Bloody Words : et si le sort de la guerre froide ne tenait qu’aux… cauchemars d’un enfant

Dans un esprit rétro, la guerre froide que se sont menés les USA et l’URSS, et par conséquent la CIA et le KGB, reste encore dans toutes les mémoires et continue de nourrir bien des imaginaires. De près ou de loin. Mais qui aurait pu croire que le sort de cette guerre sans coup de feu (ou quasiment) pourrait se jouer quelque part dans un coin perdu de l’Amérique de 50’s, à Jackson Hole dans le Wyoming ? Dans Bloody Words, Frédéric Marniquet, Jean-Blaise Djian, Alain Paillou et Tatiana Domas nous emmènent dans une histoire aux frontières du réel.

© Djian/Marniquet/Paillou/Domas chez Cerises et Coquelicots

Résumé de l’éditeur : Automne 1958 aux Etats-Unis, quelques années après le maccarthysme. Après plus de 2000 miles en voiture, Stan Coleman, chroniqueur littéraire pour un magazine newyorkais, arrive enfin à Jackson Hole dans le Wyoming.  Il vient interviewer Jim Norton, un romancier populaire à succès, qui vit près de la Snake River, dans le parc national du Grand Teton. Norton est un homme secret et c’est la première fois qu’un journaliste parvient à l’approcher d’aussi près…

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Mais qu’est-ce qu’un obscur journaliste et un écrivain, aussi en vue soit-il malgré l’intérêt tout relatif de la littérature de gare qu’il produit, viennent faire entre KGB et CIA. Passé une couverture pas si loin de Stranger Things et fracassante (on ne voudrait pas être à la place des deux passagers de la voiture qui vole en éclat dans le ravin), tous les doutes sont permis. Dieu que tout cela est bien mystérieux. Et Dieu qu’il est difficile de vous faire passer l’envie sans vous en dire trop.

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Il faut dire que l’interview banale et néanmoins valorisante Stan Coleman va vite tourner court (plus secret que Jim Norton, tu meurs) mais se parer d’un tout autre enjeu. Jim Norton cache quelque chose, et même s’il doit se grimer et prolonger son séjour dans ce trou perdu, Stan compte bien enquêter et rapporter du croustillant à la rédaction de son journal. Pourquoi Jim a-t-il choisi de se retrancher dans une maison encore plus loin que Jackson Hole, seul au monde et avec sa famille. Une famille protégée à tel point que personne ne sait que Jim et son épouse ont en fait… un fils, Eddy, que personne n’a jamais vu. Sauf Stan, et ce « scoop » qui l’amène à approcher le gamin lors de parties de chasse, alors que son père est parti pour un de ses étranges déplacements, va mettre la vie du journaliste en danger. Mais le secret en vaut la peine.

© Djian/Marniquet/Paillou/Domas chez Cerises et Coquelicots

Évoquant un peu le Charly de Lapière et Magda mais aussi Harmony de Mathieu Reynes, Eddy et Bloody Words s’en éloignent très vite pour développer une histoire aussi intrigante qu’original. Mêlant drame familial, pratiques d’agents secrets, mystère ambiant et une petite dose de fantastique, l’intrigue établie par Frédéric Marniquet et Jean-Blaise Djian tient bien mieux la route que la voiture cabossée de la couverture. Tant mieux, on n’en attendait pas moins. D’autant que si le suspense s’épaissit, les auteurs prennent leur temps pour le résoudre, en étalant l’histoire sur deux tomes. Cauchemars en est le premier, même si, aux premiers abords, on a du mal à croire à ce titre anxiogène tant on est séduit par ce mélange de chutes d’eau et de nature à perte de vue. Un décor sans histoire que la cruauté humaine et les enjeux politico-militaires viennent rattraper et faire sombrer.

© Djian/Marniquet/Paillou/Domas chez Cerises et Coquelicots

Sans esbroufe et en accord avec l’ambiance des 50’s américaine, Alain Paillou donne vie à ce suspense, travaillant les ombres sur les visages de ses héros, dans une tradition héritée des Jacobs et consorts qui va bien à cet ouvrage très diversifié qui fait le son entre les avions de chasse, les bureaux de la CIA et la nature contemplative et abrupte dès qu’il s’agit d’escalader les rocs du Parc National du Grand Teton. Précis et documenté, le dessinateur se fait aussi sec dès qu’il s’agit d’instiguer l’action et un parfum de sang et de meurtre. L’ensemble, rehaussé par les couleurs de Tatiana Domas sous la pluie drue ou dans le feu des explosions spectaculaires, se tient bien. Ces auteurs-là ne sont pas des novices, et toute leur expérience fait foi dans ce suspense inédit et bien senti.

Titre : Bloody Words

Tome : 1/2 – Cauchemars

Scénario : Frédéric Marniquet et Jean-Blaise Djian

Dessin : Alain Paillou

Couleurs : Tatiana Domas

Genre : Suspense, Mystère, Politique

Éditeur : Cerises et Coquelicots

Nbre de pages : 48

Prix : 15€

Date de sortie : le 09/03/2017

Extraits : 

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