Logan : griffes d’acier pour coeur d’homme

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En 2000, l’acteur australien Hugh Jackman interprétait pour la première fois à l’écran le personnage de Wolverine, un personnage dont il n’avait jamais entendu parlé, quelques mois auparavant. Dix-sept ans plus tard, il donne une dernière fois la réplique au mutant à griffes dans un neuvième et dernier film : Logan. Titre intrigant et révélateur de l’ambition du réalisateur James Mangold de s’écarter du carcan classique des films de super-héros et de présenter un long métrage atypique et profond. Le moins que l’on puisse dire c’est que le pari est réussi.

Tout débute non loin du désert, décor représentatif d’une Amérique éprouvée, asséchée et sale. Logan, notre héros, n’a plus sa carrure d’antan et se réveille sur le siège arrière de la limousine qu’il conduit pour gagner sa vie. Autour de lui, le sol est jonché de bouteilles d’alcool vides. Qu’est-t-il arrivé au grand et féroce Wolverine ? Abattu mais pas encore mort : la scène d’introduction nous rappelle néanmoins que Logan reste un redoutable adversaire.

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Nous sommes en 2029 et le monde a changé. Les mutants ont presque tous disparu et les derniers représentants vivent dans l’ostracisme en ruminant une époque ou leurs actes avaient un sens. Près de la frontière avec le Mexique, dans une zone industrielle abandonnée, Logan protège et s’occupe d’un Charles Xavier vieillissant et dont les pouvoirs deviennent de plus en plus dangereux. Assistés par le mutant Caliban, nos deux anciens X-men ont pour projet de fuir ce lieu désertique pour aller vivre sur un bateau, là ou ils pourront enfin être en paix. Malheureusement, l’apparition de Laura, une très jeune mutante, va « légèrement » bouleverser le quotidien de Logan.

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Complexe d’oegriffe

Laura est une jeune fille qui présente les mêmes pouvoirs et dispositions que Logan. Deux griffes en adamantium (ce métal fictif et indestructible) jaillissent de ses mains et elle possède également le don de régénération. Petit bonus, elle a même une griffe au pied. On nous informe rapidement dans le film de l’origine de ces similitudes et l’on comprend tout aussi vite que cette jeune fille a de gros ennuis. Poursuivie par une obscure organisation qui cherche à créer et utiliser des mutants à des fins probablement militaires, Laura, sauvée par une infirmière, tente de se réfugier auprès de Logan.

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Dans le film, les X-men ont disparu depuis longtemps, mais leurs exploits sont entrés dans l’imaginaire collectif et sont devenus une source d’admiration au travers de diverses productions culturelles. Ainsi, Laura transporte dans son sac des comics et idéalise Wolverine, imaginant que son héros sur le papier est aussi brave dans la réalité. Accompagnés du professeur Xavier, nos deux protagonistes prennent donc la route pour se rendre dans le Dakota du Sud ou Laura est persuadée qu’une communauté de jeunes mutants s’est établie.

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La relation père/enfant est un thème trop rarement exploité au cinéma et, en tout cas, pas habitué aux films de la licence Marvel. James Mangold parvient ici à construire une connexion complexe entre Logan et Laura, qui se rapprochent d’une part grâce à leurs caractéristiques mais se séparent à cause de leurs personnalités. Laura est remplie d’espoir et de rêves. Logan vit dans une désillusion désespérée et mène un combat permanent contre la perte progressive de ses pouvoirs qui le tue à petit feu. Ce miroir brisé arrive à saisir le spectateur d’une façon magistrale et fait penser à d’autres oeuvres qui se sont essayées au genre. Ainsi, le film La route présentait la vie d’un père et de son fils dans un monde post apocalyptique quand le jeu vidéo The last of us traitait lui aussi de cette thématique pour un résultat brillant.

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L’actrice interprétant le personnage de Laura, Dafne Keen, est d’ailleurs toujours juste. Muette pendant une grande partie du film, tout passe par son regard. Capable de la plus grande sauvagerie, elle est en même temps l’ambassadrice d’une douceur dissimulée et blessée, tout comme Logan. Le jeu entre les deux acteurs est sublimé par l’ajout de la relation avec Charles Xavier (Patrick Stewart) qui vient faire office de médiateur et laissera quelques jolis aphorismes dans la tête du spectateur. Jamais on avait vu le professeur X aussi humain et vulnérable. Au final, on est troublé et on ne sait plus très bien si ce sont Logan et Charles qui protègent Laura ou si c’est elle qui veut les sauver.

Il n’est pas trop tard, Logan

Le film est violent. Une violence directe et viscérale à des années lumière de ce que nous propose habituellement les studios de Marvel. Oubliez l’action lissée, l’absence de sang et les personnages invincibles. Logan montre les corps, les décapitations et l’hémoglobine d’une manière tout à fait désinhibée mais participant grandement au réalisme de la narration. Cette décomplexion donne lieu à des scènes d’actions efficaces et ou, pour une fois, la caméra ne vous donne pas la nausée.

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Cette violence est nécessaire puisque l’univers de Wolverine est parsemé de bestialité et de dureté. James Mangold a pris le parti de dévoiler le personnage tel qu’il est vraiment, et c’est vraiment rafraîchissant. D’un point de vue plus global, c’est le long métrage dans son ensemble qui fait office d’ovni dans le paysage des blockbusters américains des héros sortis de l’univers Marvel. De par son scénario, Logan est un habile mélange des genres, allant du simple thriller au road movie endiablé. Par sa photographie également, le film nous offre un large panel de panoramas, le désert, la forêt ou encore le décor urbain, chaque lieu ayant sa signification et son atmosphère. Enfin, l’ambiance sonore (de Marco Beltrami) au rythme de quelques notes sous influence de Johnny Cash vient compléter la forte identité du film.

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Et comment ne pas voir une analogie entre le personnage de Logan, dont le corps est marqué par les nombreuses blessures qui ne guérissent plus, avec celui de Hugh Jackman atteint d’un cancer de la peau à cause duquel il a déjà été opéré six fois. Comment, sachant cela, ne pas être bouleversé par ce mutant trop humain, incarné à l’écran depuis presque 20 ans par le même acteur qui a su et pu lui donner une véritable profondeur qu’il nous dévoile entièrement dans Logan. Comment, encore, ne pas être touché par ce qu’implique en filigrane l’univers des mutants, de ces « autres » alors que Donald Trump siège à la Maison Blanche. Il s’agit d’une société de l’exclusion dénoncé par l’entremise de ces héros à qui l’on doit tout mais qui sont pourchassés toute leur vie pour ce qu’ils sont. Le rejet de la différence. Voilà pourquoi Logan livrera ces quelques mots prophétiques à Laura :

 » Ne soit pas ce qu’ils ont fait de toi ».

Pourquoi ne voit-on pas plus de films comme Logan ? L’industrie du cinéma nous a habitué au même schéma narratif pour les films concernant les super-héros. Et les spectateurs en ont marre. Un personnage comme Wolverine n’est pas seulement une bête toute puissante qui étripe ses ennemis et, de ce fait, ne mérite pas un blockbuster sans âme tenant à peine sur des prouesses visuelles et de l’action à tout-va. Logan à l’ambition de nous prouver qu’un film de super-héros peut aussi être un drame humaniste et touchant.

logan-hugh-jackman-afficheSérie : Wolverine

Titre : Logan

Réalisateur : James Mangold

Acteurs : Hugh Jackman, Patrick Stewart, Dafne Keen, Boyd Holbrook…

Durée : 2h17

Date de sortie : le 01/03/2017

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