VIDÉO| Alain Bashung rencontre Julien Doré dans une reprise-mash up de Olivier Terwagne et Destina à la classe folle et à tomber

Faire des reprises plan-plan, c’est trop facile. En plus, il n’y a que ça à la radio, souvent sans intérêt et oeuvre d’artistes en manque d’inspiration (encore plus quand on leur demande de sortir des albums à tour de bras, dans un monde qui ne supporte plus des pauses de 4-5 ans comme un Cabrel peut en faire). Bon, forcément, il y a toujours des exceptions. Mais nous ce qu’on aime, ce sont les artistes qui non content de reprendre une chanson, s’en approche, la prenne à bras-le-corps, l’apprivoise pour la faire entrer dans leur propre univers. Tout en réinterprétation. Et c’est un beau cadeau que nous offrent les deux interprètes belges Olivier Terwagne et Destina en faisant se rencontrer Bashung et Doré et en croisant La nuit je mens et Chou Wasabi. Un moment improbable et tellement délicieux qui inaugure les Cover Sessions d’Aniwalls Production.

Olivier Terwagne, on le connaît un peu. Et le temps nous a fait nous rapprocher de cet artiste chimacien-couvinois à l’âme riche et profonde, inspirée par les Grands de la chanson, allant à l’essentiel, aux sentiments sans user fioritures. Son premier album solo (puisqu’il est aussi chanteur des Chimères bleues avec François Degrande), Mnémosyne, était une tuerie. On attend le deuxième, impatients que nous sommes. Par contre, Destina, cette jeune Carolo et youtubeuse, on ignorait tout de son existence jusqu’à cette reprise en beauté. Olivier Terwagne nous l’introduit : « Avec Destina nous nous sommes rencontrés via une amie chanteuse et très talentueuse : Cendrine K (Iris, Initiales SG…). Destina avait composé le générique d’un court métrage de science-fiction pour Frédéric Legrand. La douceur de sa voix, sa fragilité, sa justesse, le choix des dissonances dans sa composition au piano, son sens de la mélodie m’ont tout de suite séduit. Entre-temps j’ai sorti Mnémosyne.« 

Et leurs routes se sont recroisées comme l’explique Destina : « On s’est ensuite recroisé dans les coulisses de Télésambre, et on s’est dit qu’on devrait travailler ensemble dès qu’on aurait un peu de temps… Plus tard, je suis allée le voir en concert quand il présentait son disque à la Maison Losseau à Mons. J’adore son univers et sa poésie, et notamment son utilisation originale des jouets d’enfants. » « Puis Aniwalls me contacte, raconte Olivier, amusé, pour inaugurer leur première session de captation live « covers » dans un endroit décalé. J’ai pensé à elle. Et plutôt qu’une reprise, on s’est dit qu’on allait créer un mash up, et pourquoi pas ensuite en faire un rendez-vous bimensuels ou bitrimestriels (les mash up Destina/Olivier).« 

Mais qu’est-ce qui a bien pu les pousser à célébrer de cette manière le mariage entre le spectre du regretté Bashung et la cool attitude de Julien Doré. « Nous sommes admirateurs de Bashung et Doré, tous les deux. Il est vrai que Bashung a un côté lunaire, et Doré un côté solaire. Ça nous plaisait de créer ce rendez-vous entre le soleil et la lune. Nous avons décidé d’introduire la chanson par le gimmick musical de la Nuit je mens combiné au refrain de Chou Wasabi. »

Olivier creuse un peu plus : « La manière d’écrire de Fauque et Bashung m’a énormément marquée dans l’idée qu’une chanson peut se présenter comme deux idées qui se développent en même temps et finissent par se rejoindre comme deux rivières dans un fleuve. Nous avons une chanson ici qui parle de résistance pendant la seconde guerre mondiale (lâcheté/collaboration/résistance), d’une absence de communication dans un couple (la nuit je mens, subsiste encore ton écho) et finalement on s’aperçoit d’une troisième signification qui est très coquine (je trempais, histoire d’O, la nuit ..jument, je prends des trains – on pense à Paul Delvaux – j’ai fait grimpé tant de …mâles entendus, des kilomètres de … vis roses). Dans ce cas, le mash up n’est pas gratuit : il introduit de la légèreté dans la chanson assez lunaire de Bashung et de la profondeur dans la chanson solaire de Doré.« 

Destina continue le raisonnement. « Doré parle aussi d’un amour qui s’éteint progressivement mais que nous transformons en dialogue entre un homme qui ne cesse projeter son futur – l’homme crâneur qui fait écho à celui qu’on a vu dans le Vercors (mon torse se décharne) et la fille qui évoque le passé par une image. Pour ma part, j’aime beaucoup Julien Doré pour sa sensibilité et sa proximité avec son public. Malgré son côté rêveur qui domine une grande partie de ses chansons, il fait partie des grands qui ont gardé la tête sur les épaules.« 

Une reprise n’est-elle bonne que si elle réinvente une chanson, l’emporte ailleurs? En serial-repreneur qu’il est (mais toujours à la mode de chez lui), Olivier disserte. « Une reprise en effet n’a de sens que si elle emmène la chanson ailleurs, si elle l’extrait parfois de son contexte, si on en souligne un aspect textuel et/ou musical qui a peut-être été occulté par l’original ou encore si on la détourne. Je pense par exemple à la reprise du « lundi au soleil » de Claude François par Keren Ann qui souligne à quel point c’est une chanson tendre sur la décroissance. Quand on écoute l’intention et l’arrangement original, on a l’impression que c’est une grosse blague de variétoche mais pas du tout.

Bref, la reprise n’a de sens que si on ne copie pas la scansion ou l’arrangement d’origine. Je pense aussi à la reprise des « Mots bleus » par Bashung qui souligne tout le côté fébrile, hésitant, sombre de la chanson alors que de prime abord, elle peut paraître un peu « sirupeuse » dans l’intention originale de Christophe.

Les détournements : Ma Benz des Brigitte ou encore Mon légionnaire chanté par Piaf détourné par Gainsbourg. J’ai aussi un faible pour la reprise de Nina Simone « Ne me quitte pas ». Il y a une dimension d’acceptation muette de la vie qui apaise la colère de Brel. Le deuil y devient tranquille. Et, pour faire honneur à mon amour du rap, « Changes » de Tupac qui reprend le thème de la chanson de « The Way It Is » de Bruce Homsby. On pourrait en parler pendant des heures.« 

Destina, elle, a aussi ses coups de coeur en la matière. « Un de mes coups de cœur, c’est Life on Mars par Aurora. Elle propose une version sinistre qui donne une toute autre teinte à la chanson originale de Bowie. L’arrangement est si simple qu’on ne peut s’empêcher de se concentrer sur les paroles qui livrent un réel message de lutte. Sa tendresse m’emmène dans un univers cosmique rempli d’émotions, de désespoir et d’espoir à la fois.« 

On s’aperçoit que les deux en connaissent un rayon en la matière, bien loin des sentiers balisés par des artistes markettés. Et le duo Terwagne-Destina risque bien de nous donner quelques autres perles à écouter et à tomber. Bijou, vous avez dit bijou? Bijou, bijou, comme disait l’autre.

Destina est sur Facebook, Instagram et Youtube.

Olivier Terwagne est aussi sur Facebook, possède son site officiel et un Souncloud avec quelques merveilles. 

N’hésitez pas à suivre ces deux-là !

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