Lefèvre, Emmanuel Guibert et Frédéric Lemercier mais aussi un premier récit dans La Revue Dessinée en binôme.

La Revue Dessinée, je l’ai découverte bien avant le premier numéro par un collègue bien informé qui m’a dit que ça pourrait m’intéresser. J’avais déjà fait du grand reportage,pour XXI, mais en bande dessinée jamais. Et si je connaissais ce type de reportage au long cours, je devais m’adapter.

« Rue de l’intérim » © Courtois/Phicil dans la revue dessinée

On doit finalement beaucoup à la Revue Dessinée, Phicil et moi. Ils ont formé notre binôme et m’ont permis mon premier pas. J’avais écrit le synopsis d’une année de vie en tant qu’ouvrier dans une usine. La Revue Dessinée a cherché un dessinateur et a trouvé Phicil. C’est comme ça que nous nous sommes rencontrés et la collaboration a bien fonctionné. Nous nous sommes entendus autant sur le plan artistique que sur le plan humain. On s’est dit qu’on ferait bien un album ensemble. Au fil de nos échanges sur nos vies, Phicil a trouvé que pas mal de choses que je racontais pourrait faire une histoire.

Je suis sorti de mon ignorance et ai découvert un média qui peut raconter les choses de manières très variées. Un média dans lequel on ne se retrouve pas seul mais avec un dessinateur et un éditeur, en l’occurrence Dargaud avec qui les échanges ont été riches. Puis, concernant l’écriture, je n’avais pas à m’encombrer de description, comme dans un article, tout le boulot revenait à Phicil dans une véritable partie de ping-pong.

© Courtois/Phicil chez Dargaud

Dans la BD, vous partez un beau jour, vous quittez le peu d’attaches qu’il vous reste et Lyon pour prendre la route. Mais était-ce votre premier contact avec la route ?

Non, du tout. Je pratique le stop depuis mon adolescence. Pour l’aspect humain plus que pour le moyen de transport en tant que tel. Pour vous dire, j’aurais pu faire une série avec chaque trajet. J’ai dû faire un casting parmi toutes les rencontres faites au fil des années. Dans La France sur le pouce, il y en a une petite vingtaine. Il faut dire que les gens se confient vachement quand on les écoute.

Je ne fais pas du stop par souci d’économie. C’est sûr que quand on est journaliste indépendant, on peut se le permettre, hein (clin d’oeil, il rit). Quand je décide de faire du stop, je prends une journée et, niveau temps, je vois plus large pour atteindre ma destination. Je peux ainsi « programmer » dix rencontres sur ma journée.

Mais la première fois, alors ? Vous vous en souvenez ?

La toute première fois, c’était il y a plus de 25 ans. Quand j’étais étudiant, avec un camarade, alors que le mur de Berlin s’effritait peu à peu, nous avions pris l’habitude de visiter les villes de l’Est. Jusqu’au jour où mon comparse n’a pas pu venir. Restait le dilemme :  partir en Roumanie seul à l’aventure ou faire l’impasse. Au final, j’ai trouvé le moyen de partir à l’aventure sans que ce soit seul : l’auto-stop.

© Courtois/Phicil

Et ce tour de France, alors ?

En 2013, il se trouve que j’étais encore plus disponible que d’ordinaire pour un voyage au long cours, un tour du pays. Tout en prenant le temps et sans réelle direction si ce n’est la volonté de relier les quatre points cardinaux. Je l’ai fait en un peu moins de trois mois et il a correspondu à mes attentes. Le stop, c’est le renouvellement et la surprise : à quoi ressemblera le ou la suivant(e) qui m’embarquera. Il y a une vraie curiosité et toujours de la place pour l’imprévu, sans que la route et le calcul des kilomètres parcourus en une journée ne soient une fin en soi.

Au final, toute la structure de l’album reprend la structure de de ce voyage, et les rencontres incontournables auxquelles il a donné lieu.

© Courtois/Phicil

Sans oublier que parfois, vous faites la route à pied.

Oui et Phicil l’a très bien illustré. Il m’arrive aussi d’être saoulé de rencontres et d’humanité. Faut se la taper l’humanité ! (Rires). Dans ces cas, il me suffit de ne plus lever le pouce, c’est aussi simple que ça. Et dans la lande bretonne ou les Gorges du Tarn, je ne me suis pas fait prier, j’ai marché et profité.

Naturellement, dans cet album, il n’y en a que pour votre facette auto-stoppeur. Mais avez-vous une voiture ?

Oui, quand même. Il est d’ailleurs assez régulier qu’elle me serve à charger des auto-stoppeurs. Hier encore. Un gars qui m’a un peu rappelé moi, plus jeune. C’était un jeune de 26 ans avec sa chienne, une vie erratique. Je les ai avancés d’une soixantaine de kms, on a parlé des difficultés actuelles, de sa compagne avec qui tout n’était pas rose. À un moment, il s’est arrêté : « Mais pourquoi, je vous dis tout ça ». Cela a fait écho à d’autres rencontres.

© Courtois/Phicil chez Dargaud

Parce qu’il faut aimer ces rencontres, non ?

Oui, mais c’est ce qui m’a toujours animé en tant que journaliste. La bienveillance aussi. Bien sûr, j’aurais pu proposer à mon éditeur un tour de France en stop pour critiquer tous les gens que je rencontrais… mais non…

Vous savez, dans un voyage comme celui-là, le moral fluctue, ce n’est pas toujours rock’n’roll. Récemment, dans un club de lecture, un homme m’a fait la remarque : « vous voir, ça me rassure, vous n’êtes pas mélancoliques,vous êtes gai et rigolo ». C’est vrai que la route amène pas mal de gravité mais cultive aussi l’humour. Et je ne peux m’empêcher de demander : si je ne suis pas là en ma condition auto-stoppeur, à qui peuvent-ils bien se confier au quotidien ?

© Courtois/Phicil chez Dargaud

Vous allez à contre-clichés en proposant ces portrait très variés, non ?

Grâce à Phicil, l’album possède une véritable diversité dans la restitution de ces moments. Toutes les rencontres sont vraies… sauf deux avec Rachida Dati et Dave… mais comme les lecteurs y croient tellement, je commence à penser que je les ai vraiment vécues.

Mais c’est vrai que parmi toutes les personnes que j’ai rencontrées, d’une ancienne détenue à un couple de Raëliens, j’avais un tel réservoir que je pouvais jouer de diversité et de contraste. Après, parmi les personnes qui s’arrêtent, il y a quand même des tendances dans les métiers, le social mais aussi les artisans, ceux qui sont amenés à faire beaucoup de route. Mais résolument, ces rencontres ne tiennent pas à des stats et sont très variées dès qu’on est amenés à faire beaucoup d’auto-stop. À force, je suis même tombée sur une Audi et une Jaguar ! (Rires). Une journée de stop, c’est la rencontre de 10 personnes dans nos vies sédentaires. Ce ne sont pas des saints mais des gens bien disposés.

… et une dame qui n’a pas hésité à faire un grand détour.

C’est mon ange gardienne. Un jour de pluie en bord de route, je l’ai vue passer dans le sens inverse. Quelques minutes plus tard, elle passait dans l’autre sens et s’arrêtait pour me prendre. « Jusqu’où allez-vous ? » Elle m’a conduit jusqu’à ce que la pluie cesse. Au fil des kilomètres, j’ai compris à quel point elle était généreuse. Pourtant, avec la pluie, je n’avais sans doute pas bel air. Mais, sur la route, on est beaucoup de compagnons de galère, en bord de voie mais aussi dans l’habitacle. Elle, c’était un problème de santé et un boulot qu’elle avait perdu. Sur ma route, je n’ai pas rencontré beaucoup de personnes qui, comme elle, ont fait un détour et ont roulé jusqu’à la fin de la pluie et, en plus, m’ont donné de quoi me payer un sandwich.

© Courtois/Phicil chez Dargaud

Elle fait partie des gens que j’ai décalé géographiquement comme l’ancienne détenue ou la jeune femme bien décidée à vaincre son alcoolisme. Pour ne pas qu’on les reconnaisse. Le trait de Phicil et le temps passant leur a fait changer de tête dans la BD, mais ce qu’ils disent est authentique. Puis, j’ai rarement gardé contact. Mais, j’avais gardé les coordonnées d’un homme, Fabien, le papa d’Aloys, jeune homme décédé après une opération cardiaque. J’ai contacté ce papa bouleversant pour voir si je pouvais raconter son histoire. Sinon, j’aurais pu tout changer et maquiller les noms. Fabien m’a donné son autorisation.

© Courtois/Phicil chez Dargaud

Qui sont ces gens qui s’arrêtent, finalement ?

Ce sont des gens qui en font la démarche. C’est vrai quoi, ils sont tranquilles dans leur voiture, dans leur bulle, ils rêvent ou écoutent la musique. Puis, tout d’un coup, ils voient un point qui grandit à l’horizon, se rapproche, se rapproche. Ils doivent avoir dix secondes pour réagir. Du coup, il faut qu’ils aient envie de rendre service. Bien souvent, j’essaie de me poster à un endroit où l’espace est assez large sur les mètres derrière moi. Bien visible, pas trop crade. Car une fois que l’automobiliste m’a dépassé et s’il veut s’arrêter, il ne faudrait pas qu’il aille dans le fossé !

Mais, en tout cas, le stop, ça marche encore. Et, de temps en temps, il y a le « bingo dans le bingo », une rencontre qui vous marquera.

La place du mort comme le fauteuil d’un psy ?

Je finis par le croire tant ces personnes sont d’une sincérité désarmante. Mais c’est pour la trouver que je pas. Je ne suis pas venu au journalisme par hasard, cela dit. Et mises bout-à-bout, ces rencontres forment peut-être une réflexion, une psychothérapie du pays. C’est d’une certaine manière un portrait de la France ou d’une certaine température du pays.

© Courtois/Phicil chez Dargaud

Mais plus loin que la thérapie, je vois une sorte de catharsis. Dans le sens où je peux incarner ce que ces hommes et femmes derrière le volant ne peuvent ou ne veulent pas faire. J’incarne une personne très différente de leur vie, qui voyage, a le temps de rêver et n’a pas peur de tout plaquer. Ils ont fait leur choix de vie et en même temps, il a eu des conséquences, un enfermement parfois, quelque chose à assumer. En me voyant, en me parlant, sans doute se demandent-ils ce qu’aurait été leur vie sur ce chemin-là. Je suis conscient que c’est une vie que beaucoup n’ont pas vécu. Et que certains n’envient pas. Peut-être se disent-t-ils « tiens, si moi aussi… » et prennent-ils goût à avoir envie d’autre chose, à percer la routine.

Et s’ils se confient, c’est parce qu’ils savent qu’ils ne me reverront jamais, sans crainte de se savoir jugés. Remarquez, les trajets les plus courts ne sont pas forcément les moins intenses.

Pourtant, pour vous prendre, il faut vous comprendre un tant soit peu…

C’est vrai, qu’est-ce qui peut motiver à faire du stop sous la pluie ? Surtout maintenant, à l’heure du bus de moins en moins cher. Soit, vous êtes fauché, en rade ou alors vous êtes… bizarre. Mais, c’est qu’au bout de deux mois, la dégaine a changé et le visage est marqué. Encore plus, sous la pluie, quand tout est exacerbé.

© Courtois/Phicil

Si certains automobilistes ont peur ? Oui, souvent, puisque beaucoup ne s’arrêtent pas (rires). Comme cette jeune infirmière dans une toute petite Smart qui s’est un jour arrêtée. Avec mon baluchon, dans cette petite voiture, je ne pouvais même pas remuer un orteil. Elle m’a quand même dit : « Vous n’allez pas me faire mal, hein ? »

Puis, il est parfois arrivé que je sorte de nulle part, de surgir d’une forêt suite à un bivouac. Dans ces circonstances, je peux comprendre que cela engendre la peur. (Il rit) Je comprends aisément qu’on puisse avoir peur. Et quand certains conducteurs vous prennent et débutent la conversation en disant « Il m’est arrivé un jour d’en prendre un… », ça peut être lourd. D’autant plus que les aprioris peuvent jouer, auto-stoppeur n’a pas de voiture, pas de pognon… Puis, il y a assez de faits divers comme ça. Des films aussi. Même Brad Pitt a joué le rôle d’un auto-stoppeur dans Thelma et Louise, c’est dire.

Dans auto-stoppeur, il y a peur. Mais les conducteurs eux aussi peuvent être flippants.

Il y en a vraiment un qui m’a fait peur, un bipolaire, on risquait l’accident à chaque tournant. Ma peur n’était pas illégitime.

Puis, il y a cette nuit normande.

Oui, cette fois-là, j’étais seul dans la nuit lorsque qu’une voiture s’est arrêtée pour me prendre. À bord, trois personnes. Des anges gardiens ou des démons? Je ne sais toujours pas. Toujours est-il que quand j’ai cherché à en savoir plus sur eux, ils m’ont répondu : « Si on te le dit, on sera obligé de te tuer. » Pourtant, je ne me suis pas senti en insécurité, ils n’ont jamais été menaçants. Il y avait une sorte de pacte entre nous. Il me rendait service si je ne leur posais pas de questions. C’était mal connaître le journaliste qu’ils ne savaient pas que j’étais, j’ai tenté de percer le mystère, sans succès. Était-ce des jeunes loulous qui voulaient me filer le frisson ? Un trio qui se mettait au vert dans cette lande normande fort propice ? C’est cette hypothèse que j’ai retenue. Je pense qu’ils devraient en tout cas se reconnaître si le hasard fait qu’ils tiennent un jour cet album en main.

© Courtois/Phicil chez Dargaud

Le dessin de Phicil ose la métaphore sur cette scène suspendue.

Oui, cette charrette lancée sur des routes cahoteuses pour fuir un bateau échoué. C’est fort. Je ne lui ai fait aucune recommandation. Il avait le texte, il en faisait ce qu’il voulait. Mais je me demandais comment il allait bien pouvoir se démerder pour illustrer ça en toute diversité. Les habitacles de voitures, c’est quand même redondant. Phicil est arrivé à s’approprier et à personnaliser le texte sans le changer. Avec des métaphores. Si sa mise en scène avait été figurative, je pense qu’il en aurait eu marre à un moment. Ici, j’ose espérer qu’il s’est fait plaisir. En tout cas, en fin d’album, j’avais l’impression que ce tour de France en stop, on l’avait fait à… deux.

L’une des craintes qu’on peut avoir avec un tel livre, c’est de se retrouver face à un guide avec des conseils mais pas vraiment d’histoire ou de lien. Ce n’est pas le cas du tout, ici.

Cela a fait partie de la discussion que j’ai eue avec Phicil et l’éditeur : éviter l’aspect guide ou catalogue. Je voulais que chaque rencontre corresponde à un chapitre, une histoire. Après, trois ou quatre ans après les faits, la forme n’était plus là, mais le fond, oui, intensément. Le jeu était, pour chaque rencontre, de les introduire de manières différentes, sortir de la banale portière qui s’ouvre. Il fallait raconter ces moments comme des nouvelles avec une chute à chaque fois, un rythme, une fluidité et de la poésie amenée par le dessin sur certains aspects.

© Phicil
© Phicil

Reste que j’ai l’impression qu’il n’est pas rare que les auto-stoppeurs s’organisent pour partir en vacances, partagent leurs astuces sur des groupes, etc.

Je ne suis pas du tout inséré dans ce milieu. L’auto-stop, c’est quand même très individuel, très perso. Je croise assez rarement des auto-stoppeurs. Et, en général, quand une voiture s’arrête, priorité au premier arrivé. Le contact est très éphémère et auto-stoppeur a pour seule envie d’être emporté au plus vite au loin. Puis, ce ne sont en général pas des voyageurs sur des grandes distances. Souvent, ils ont raté le car et vont dix kilomètres plus loin. Ou, alors, ils relient un village à un autre. Moi, j’ai tout ce qu’il faut pour bivouaquer.

© Courtois/Phicil chez Dargaud

D’ailleurs, j’étais convaincu que vous étiez toujours sur les routes et que je n’arriverais jamais à vous contacter.

Ah, non, cette année, je vis une autre expérience, bien plus compliquée. Ça n’a pas grand-chose à voir avec l’auto-stop, c’est nomade mais sans être un grand voyage. Disons, que la jeune ex-détenue que j’ai croisée sur la route, a titillé quelque chose en moi. Après vingt ans de journalisme, j’ai eu envie d’être moins un témoin qui passe et ne repasse jamais (même dans le grand reportage) qu’un acteur.  Après plusieurs reportages sur la détention et la prison, après pas mal de rencontre avec des ex-taulards – beaucoup vous prennent en stop, d’ailleurs – je me suis rendu compte qu’Audrey n’était pas la seule. Et j’ai voulu devenir travailleur social pour aider les condamnés. J’ai passé le concours et j’ai entamé la grosse aventure. Du journaliste nomade et indépendant au cadre très étroit et rigide de la fonction public. Avec, en plus, un retour à l’école, je vous parle d’un campus.

Bon, il y a des questions. Ai-je ma place ? Je ne sais pas, je doute. C’est un univers que je n’ai jamais côtoyé, une vision différente. Le but n’était pas seulement de faire une expérience mais d’exercer un métier, d’y être utile. Mais si on n’est pas à sa place, si on n’est pas heureux, on ne fait pas du bien. Problème, actuellement, je croise moins des gens que des dossiers, des fiches pénales et des avis de juges. Cela génère de la frustration. Et si l’institution est ce qu’elle est, que les gens qui y travaillent sont efficaces, je ne m’y sens pas à l’aise. Du coup, il me reste trois mois pour finir l’année scolaire, après on verra. Il me faut du neuf, de l’excitant.

© Courtois/Phicil

Et la BD, stop ou encore ?

Je l’ai découverte et je ne compte pas la lâcher. Ce travail en bi-, tri-nôme avec ce bel éditeur, ça m’a donné envie d’autres projets. J’ai 2-3 idées mais là, on attend les résultats de cet album, on verra son chemin.

Enfin, je ne peux pas vous quitter sans vous demander quelle France vous avez découverte dans cette aventure auto-stoppeuse ? Et, temps électoraux obligent, la France des médias est-elle différente de celle de la route ?

La France des médias à laquelle j’ai contribué ! (Rires). Mais non, je ne vais pas cracher dans la soupe. La France que j’ai découverte, je ne l’idéalise pas. Il y a aussi des électeurs FN qui m’ont pris en stop et qui ont un visage humain.

Mais, je pense que j’ai trois avantages par rapport aux médias traditionnels. Le premier, j’ai le temps dans l’expérience que je mène mais aussi dans ma façon de raconter. C’est un grand privilège. Je ne découvre pas la France en deux jours de terrain et un de montage. Dans mon cas, rien ne presse et je n’avais aucune attente.

© Courtois/Phicil chez Dargaud

La deuxième différence est que je n’avais pas d’angle non plus. Pas d’idée préconçue. Pas comme si j’avais dû opposer la France périphérique à la France élitiste. C’est bien de ne pas avoir d’angle.

Le troisième atout regroupe les deux autres : je n’étais tout simplement pas en reportage. J’étais une sorte de voyageur qui raisonne en journaliste, prend des notes, mais dégagé de tous les enjeux que subissent les médias. Et si j’étais venu pour un article, les gens ne se seraient sans doute pas confié de la même manière.

En conclusion, j’ai bien vu les effets néfastes d’être salarié pour la télé, pour une rédaction et saisi l’importance de tout ralentir, tout arrêter. Au final, c’est la même France, les mêmes départements, les mêmes gens qui peuvent passer dans les JT’s de province. Le pays ne change pas, au contraire du regard. Au bout de cette conversation, je me rends compte à quel point, putain, j’ai envie de la reprendre cette route. C’est décidé, je vais bivouaquer !

© Courtois/Phicil chez Dargaud

Et la légende dit qu’Olivier est reparti, une nouvelle fois, à la faveur de la nuit et des rencontres à venir !

Titre : La France sur le pouce

Récit complet

Scénario : Olivier Courtois

Dessin et couleurs : Phicil

Genre : Documentaire, Road-Trip

Éditeur : Dargaud

Nbre de pages : 164

Prix : 19,99€

Date de sortie : le 17/03/2017

Extraits : 


CONCOURS : Gagnez l’un des dix exemplaires de ce magnifique album.

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Croisez les doigts (pas uniquement les pouces) et peut-être serez-vous l’un de nos heureux gagnants. Fin du concours, le 12 mai. (Concours réservé uniquement à la Belgique)

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