En revisitant Antigone, Régis Penet frappe bien plus fort que n’importe quel éclair de Zeus

La mythologie, elle tient en dix lignes ou dans un livre-fleuve, c’est sans doute ce qui lui a permis de traverser les âges et d’exercer, encore aujourd’hui, une fascination sans nom, intemporelle et à la fois moderne. La preuve, depuis quelques temps, le monde de la BD a renoué avec ce patrimoine légendaire gréco-romain, alignant les albums mythologiques, en veux-tu en voilà. Avec des oeuvres remarquables et d’autres moins enthousiasmant. Dans la première catégorie, l’un des derniers en date est la révision spectaculaire et crépusculaire de l’Antigone de Sophocle que nous a offerte (en sacrifice ?) le formidable Régis Penet.

© Régis Penet

Résumé de l’éditeur : Antigone, fille d’Œdipe, s’apprête à braver l’interdit du roi de Thèbes en accomplissant les rites funéraires destinés à son frère, le paria Polynice. Pour ce geste, elle risque la mort. Mais c’est le prix à payer pour ce qu’elle estime être son devoir : envers l’amour qu’elle porte à son frère, envers les dieux. Son propre oncle, le roi Créon, ira-t-il jusqu’à la condamner en dépit des lois divines, non écrites et éternelles ? Antigone, son fiancé Hémon et le devin Tirésias parviendront-ils à le faire changer d’avis ?

© Régis Penet chez Glénat

On parle toujours d’Oedipe mais il n’y a pas de raison que sa fille, Antigone, ne lui vole pas la vedette de temps en temps. D’autant plus que si l’on connaît son nom, peut-être a-t-on eu tendance a oublié son histoire qui revêt tous les apparats de la tragédie grecque intense et immortelle. C’est donc une excellente idée qu’a eue Régis Penet en nous la remémorant en pleine face au terme d’une fresque graphique à tomber… de haut. Comme son héroïne qui n’avait pour garantir sa survie qu’à la mettre en veilleuse et à se tenir tranquille. Mais ce n’est pas de ce bois-là que se forgent les héros, les engagés.

© Régis Penet chez Glénat

On entre dans cet album comme on entre dans une époustouflante exposition, dans le sens où chaque page est un tableau et se vit intensément. L’Antigone de Penet, c’est une fresque peinte par l’huile et sur le bois, qui va chercher toute la puissance de ses espoirs et de son désespoir dans la gravité graphique que l’auteur complet y instaure entre la fureur et le poids des attentes d’un peuple qui veut que le Créon tienne son rôle. Antigone, c’est plus qu’un album, c’est un objet d’art dans lequel Régis Penet a tout donné, repoussant les limites de son art, faisant corps avec son récit comme si celui-ci s’était passé hier.

© Régis Penet chez Glénat

Il n’y a pas de grain de sable dans la mécanique (même si les planches semblent sablées et patinées) et la poussière de cette oeuvre millénaire est tombée. L’antiquité perd de sa splendeur et ne reste que le dilemme, celui auquel s’enjoignent des dizaines de visages défaits et d’où l’humanité ne sortira pas forcément gagnante. En choisissant Antigone comme messagère venue de loin pour nous servir un message universel, Régis Penet frappe fort, bien plus que n’importe quel éclair de Zeus. C’est prodigieux.

Titre : Antigone

D’après le récit de Sophocle

Récit Complet

Scénario, dessin et couleurs : Régis Penet

Textes : Érik L’Homme et Régis Penet

Genre : Mythologie, Drame

Éditeur : Glénat

Nbre de pages : 96 (dont un dossier de 8 pages par Jean-François Gautier)

Prix : 19,50€

Date de sortie : le 15/03/2017

Extraits : 

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