LA LA LAND: critique de ce pays enchanteur, somptueux hommage amoureux et contemporain aux véritables racines du Cinéma, avec un grand C

Et si on tenait déjà LE film de l’année, et même, pourquoi pas, LE film de la décennie ? Car « La La Land » n’est pas qu’une bluette racontée en musique…  Non, ce film touche à l’essence-même de l’existence du septième art: divertir, faire rêver, et raconter une histoire universelle. Critique, humble, de ce film phénomène qui m’a touché au plus haut point…

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Damien Chazelle a 25 ans, en 2009, quand il réalise son premier film, « Guy and Madeline on a Park Bench, sorte de « La La Land » en guise de travail de fin d’étude, où romance et comédie musicale se mélangeaient en hommage au vieil Hollywood, alors que la musique du film était déjà signée par son ami Justin Hurtwitz, rencontré à l’Université d’Harvard.

Fort de leur collaboration, ce premier film donne à Chazelle l’envie de réaliser LA comédie musicale à la hauteur de ses espérances, sauf qu’il avait besoin d’argent pour cela… Or, aucun studio ne voulait financer cette idée de comédie musicale originale réalisée et mise en musique par deux inconnus (ce qui était compréhensible). Venait alors un projet moins cher, mais tout aussi ambitieux: « Whiplash ». Après être passé par la case court-métrage, il tourne le film en version longue, en 2013. Le résultat, vous le connaissez: « Whiplash » (qui racontait l’histoire d’un jeune batteur sous l’influence d’un prof psychopathe, on peut le dire) a raflé une multitude de nominations (dont celle de l’Oscar du meilleur film) et récompenses (dont l’Oscar du meilleur acteur dans un second rôle, meilleur mixage de son, meilleur montage). Sa carrière fut donc lancée avec la certitude qu’il était un « jeune cinéaste surdoué à suivre ».

C’est ainsi qu’est née l’aventure « La La Land », sorti sur les écrans cette semaine, notamment déjà récompensé de 7 Golden Globes (sur 7 nominations), et nommé pour 14 Oscars dans 13 catégories, soit le même record que « Titanic » (1997), et « Eve » (1950). Il faut donc croire que Chazelle a eu raison de croire en son rêve. Quoi qu’il en soit, tous ces aléas empêchant ce chef d’oeuvre de se faire lui auront permis de peaufiner son travail, avant de le tourner.

Mais Chazelle, c’est plus qu’un metteur en scène, et un amoureux de jazz: c’est un immense scénariste. Et cette histoire passionnée va bien plus loin qu’une histoire d’amour en musique entre deux doux rêveurs nés trop tard, dans le Hollywood de nos jours.

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Mia (Emma Stone) souhaite devenir une actrice reconnue, et enchaîne les castings frustrants, tandis que Sébastien (Ryan Gosling) souhaite ouvrir son club de Jazz, à l’heure où cette musique, telle qu’il la voit, est révolue. S’en suivra évidemment une love-story irrésistible, mais surtout une histoire où il est question de la réalisation de ses rêves, et des compromis qui s’imposent pour y arriver.  Et c’est là que « La La Land » crée la surprise, avec une intelligence d’écriture: la vie, c’est tout sauf rose. La réussite, ça a un prix, et dieu sait que Damien Chazelle l’a compris, et en a certainement déjà payé le prix. On ressort alors de son film avec une profonde mélancolie, voire de la tristesse, mais totalement émerveillé par le spectacle visuel et musical auquel on vient s’assister.

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Virtuose, créative, inspirée, étincelante… On pourrait utiliser de tous les poncifs pour exprimer la mise en scène du réalisateur pour mettre en images cette histoire, à priori classique. On le sent passionné par les comédies musicales des années 30 à 50, telles que « Les Parapluies de Cherbourg », Les Demoiselles de Rochefort », « Lola », mais aussi très amoureux des talents de Gene Kelly ou Fred Astaire. « La La Land » affiche ainsi de nombreux hommages à ses grands classiques du septième art, mais avec une touche de modernité supplémentaire, et nécessaire pour donner à ce film la possibilité d’aller encore plus haut que ses modèles, et ainsi toucher les étoiles. Pari gagné.

Et que dire, si ce n’est que son film est un pur régal visuel, et auditif ! À l’image de la scène d’ouverture, où un embouteillage monstre se transforme en une mélodie du bonheur au son du magnifique et entraînant « Another Day Of Sun », durant laquelle la caméra de Chazelle fait des merveilles avec un plan-séquence hallucinant de plus de quatre minutes, chorégraphié à la perfection, et chanté. S’en suivra une multitude de moments de cinéma époustouflants, où l’inventivité du réalisateur et ses ressources amèneront à des prouesses de toute beauté, et dans tous les sens du terme.

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Mia qui danse et chante (« Someone in the Crowd ») en rue avec ses copines avant de finir dans une fête branchée se terminant en apothéose, suivie par des pas de claquettes de Mia et Sébastien devant un coucher de soleil à couper souffle (alors que les personnages se disent « qu’ils ont déjà vu mieux comme vue »). Déjà une scène dont on parlera longtemps !

Sans oublier un détour romanesque et incontournable au Griffith Observatory (observatoire astronomique à Los Angeles), ou encore un casting où Mia raconte une histoire, au choix, mais en chanson (« Audition, the Fools Who Dream », nommée à l’Oscar de la meilleure chanson, tiens donc)… Tous ces moments font partie d’un tout qui le rend unique en son genre, et extrêmement travaillé, fouillé, alors que tout apparaît avec simplicité et fluidité inédite à l’écran.

Et puis, bon, que serait ce film musical novateur, mais avec du vieux, s’il n’était pas emmené par un grand compositeur ? Or, non (ou pas encore). Chazelle avait déjà fait son choix depuis longtemps: c’est son ami Justin Herwitz qui réalisera aussi la bande-originale de « La La Land », comme il l’avait déjà fait pour ses deux précédents films. Et une nouvelle fois, on ne peut que se prosterner devant la qualité de toute la bande-originale, utilisée à bon escient, et d’ores et déjà assurée de remporter l’Oscar de la meilleure musique de film, tout comme « City of Stars » (chantée par Emma Stone et Ryan Gosling), futur Oscar de la meilleure chanson.

Festive (« Another Day Of Sun », « Someone in the Crowd »), envoûtante (« Planetarium »), renversante (« Audition, the Fools Who Dream), voilà du travail de Maître, qui donne l’envie de danser, chanter, pleurer, crier, de vivre… Je ne vous mentirais d’ailleurs pas si je vous disais que l’un de mes plus grands rêves à moi serait qu’un jour, le film fasse la tournée des grandes salles de concert, joué en direct par un orchestre philharmonique… Pourquoi pas ?

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Tous les ingrédients utilisés par le réalisateur et son compositeur mettent en lumière le parcours du combattant de ces deux artistes qui ne sont pas épargnés par un monde en plein changement, où le show-biz est avant tout une question d’argent plutôt que de talent. Il leur faudra alors surmonter des épreuves de tout genre, s’éloigner de leur rêve afin de pouvoir se procurer les moyens de s’en approcher par la suite, sauter dans le vide pendant que sa moitié n’est pas là le soutient, etc.

Et question amour, Chazelle avait également des choses à dire, surtout au vu du final, tout comme Ryan Gosling et Emma Stone.

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Alors qu’ils avaient déjà partagé l’affiche dans « Crazy, Stupid, Love. » (2011) et « Gangster Squad » (2013), les deux acteurs se retrouvent une nouvelle fois, et pour notre plus grand plaisir. On savait que l’alchimie entre eux était adéquate, mais elle brise ici les frontières de l’évidence. Elle, elle est carrément lumineuse et jolie en Mia, elle pousse la chansonnette formidable bien, prenant beaucoup de risques. Tandis que lui s’est mis au piano pendant des jours, des semaines, des mois, pour en arriver à pouvoir jouer le « Mia & Sebastien Theme », au début et à la fin du film… Ensemble, il forme un duo et couple pour lequel l’empathie est au rendez-vous, et pour lequel on espère le plus grand bonheur, la réalisation de leurs rêves, et une famille…

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Et puis, vient le temps des dernières minutes de cette pépite, dans laquelle Chazelle nous a pourtant bien gâtés… Mais ce qui s’apprête à défiler sur l’écran s’appelle un moment de grâce, comme on en voit si peu au cinéma. Ce moment qui crée en nous des émotions de tout genre, que ça soit la joie, l’émerveillement, la tristesse… À travers un épilogue d’une grande beauté et long (tout en étant trop court!) de sept minutes, le réalisateur prouve qu’il tenait et maîtrisait parfaitement son projet jusqu’à la dernière seconde, et jusqu’au bout des doigts.

Au final, « La La Land » raconte, à sa manière, la vie. Car après tout, qui n’as pas rêvé un jour de réaliser son rêve, ou qui n’essaie pas encore de l’atteindre, tout en assumant les revers que cela engendre ? La question de savoir si ce film est un chef d’oeuvre ne se pose pas, tant ce film ne court pas après cela. « La La Land » est tout simplement un des plus grands films de ces dernières années, qui donne envie de le revoir une fois le générique de fin terminé, et qui fait du bien au moral en ces drôles de temps.

Le cinéma n’est pas mort, et « La La Land » nous redonne l’espoir de croire en lui.

Alors, du fond du cœur, Damien Chazelle, merci.

Date de sortie: 25 janvier 2017
Réalisateur(s): Damien Chazelle
Durée: 2h08
Acteur(s): Ryan Gosling, Emma Stone, John Legend
Scénariste(s): Damien Chazelle
Genre(s): Comédie musicale, romance
Résumé: 
Au cœur de Los Angeles, une actrice en devenir prénommée Mia sert des cafés entre deux auditions. De son côté, Sebastian, passionné de jazz, joue du piano dans des clubs miteux pour assurer sa subsistance. Tous deux sont bien loin de la vie rêvée à laquelle ils aspirent… Le destin va réunir ces doux rêveurs, mais leur coup de foudre résistera-t-il aux tentations, aux déceptions, et à la vie trépidante d’Hollywood ?

 

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