D’enfant de chœur à instigateur d’un sanglant ciel de colère, la jeunesse de « Sosso » Staline à toutes fins terriblement utiles

Est-ce par obsession de comprendre le mal ou parce que les tyrans sont de bons patients pour les documentaires ou les fictions ? Toujours est-il que les dictateurs, despotes et autres inhumains passés à la postérité d’une Histoire qu’on souhaiterait oublier, n’en auront sans doute jamais fini de nourrir l’imagination et les recherches. Au rayon des tristes sires qui, chaque année, reviennent dans les rayons littéraires ou audiovisuels, il y a Hitler, bien sûr. Mais Staline n’est pas bien loin. Alors que Fanny Ardant vient de lui consacrer un film et de mettre Gérard Depardieu dans sa peau (ou peut-être est-ce l’inverse ?), Arnaud Delalande, Hubert Prolongeau et Éric Liberge consacrent une BD à la jeunesse du « Père des Peuples ».

Croquis préparatoires ©Éric Liberge
Croquis préparatoires ©Éric Liberge

Résumé de l’éditeur : Moscou, 1931. Au coeur du Kremlin, Staline, tout à sa paranoïa démente, se décide sur un coup de tête à raconter les premières années de sa vie. Il entame une terrible confession, qu’il dicte à un pauvre secrétaire du Parti, terrifié. De son enfance perturbée à Gori au séminaire de Tiflis, des hold-ups, coups de force sanglants et premières grèves à Bakou jusqu‘aux prisons de Sibérie, nous assistons à la naissance d‘un monstre, que ses parents et amis appelaient alors affectueusement : «Sosso».

©Arnaud Delalande/Hubert Prolongeau/Éric Liberge
©Arnaud Delalande/Hubert Prolongeau/Éric Liberge

C’est dingue comme le (mauvais) sort est coquin. Alors qu’Hitler aurait pu devenir peintre s’il avait été accepté à l’Académie des Beaux-Arts, c’est aussi un tout autre destin qui aurait pu prendre celui qui s’appelait encore Sosho Djougachvili: celui de prêtre. La religion comme première révélation et, pour longtemps, une lueur d’espoir dans sa jeune vie de Géorgien obligé de renier sa culture et ses origines sous peine de gros problèmes. Pourtant, Sosso a une chance, celle d’avoir échappé au futur de cordonnier que lui promettait son ivrogne de père et d’entrer à l’école pour y faire de belles études… à moins que ce ne soit qu’une autre prison. Tour à tour enfant de choeur, gredin, rebelle, lecteur illégal de Zola, Hugo ou Weber, puis motivateur de troupes parmi les cheminots; Staline va partir de rien pour gravir les marches de la violence et devenir un leader, dont le ton est semblable à celui des… prêtres, pour exciter « les vrais soldats du socialisme ».

Croquis préparatoires ©Éric Liberge
Croquis préparatoires ©Éric Liberge

La jeunesse de Staline, c’est avant tout un choc graphique emmené tambour battant par des premières planches sensationnelles de violence et de flammes. Une entrée en matière de main de maître par Éric Liberge qui retrouve, pour le coup, Arnaud Delalande (avec qui il avait sorti l’année passée la biographie d’Alan Turing). Le duo s’est aussi consolidé par l’arrivée du journaliste et essayiste Hubert Prolongeau. Un renfort qui n’est pas de trop tant il convient de démêler le vrai du faux pour approcher le « petit père » et obtenir ses confidences à la première personne. Le trio y arrive plutôt bien. C’est clair, précis, d’autant plus que l’atmosphère de cette époque (qui précède la montée, assassine, du moustachu géorgien bientôt appelé aux rênes du pouvoir soviétique) nous tombe dessus. Un grappin dont il est difficile de se défaire, perclus d’araignées noires qui viennent hanter la sombre trajectoire de celui qui prendra bientôt le nom (donc l’écho est encore bien sinistre à l’heure actuelle) : Staline.

©Arnaud Delalande/Hubert Prolongeau/Éric Liberge
©Arnaud Delalande/Hubert Prolongeau/Éric Liberge

Cela dit, toute documentation est bonne à prendre mais sans la consécration graphique, sans doute est-elle vaine ? Combien de biopics qui ne percutent pas à cause d’un dessin trop poli ? Ici, c’est tout l’inverse. S’appuyant sur un scénarioefficace , Éric Liberge a trouvé une expression spectaculaire, épique qui malmène ses « héros » et le lecteur avec. C’est fort, audacieux, terriblement addictif même si quand vient le mot « à suivre », on craint bel et bien de ne pas être au bout des peines que Joseph va nous faire endurer.

Croquis préparatoires ©Éric Liberge
Croquis préparatoires ©Éric Liberge

la-jeunesse-de-staline-t-1-sosso-delalande-prolongeau-liberge-couvertureSérie :  La jeunesse de Staline

Tome : 1 – Sosso

Scénario : Arnaud Delalande et Hubert Prolongeau

Dessin et couleurs : Éric Liberge

Genre : Historique, Biopic, Politique

Éditeur : Les Arènes

Nbre de pages : 72

Prix : 17 €

Date de sortie : le 18/01/2017

Extraits et bonus : 

 

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