Benjamin Blasco-Martinez, as du western avec Catamount : « À huit ans, j’ai plongé dans le fameux regard de Clint »

Cowboy cent pour cent français, sans doute avait-on un peu oublié Catamount. C’était sans compter les ressources du héros créé par Albert Bonneau. Le cowboy tourmenté a en effet repris du poil de la bête (et du chat sauvage) sous le crayon énergique et violent du jeune et ultra-talentueux Benjamin Blasco-Martinez prouvant ainsi, à l’heure où le western redevient ô combien populaire, que Catamount a tout pour rivaliser avec les Undertaker et autre Lucky Luke. Interview avec Benjamin Blasco-Martinez, as de la gâchette qui connait ses classiques sur le bout des ongles et dont la marge de progression n’a pas fini de nous épater.

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à petit

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Bonjour Benjamin, nous vous découvrons (ainsi que toute l’ampleur de votre talent) avec Catamount. Qui êtes-vous ? Quel est votre background ?

J’ai 26 ans et je suis auteur de BD et illustrateur depuis 3 ans. J’ai réalisé la série BD « Catamount » (tome 1 et 2) d’après les romans d’Albert Bonneau chez Petit à Petit, l’épisode 9 de « Rouen » (dans le tome 1) chez le même éditeur, l’épisode 3 des origines du « Garde Républicain » avec Thierry Mornet (un comic book), et le web documentaire « Classe 1914 – Ne m’oubliez pas ! » en tant qu’illustrateur numérique, avec Damien Briatte au scénario chez Petit Homme Production. J’ai également réalisé quelques couvertures BD et de romans, et quelques expos en tant qu’illustrateur notamment pour le musée Anne de Beaujeu (MAB) à Moulins, dans le 03.

Le garde républicain © Benjamin Blasco-Martinez
Le garde républicain © Benjamin Blasco-Martinez

La bande dessinée, c’est un rêve de gosse ? Quels sont les auteurs, les albums qui vous ont donné envie de dessiner. Et ceux qui vous ont donné envie de faire ce métier ?

Pour autant que je souvienne, depuis que je suis en âge de tenir un crayon, j’ai toujours voulu dessiné. Dans mon coin avec mes feuilles et mes feutres, devant mes dessins animés, des après-midi entiers …quand je n’avais pas école évidemment.

J’ai découvert la BD avec Tintin, Astérix, Lucky Luke, Rahan comme beaucoup de gamins. Ça peut sembler étrange, mais j’étais finalement plus dessin animé et cinéma que BD. Mes héros étaient Batman, Zorro, Indiana Jones, Robin des Bois. La première fois que j’ai eu l’envie de faire de la BD, c’est quand mon père m’a emmené pour la première fois au festival de BD de Moulins en 2002. J’avais eu une dédicace de Boubé sur l’album « L’empereur du dernier jour » édité chez Glénat (que j’ai toujours). À quatorze ans, j’ai découvert le travail de Tardi avec « C’était la guerre des tranchées » qui m’a bouleversé et, disons, « positivement traumatisé » (rires) ainsi que les illustrations de JOB sur Bonaparte. Ceux qui m’ont donné envie et m’ont encouragé à faire ce métier sont nombreux : ma famille, mes amis, mes profs dans les différentes écoles d’art que j’ai faites après le bac.

« Classe 1914 - Ne m’oubliez pas ! »©Briatte/Blasco-Martinez chez Petit Homme Production
« Classe 1914 – Ne m’oubliez pas ! »©Briatte/Blasco-Martinez chez Petit Homme Production

Justement, quel a été votre cursus ? Vous étiez bon élève ? Quels sont les cours, les profs qui ont compté ?

Mon cursus est assez simple. On m’a dit tout jeune : « pour faire du dessin, faut le bac. Après tu verras ». C’est ce que j’ai fait. Mon bac littéraire en poche, « de justesse », au lycée Banville de Moulins, j’ai intégré la mise à niveau de l’atelier Albers à Paris, puis la prépa de l’école Parsons à Paris toujours. Après quoi, je suis parti à Lyon pour l’école Émile Cohl où j’ai étudié pendant 4 ans et obtenu mon diplôme en 2014. J’étais bon élève dans les cours qui m’intéressais et avec les profs que j’appréciais et respectais. Les cours qui ont compté furent ceux de BD avec Loïc Sécheresse, Florence Dupré La Tour, les Jouvray, ceux d’illustration avec Richard Martens, Jean Claverie, Jean-Michel Nicollet, Philippe Pauzin, Gilbert Houbre, Frédérick Mansot, Pascal Jacquet, de modèle vivant/anatomie avec Cédric Peyravernay, et de scénario avec Xavier Dorison.

Recherches pour le personnage de Catamount © Benjamin Blasco-Martinez
Recherches pour le personnage de Catamount © Benjamin Blasco-Martinez

Une fois fini, difficile de parvenir à ses fins dans le monde de la BD ? Étiez-vous préparé à la dureté de ce milieu ? Beaucoup d’appelés, peu d’élus ?

À la fin de mes études j’ai eu la chance de pouvoir travailler tout de suite sur Catamount, qui était mon projet de diplôme chez Émile Cohl et qui a été édité dans la foulée par Olivier Petit chez Physalis dans un premier temps, puis chez Petit à Petit par la suite. Mais, une fois ce projet terminé, il y’a eu des périodes de flottements entre deux boulots par ci par là. Le plus dur étant d’avoir un revenu régulier « correct » (équivalent du smic) dans ce métier. On bosse un peu comme des artisans finalement. Beaucoup de travail, de nuits blanches, de fatigue, de weekends/vacances sacrifiés pour tout juste pouvoir payer le loyer et se nourrir.

Ce qui m’a permis de tenir ? Mon amour et ma passion pour le dessin. L’école Émile Cohl nous a bien formés et préparés mentalement par la densité de son programme d’apprentissage. On se plaignait qu’on avait trop de travail, qu’on ne dormait pas, on râlait tout le temps, mais finalement dans le monde du travail c’est deux fois pire (rires) ! Et ça on ne le sait qu’une fois dedans.

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Après, il y a des moments de réjouissance aussi. Quand votre projet est retenu par un éditeur, j’imagine ?

Oui, heureusement (rires) ! Quand on a un projet retenu et validé, quand on est édité et quand on nous appelle pour un projet rémunéré (je précise parce qu’on m’a contacté pour des non-rémunérés, certains ne doutent de rien), on se dit : « cool, je vais pouvoir bosser tranquillement et bouffer pendant X temps (rires) ».

Sinon, les bons moments c’est quand « un pro du milieu » ou un grand nom de la BD te complimente sur ton travail, te donne des conseils et t’aide à t’élever. Et, bien sûr, la reconnaissance des lecteurs, surtout celle des enfants. Leur apporter un peu de rêve, un peu d’aventure, leur offrir une dédicace est toujours un pur bonheur. Deux ou trois fois, il m’est arrivé qu’un enfant m’offre un dessin de Catamount (qu’il s’est amusé à dessiner d’après la BD) en me disant timidement avec un sourire : « tiens c’est pour toi… ». C’est là que je me dis avec fierté que je fais l’un des plus beaux métiers du monde.

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Sauf qu’avec Catamount, vous avez connu une mésaventure : votre premier éditeur a fait faillite ? Dur à accepter ?

Oui Physalis a été liquidée (financièrement) alors que j’attendais le contrat pour le tome 2 de Catamount. Aucun auteur n’avait été prévenu, ils nous ont lâché comme ça. Du jour au lendemain on s’est retrouvé sans travail. Donc oui, la pilule est très mal passée pour beaucoup. Le pire c’est que les « patrons » de Physalis ont coulé la maison pour en rebâtir une derrière. Ils m’ont proposé de continuer Catamount avec eux sous des conditions inacceptables, et la confiance en avait pris un coup.

Finalement c’est Olivier Petit (qui était directeur de collection chez Physalis) qui a quitté le navire faute de salaire comme les auteurs, et a remonté sa maison d’édition Petit à Petit, qui a bien voulu continuer l’aventure Catamount. Et aujourd’hui tout va bien.

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Vous nous parlez de Petit à Petit ?

Petit à Petit est une maison d’édition normande basée à Rouen fondée en 1997 par Olivier Petit, qui s’était spécialisée dans la BD, bien sûr, mais aussi dans « le beau-livre ». Olivier l’avait mise en « stand-by » pour diverses raisons, pour intégrer Physalis en tant que directeur de collection, jusqu’à sa fermeture officielle en novembre 2015. Depuis il a remonté Petit à Petit et ressort les ouvrages qui ont fait son succès, ainsi que des nouveautés comme Rouen en BD (2 tomes), Le Havre en BD, les contes en BD etc. C’est un très bon éditeur, sympathique, compréhensif, investit, avec lequel il est facile de discuter. On a une très grande liberté créative et productive et c’est l’essentiel.

Mais rentrons dans le vif du sujet, comment un jeunot comme vous est-il arrivé dans l’univers de Catamount développé par Albert Bonneau, septante ans avant votre naissance ?

© Albert Bonneau aux Éditions Tallandier
© Albert Bonneau aux Éditions Tallandier

C’était en 2013, lors d’un salon du livre à Neuvy (03). Jean-Pierre Hurel, une connaissance de mon père, m’avait conseillé de me rendre à ce salon car une dame cherchait un dessinateur pour faire une BD. Et comme je cherchais un projet pour mon futur diplôme, j’y suis allé par curiosité. Cette dame, c’était Odile Bonneau, l’une des filles d’Albert Bonneau. Elle souhaitait adapter en BD, les aventures du héros emblématique des romans de son père, qui firent son succès à l’époque : Catamount.

J’ai réussi à la convaincre en lui montrant mes croquis de chevaux réalisés à Émile Cohl (avec Cédric Peyravernay). Le courant est passé tout de suite.

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette histoire ? Qu’est-ce qui faisait le sel des récits d’Albert Bonneau ?

Le genre (western), et surtout le personnage : unique survivant d’un massacre, justicier solitaire, seul contre tous, qui défend la veuve et l’orphelin, héros malgré lui (mes héros, étant gosses, étaient Batman, Zorro, Indiana Jones et Robin des Bois, souvenez-vous !). C’était suffisant pour me séduire (rires) !

J’avoue que ne connaissais pas Albert Bonneau ni ses récits jusqu’à cette rencontre. J’ai appris que c’était un auteur moulinois, et c’est sa « prolificité » qui m’a le plus frappé. On le surnommait « l’homme aux mille romans ». Marcel Chameau et Pascal Jonnard, dans leur biographie « Sur la piste d’Albert Bonneau », avancent l’existence de plus de 750 titres parus sous différents pseudonymes en 30 ans de carrière ! Ce nombre s’explique par la force de son travail d’écrivain, capable de fournir un manuscrit tous les quinze jours.

Projet de couverture© Benjamin Blasco-Martinez
Projet de couverture© Benjamin Blasco-Martinez

J’ai sauté sur l’occasion. J’ai toujours aimé les westerns, et que c’est un des genres que je voulais traiter au moins une fois dans ma vie.

En tant que western français, qu’est-ce qui faisait sa différence par rapport aux récits anglo-saxons du même genre ?

L’originalité de son œuvre, pour l’époque, est qu’il s’attachait à donner un découpage cinématographique à ses récits. Passant le plus clair de son temps derrière sa machine à écrire, il n’avait pas le temps de voyager pour se documenter, notamment pour les décors. Les Américains avaient tout sur place pour faire leurs récits, or Albert Bonneau ne pouvait s’en remettre qu’à son imagination, ses fantasmes et à ce qu’il voyait au cinéma, seul regard de l’Auvergne sur l’Amérique à l’époque !

Du coup il a « mixé » ses influences classiques littéraires françaises à ce qu’il connaissait de l’Amérique, soit le western via le cinéma, pour créer l’histoire de Catamount. D’ailleurs les spécialistes surnomment Catamount le « D’Artagnan » ou le « Jean Valjean » de l’Ouest !

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Dans les années 90, durant votre enfance, le western n’avait plus vraiment pignon sur rue, pourtant, si ? Comment êtes-vous tombé dedans ?

Plus pignon sur rue, mais il y a eu « Impitoyable » et « Danse avec les loups », ça compense (rires) ! C’est mon père qui m’a initié à ça. Un jour on rentrait de chez des amis avec mes parents ; tard le soir, j’avais 8 ans, et mon père avait allumé la télé avant de dormir. Contraint d’aller au lit, je me suis levé en douce pour regarder et je suis tombé sur le duel final de « Pour quelques dollars de plus ». Je suis resté littéralement scotché devant l’écran, tellement la scène était intense et puissante. Et quel suspense, quel silence, et la musique inoubliable d’Ennio Morricone ! Je découvrais Clint Eastwood et son fameux regard pour la première fois. Mon père s’en est rendu compte et m’a encouragé à en regarder d’autres !

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Fan de western, donc ? Quelles sont vos œuvres de chevets ? Vos auteurs, vos acteurs ? Vos maîtres du genre ?

Oh, plus qu’un fan, un vrai mordu ! C’est mon père qui m’a initié au genre étant jeune, en me montrant la « trilogie des dollars » de Sergio Leone, ainsi que tous les films de Clint Eastwood et de Kevin Costner. Très peu de John Wayne, bizarrement, je crois que j’ai du mal avec le jeu de l’acteur. Ce qui ne pas empêcher d’apprécier « Rio Bravo » et « La prisonnière du désert » qui sont des chefs d’oeuvres.

Le grand silence s'invite dans Catamount © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
Le grand silence s’invite dans Catamount © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Au lycée, j’ai découvert les oeuvres de Sam Peckinpah et de Tarantino puis le cinéma de Corbucci (« Django » et « Le grand silence ») en bossant sur Catamount par la suite. Mes oeuvres de chevet sont « Django Unchained »(Tarantino), « Le Bon, la Brute, et le Truand » (Leone), « Impitoyable » (Eastwood), « Mon nom est personne » (Valerii) et « Dead Man » (Jarmusch).

Un air du Johnny Depp de Dead Man, non? © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
Un air du Johnny Depp de Dead Man, non? © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Mon acteur fétiche est bien-sûr Clint Eastwood, inégalable. Je me retrouve plus du côté du western spaghetti et crépusculaire que classique, trop manichéen à mon goût. Mes maîtres du genre sont Sergio Leone et Sam Peckinpah plutôt que John Ford ou Howard Hawks.

Un peu de Django Unchained dans Catamount © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
Un peu de Django Unchained dans Catamount © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Faire du western en BD, est-ce que cela ne vous oblige pas à être cinématographique ? En plus, vous nous offrez des double-planches incroyables ?

Le fait d’être cinématographique n’a pas été une obligation, mais vraiment une volonté, et un plaisir ! On peut faire une excellente BD western sans être cinématographique si on veut. Les doubles planches sont clairement là pour en mettre plein la vue et impressionner (rires) !

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Comment gérez-vous votre espace, justement ? En plus, vous ne vous retrouvez pas calé dans un 46 ou un 48 pages !

Un découpage séquentiel qui est établi, au départ, je m’y tiens du mieux que je peux. L’ennui, pour moi, c’est qu’à chaque fois je veux beaucoup en dire et j’ai l’impression de n’avoir jamais assez de pages pour le faire. Du coup ça m’oblige à être efficace dans mon découpage et mon rythme. Il me faudrait au moins 100 pages pour être confortable (rires) !

On sent une maturité dans votre dessin, avez-vous mis longtemps à travailler Catamount avant de le proposer ?

Oui évidement il y a eu un gros travail de recherches et de documentation sur les personnages et sur l’univers, qui ont duré plusieurs mois avant de commencer la BD. Les personnages ont continué d’évoluer même pendant la réalisation de la BD, tant sur le plan psychologique que physique selon ce qu’ils devaient apporter à l’histoire.

La maturité vient par le travail et le temps qu’on y passe, et surtout des échecs.

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Votre dessin tire son épingle du jeu, proposant souvent une rupture entre quiétude et déferlement de violence, très vif. Comment décririez-vous votre dessin ?

Ça, c’est directement inspiré du cinéma de Tarantino (rires). Du très calme, avec la tension qui monte, qui monte, jusqu’à l’explosion ! C’est un rythme narratif que j’affectionne énormément. Après, mon dessin je dirais qu’il est réaliste (du moins il essaye de l’être), qu’il est sombre (un peu trop parfois), dynamique, violent (j’aime dessiner la violence je ne le cache pas). Et j’essaye vraiment de transmettre une émotion, d’atteindre le lecteur en plein coeur. C’est la volonté, le but, de la plupart des auteurs je pense, en dehors de raconter une bonne histoire.

Comment procédez-vous ? Sur tablette graphique ou sur papier ?

Je fais mes recherches sur papier (au crayon). Mes story-boards sont faits à la tablette graphique en noir et blanc. C’est très pratique pour modifier et tester rapidement une mise en scène, un cadrage, un premier, un arrière-plan, un contraste. Encrage au feutre ou au pinceau et le crayonné à la main sur papier. Enfin, je réalise les couleurs grâce à l’informatique. Bien que je maîtrise l’aquarelle, j’ai préféré utilisé Photoshop par nécessité de gain de temps et d’efficacité. Et aussi parce que je suis un peu trouillard. Sur informatique, on peut modifier ou revenir en arrière si on se trompe (le fameux ctrl+z). Alors qu’à l’aquarelle, en cas d’erreur, ça ne pardonne pas !

À l'aquarelle © Benjamin Blasco-Martinez
À l’aquarelle © Benjamin Blasco-Martinez

Avez-vous évité d’être prisonnier du roman ? Et d’un genre à renouveler ?

Sur le tome 1 « La jeunesse de Catamount », il y avait une volonté de fidélité par rapport au roman. Du coup, ça m’emprisonnait un peu par moment, oui. Mais j’arrivais à me faire plaisir en glissant des clins d’oeil cinématographiques par-ci par-là, dans le cadrage et la mise en scène et surtout dans les « looks » des personnages.

J’ai pris plus de libertés scénaristiques sur le tome 2 grâce à Olivier Petit (mon éditeur) qui m’a incité à me détacher un peu du livre. Dans le but surtout « d’actualiser » le genre. Je n’ai jamais eu la prétention de renouveler le genre, seulement la volonté de réaliser une bonne histoire avec ce que je sais faire. Je ne me sentais pas prisonnier à cause de ça, à aucun moment.

Un des grands méchants, Berton © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
Un des grands méchants © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Quelle matière quand même, c’est une aventure qui regroupe tout ce qu’on aime dans un western : des indiens, des cowboys, des grands paysages…

Oui mais pas seulement sinon ce serait trop simple (rires) même s’il est vrai que, ce que j’aime dans les westerns, c’est leur simplicité. Ce sont des gens simples bons ou mauvais, qui se retrouvent dans une impasse et qui n’ont d’autre choix que la violence ou la mort pour s’en sortir ! C’est aussi le choc entre la civilisation et la nature sauvage. Sans oublier, un côté mystique et caricatural assez fascinant, surtout dans le western spaghetti. Sergio Leone a le don de vous faire rire et de vous donner des frissons jusqu’aux larmes, d’une scène à l’autre. La beauté côtoie l’horreur en permanence. Et la formidable symphonie d’Ennio Morricone y est pour beaucoup. Je travaille souvent en musique, pour m’inspirer et transmettre une émotion à une scène. C’est vrai que c’est un genre où il y a de quoi se faire plaisir !

Mais aussi pas mal d’animaux ? Challenge ou bonheur de les dessiner ?

Oui, pas mal. Ça dépend desquels. Les chevaux c’est du challenge. Par contre, j’ai pris beaucoup de plaisir à dessiner l’ours dans le tome 2 ! Tout dépend de l’anatomie de la bestiole et de son mouvement.

© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
© Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Ne voit-on pas passer Klaus Kinski dans un rôle de méchant dans le deuxième tome ? Puis, le médecin de True Grit, aussi, non ? D’autres acteurs apparaissent-ils ? Vous aimez inviter le cinéma et ses acteurs dans vos bds ?

Clairement oui, c’est ma façon de montrer ma passion pour le 7ème art, en plus du dessin et de la BD ! Klaus Kinski et plus précisément « Tigrero » du « Grand silence » (Corbucci) a inspiré le personnage du « tueur sans nom » dans le tome 2 de Catamount. Le médecin de True Grit peut faire penser à Pad, sauf que je me suis inspiré d’une photo pour créer le vieux trappeur, pour le coup c’est une coïncidence. Il y a un peu de Tom Cruise dans Catamount. D’autres personnages sont inspirés de mes connaissances ou membres de ma famille. Par exemple il y a beaucoup de ma mère dans le personnage de Kate Osborne, la mère de Catamount.

Recherches pour le personnage de Pad © Benjamin Blasco-Martinez
Recherches pour le personnage de Pad © Benjamin Blasco-Martinez
Klaus Kinski en guest © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit
Klaus Kinski en guest © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Mais, dites-moi, le Français de votre album, ne vous ressemble-t-il pas ?

(Il rit) Vous n’êtes pas le premier à me le dire ! Non je me suis inspiré de l’acteur Pedro Pascal pour le français ! C’est une coïncidence rigolote : S’il me ressemble, c’est totalement involontaire !

N’avez-vous pas l’impression que le western est revenu en puissance ces dernières années, au cinéma mais aussi en bd ? D’ailleurs ce mois de janvier a accueilli beaucoup d’albums du genre (entre autres, Duke, Undertaker, Stern, Lucky Luke et … Catamount). Un renouvellement du genre ? Des choses qui vous ont plu dernièrement ? D’autres, moins ?

Ce « renouvellement », ce retour en force, si on peut le voir comme ça, est un pur hasard sans aucun doute, mais c’est la preuve que le western est quelque chose qui ne mourra jamais, qui ne sera jamais à bouts de souffle, il est indémodable, et c’est encore une source d’inspiration inépuisable qui permet la création de nouveaux chefs d’oeuvre !

Dernièrement, j’ai aimé « The Revenant » malgré quelques longueurs, moyennement apprécié « Les huit salopards » (pourtant c’est Tarantino) un peu trop de lourdeurs et de vulgarité inutile contrairement à « Django Unchained » qui est juste parfait. En BD, j’adore Undertaker, l’originalité vient surtout d’avoir choisis le croque-mort comme perso principal. J’ai aimé l’hommage et le dessin de Matthieu Bonhomme pour « L’homme qui tua Lucky Luke ». Hermann le dessin est toujours impeccable dans Duke, par contre bof pour l’histoire. Je n’ai pas encore lu Stern et apparemment il le faut car il paraît que c’est très bon !

© Benjamin Blasco-Martinez
© Benjamin Blasco-Martinez

Quels sont vos projets ? Catamount connaîtra-t-il le long terme ? Un peu de Jack L’Éventreur, aussi, paraît-il ? D’autres choses ?

Catamount devrait connaître le long terme si tout va bien. Après le tome 3 qui devrait sortir pour le second semestre 2018, on prévoit un Catamount par an. En ce moment je travaille sur la série « L’homme de l’année » chez Delcourt aux-côtés de Céka au scénario, avec un tome consacré à la véritable histoire de Jack l’Éventreur et ses démons intérieurs. J’ai également un autre projet sur la guerre de Troie qu’on essaye de fourguer avec un ami depuis un bon moment. Un jour peut-être. Et en dehors des cowboys, des tueurs en série, et des troyens, je rêve de créer une BD traitant de l’Héroïc Fantasy. « Tellement à faire, et si peu de temps (rires) ! »

© Benjamin Blasco-Martinez chez Delcourt
© Céka/Benjamin Blasco-Martinez chez Delcourt

Merci beaucoup Benjamin, pourvu que le temps ralentisse pour que tout ça puisse naître!

Tome 2 © Benjamin Blasco-Martinez chez Petit à Petit

Série : Catamount 

Tome : 1 – La jeunesse de Catamount et 2 – Le train des maudits

D’après les romans d’Albert Bonneau

Scénario, dessin et couleurs : Benjamin Blasco-Martinez

Genre : Western

Éditeur : Petit à Petit

Nbre de pages : 64

Prix : 14,12€

Date de sortie : 20/01/2017

Extraits :

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