Timgad: à nous la victoire !

Cette semaine, sur nos belges écrans, Timgad sort, ballon au pied pour porter les rêves d’un petit village algérien, la Pompéi de l’Afrique du Nord. Pourtant, ce film dépasse la portée de la petite lucarne du sport pour aller voir ailleurs. Et il le fait bien.
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Depuis près d’une décennie, le football est devenu un sujet très populaire au cinéma. Les adaptations sur grand écran font légion. Goal; Pelé, la naissance d’une légende; Les seigneurs; Je suis supporter du Standard; Les rayures du zèbres; etc. Il y en a pour tous les goûts: comédie, biopic, drame social… Pourtant, comme la passion autour de ce ballon rond, le sujet n’est pas neuf. Et les aficionados du ballon rond se souviendront sûrement d’À nous la victoire de John Huston sorti en 1981 avec sa pléiade de star, tels Paul Van Himst (la légende d’Anderlecht), Pelé, Michael Caine ou Sylvester Stallone.
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Pourtant, aujourd’hui, Fabrice Benchaouche nous prouve qu’il est encore possible de faire un film sur le sujet sans utiliser une myriade de stars et sans créer une énième copie de blockbuster. Timgad nous conte ainsi l’histoire d’un jeune archéologue, Jamel (Mounir Margoum) qui revient sur les terres de ses origines, sans connaitre sa langue natale, et celle de Mokhtar (Sid Hamed Agoumi), le professeur du village et passionné de football. Les histoires de ces deux êtres vont s’entrecroiser grâce au ballon et à leur amour de l’humanité. Petit à petit, « l’étranger » local devient le leader du village pour mener les siens à la victoire face à Batna, le village voisin qui considère les habitants de Timgad comme des rebuts de l’espèce humaine.
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Timgad est ce que l’on appelle une balade revigorante ! Comme n’importe quel film, cette aventure est bien sûr perfectible et tout le monde trouvera quelque chose à redire sur cette oeuvre. Les points positifs des uns seront les arguments que d’autres utiliseront pour mettre cette production au ban du cinéma. La recherche d’authenticité que nous propose Fabrice Benchaouche peut parfois paraître gauche et être un véritable répulsif pour certains spectateurs. Tout comme cette image parfois tremblante, du au choix de prise de vue en caméra à l’épaule. Le mélange des langues, du début à la fin du film, met, par contre, en lumière les brassages culturels qui résultèrent de la colonisation française dans les pays maghrébins. Le récit s’inspire et s’inscrit clairement dans les vestiges d’une civilisation qui porte les stigmates de la révolution de 1960.
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Mais ce qui est magistral dans la réalisation de Fabrice Benchaouche, c’est sa façon de faire un film sur le football s’en que c’en soit un. Comme l’énonçait Héraclite « Dans le fleuve ou je me baigne, je ne me baigne pas. Ce que je suis, je ne le suis pas« . Le football est omniprésent dans cette oeuvre. Pourtant, parfois, on arrive à l’oublier et on se laisse émouvoir par les vies que dépeignent les rôles des acteurs. Inversement, ce long-métrage réussit à nous expliquer l’histoire de l’Algérie avec des termes footballistiques. Histoire d’amener les spectateurs fanatiques du ballon rond dans une autre dimension au fil des faits énoncés et de cette péripétie cinématographique.
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Par exemple, la scène où Mokhtar explique la fondation de l’Algérie, par Emir Abdel Kader, à ces élèves, est tout simplement extraordinaire. Les relations humaines présentées à l’écran par Fabrice Benchaouche se veulent progressistes, à l’image de l’Algérie qui reste l’un des premiers pays à avoir subi, de plein fouet, les dérives d’une minorité acculturée et ayant dénaturé les messages coraniques aux profits d’actes terroristes. Le personnage de l’imam (Lamri Kaouane) dans ce film nous montre une réalité trop souvent omise par les médias modernes. Les vrais musulmans ne sont pas des oppresseurs sexistes et/ou des hordes de terroristes! Et la scène où cet Imam prend la défense d’une jeune fille passionnée de football qui veut juste représenter son village en jouant, malgré les règles sexistes de la fédération, est un réel message, subtilement diffusé dans ce film.
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Le véritable point négatif que je trouve à cette oeuvre est sa culture du paradoxe. Ainsi, un fait peut ainsi être un sérieux argument d’opposition, avant de se transformer au cours du film en un critère d’adhésion. A contrario, les puristes, qui aiment des projets ethnologiques, ceux qui prônent l’authenticité, peuvent finir par s’insurger contre cette réalisation. De même, s’il fait gagner du réalisme à l’oeuvre, le parlé d’Afrique du Nord reste quelque chose de très compliqué à comprendre! Du coup, le melting pot entre un lexique arabe et des mots de la langue de Molière reste une fusion linguistique extrêmement complexe à analyser.
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Pas de quoi s’y méprendre, pourtant : que vous soyez passionné de foot, allergique à la géo-politique ou apprenti anthropologue, laissez-vous tenter par ce film qui se veut engagé sans pour autant transpiré le militantisme. Et ça, ce n’est pas si courant.
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timgad-film-equipe-foot-algerie-afficheTitre : Timgad
Réalisateur : Fabrice Benchaouche
Acteurs : Sid Hamed Agoumi, Mounir Margoum, Myriem Akheddiou, Lofti Yahya Jedidi, Mourade Zeguendi, Samir El Hakim, Lamri Kaouane, Axel Bakouri…
Pays : France, Algérie, Belgique
Durée : 1h41
Date de sortie : le 22/02/2017 (Belgique)

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