Lion ou le rugissement d’un destin… qui n’a rien à voir avec Slumdog Millionnaire et c’est tant mieux

Il n’y a pas à dire, cette année, la diversité semblait être le maître mot de la sélection des Oscars. Parmi La La Land, Moonlight ou encore Hidden Figures, un premier film tirait son épingle du jeu. Pas de claquettes au programme, ni de grandes idées de tolérance, mais l’histoire vraie, incroyable, d’un homme en quête de ses origines. Lion fait partie de ces films dont on ne ressort pas indemne, qui interpelle autant qu’il donne l’espoir. Alors, sortez vos mouchoirs et courrez voir ce grand film ! 

Il parait qu’il y a des airs de Slumdog Millionnaire dans cet époustouflant Lion. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est ce qui est inscrit sur toutes les affiches… Mis à part Dev Patel au casting, Lion ne fait pas vraiment figure de nouveau Slumdog Millionnaire, mais alors là pas du tout ! Alors c’est vrai, le jeune Saroo voit le jour dans la pauvreté et voit son destin chamboulé jusqu’à finalement grandir dans une magnifique villa de Tasmanie avec vue sur la mer. « Ah, il a gagné Qui veut gagner des million ? » me direz-vous. Non, il s’est juste perdu, s’est retrouvé enfermé dans un train pendant trois jours. Un train qui a amené ce petit garçon d’à peine cinq ans à des milliers de kilomètres de chez lui. Déjà, on peut se rendre compte que l’histoire n’a rien à voir avec le film de Danny Boyle. Non, il ne suffit pas de tourner un film en Inde pour créer un nouveau Slumdog, sinon il y en aurait déjà à la pelle  ! D’emblée, que les choses soient claires : Slumdog n’est pas Lion et Lion n’est pas Slumdog ! Voilà, ça c’est fait.

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En réalité, et sans dévalorisation aucune de Slumdog MillionnaireLion est d’abord et avant tout une histoire vraie, bien plus poignante, qui pose réellement question. Tiré du livre A Long Way Home de Saroo Brierley, ce film ouvre les yeux sur une réalité qui fait froid dan le dos : en Inde, 80 000 enfants disparaissent chaque année. Scindé en deux grande partie, le film retrace donc l’histoire de Saroo; ce jeune indien de 5 ans qui, dans les années 80, emprunte un train par erreur et se retrouve trois jours plus tard en plein cœur de Calcutta, à 1600 km de chez lui. Dans son malheur, il a tout de même de la chance, il échappe de justesse aux voleurs d’enfants et se retrouve emmené dans un orphelinat où la maltraitance est constante mais là, trop jeune que pour y rester, il est repéré par une organisation s’occupant d’adoptions. C’est ainsi qu’un an après sa disparition, Saroo prend un avion direction la Tasmanie où l’attendent Sue et John Brierley, sa nouvelle famille.

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Il est impossible de rester de marbre face au jeune acteur totalement novice Sunny Pawar. Il n’avait jamais vu une caméra, jamais regardé la télé, jamais pris l’avion. Ce film était pour lui une première pour beaucoup de chose. Pourtant, il se dégage de cet être chétif une présence telle qu’elle ferait rager bon nombres d’acteurs professionnels. Il est capable de vous arracher le cœur de son simple regard, pour ensuite vous le restituer, plus fort, plus humain. La vie de ce petit bout d’homme défile sous nos yeux, terrible et difficile, nous rappelant sans cesse à quel point nous, les occidentaux, évoluons dans un monde privilégié. Le jeune acteur est bouleversant d’authenticité, sa prestation est un sans faute. Si bien que, longtemps après le générique, on vibre encore avec lui, on l’entend encore appeler son grand frère dans cette gare immense, désespérément vide… Guddu…

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Une ellipse de vingt ans et voici que nous sommes face à un Saroo devenu homme. Il vient tout juste de quitter la Tasmanie pour Melbourne où il suit des études de gestion hôtelière. Il mène une vie tout à fait normale, il rencontre Lucy, il tombe amoureux. Le jeune homme semble s’épanouir mais les visions affluent; celles d’un frère indien, celles d’une autre mère, celles d’un train qui ne s’arrête jamais. Saroo n’a plus qu’une idée en tête, partir en quête de ses origines, retrouver ce frère, cette mère, cette sœur qui le cherchent depuis vingt ans. Et c’est grâce à Google Earth que Saroo finira pas retrouver son village natal, aux allures de bidonville miniature : Ganesh Talai.

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Pour incarner cet homme en quête d’identité, Dev Patel s’est imposé dès la genèse du projet. Avec la prestation bluffante de Sunny Pawar, la barre a été placée très haut et Dev Patel se révèle à la hauteur de ce rôle puissant. On observe Dev reprendre le flambeau, nous livrer une autre version de ce même personnage. Sa propre version, qu’il a travaillée pendant plus de six mois, en amont du tournage, refusant tout autre projet. Et le résultat est là… Il est bien loin l’adorable et survolté Sonny d’Indian Palace! Aux oubliettes le mémorable Jamal de Slumdog Millionnaire! C’est un grand acteur qui se dévoile sans compromis sous nos yeux. Un très grand acteur même, qui souffre sans doute un peu trop de l’étiquette d’acteur « typé » que l’industrie du cinéma lui a collé à ses débuts. Dommage… Le talent est bien au rendez-vous, inné. Son regard transperce l’écran et touche le spectateur en plein cœur. Il est en phase avec ce personnage extraordinaire, cette force de la nature. La prestation est remarquable. La barrière de l’écran semble tomber et l’on ressent véritablement cet être extraordinaire qu’est Saroo, comme s’il était là à côté de nous.

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Pour le reste du casting, c’est un sans faute. Tous les acteurs semblent au diapason. Nicole Kidman pourtant si figée d’ordinaire est vibrante d’authenticité et fait passer énormément au travers de cette mère qui a choisi de ne pas avoir d’enfant pour adopter et donner une chance à un enfant esseulé d’entrer dans sa vie. Rooney Mara, même si on la voit peu, rayonne et dans chaque scène où elle apparaît fait sentir à quel point Lucy est importante pour Saroo. Et du côté indien, que dire d’Abishekh Bharate ? Dans le rôle de Guddu, son premier rôle, il excelle. Il incarne à la perfection ce grand frère protecteur et dégage une telle lumière ! Et Priyanka Bose est, elle aussi, inoubliable dans le rôle de cette mère indienne illettrée qui ramasse des pierres pour gagner sa vie.

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Sans pathos et avec authenticité, le film nous arrache des larmes de tristesse et de joie. On ne peut ressortir de la salle que bouleversé par cette grande histoire, sorte d’épopée moderne où un homme part en quête de ses origines avec l’aide de Google Earth. Une histoire presque insensée qu’on croirait fictive et tout droit sortie de la tête d’un scénariste biberonné aux bons sentiments hollywoodiens. Et pourtant, une histoire vraie qui donne l’espoir. On ressort de la salle, touché en plein cœur par cette histoire, bouleversé aussi. Pour un premier film Garth Davis nous offre un véritable bijou. La réalisation est puissante, la direction d’acteur juste et précise, les lumières octroient à l’image une réelle beauté. Et, autre élément majeur de ce film, sa bande originale. C’est Dustin O’Halloran qui s’y est collé, aidé de Volker Bertelmann. Leur musique est simple mais intensément touchante. Épurée, elle donne une toute autre dimension à cette histoire sans artifices.

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Lion est un film d’une rare intensité. Tout est mesuré, l’émotion est là, sans tomber dans l’excès. Porté par Sunny Pawar et Dev Patel, le récit nous emporte dans un flot continu d’espoir. On partage en quelque sorte la quête de ce personnage hors norme ; on tremble avec lui, on pleure avec lui, on espère avec lui, on vit cette odyssée de l’intérieur. Et il se passe réellement quelque chose; on  en ressort chamboulé, bousculé. Car si cette histoire commence par un drame et se termine dans la liesse, ce n’est certainement pas le cas des 80 000 autres enfants qui disparaissent chaque année en Inde.

L’histoire de Saroo Brierley est réelle mais exceptionnelle. Il existe des tas d’autres enfants comme Saroo qui errent dans les rues, seuls et pour qui un happy end n’est pas à prévoir. C’est pourquoi le film s’est engagé auprès de trois associations présentes en Inde pour porter assistance à ces enfants perdus : Magic Bus, Childline India et Railway Children India. Ainsi, le film, au-delà d’ouvrir les yeux sur cette réalité qui interpelle, profite de son succès pour mettre en lumière ces quelques associations et permettre à tous ceux qui le souhaitent de faire un don. Une belle initiative cachée derrière un grand film !

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Titre : Lion

D’après le livre de Saroo Brierley A Long Way Home

Réalisateur : Garth Davis

Acteurs : Dev Patel, Nicole Kidman, Sunny Pawar, Rooney Mara, Priyanka Bose,  Abishekh Bharate

Genre : Drame, Biopic

Pays : États-Unis, Australie, Angleterre

Durée : 1h58

Date de sortie : le 22 février 2017

 

 

 

 

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