Des fantômes à Tchernobyl, une inquiétante disparition chez les raggare suédois et une folle histoire d’amour à Saïgon: la BD voyage

De saisons en saisons, le monde du Neuvième Art s’efforce d’atteindre les horizons qu’ils soient plus ou moins lointains. En l’occurrence, les trois albums que nous vous présentons ici n’ont pas compté les kilomètres pour arriver à leur fin. Tous dans des registres différents: polar, récit autobiographique ou lorgnant vers le fantastique. Alors, vous partez en voyage avec nous?

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© Maxime Peroz
© Maxime Peroz

Les chiens de Pripyat: irradiés mais pas complètement morts

© Alliel
© Alliel

Résumé de l’éditeur: À Tchernobyl, des coeurs battent encore… 26 avril 1986 : une série d’explosions ravage la centrale nucléaire de Tchernobyl, contaminant tout dans un rayon de plus de 200 km. Après l’évacuation des plus proches villages, des groupes de chasseurs sont formés avec pour mission d’abattre les animaux touchés par les radiations et qui vivent en liberté dans des villages fantômes. Pour trente roubles par animal tué, une brigade accepte de pénétrer dans la zone. Là, ils croiseront le destin de personnages extraordinaires. Des âmes perdues, abandonnées dans la lande irradiée.

© Alliel chez Grand Angle
© Alliel chez Grand Angle

Avec les chiens de Pripyat, Aurélien Ducoudray s’empare d’un sujet radioactif et brûlant, emmenant avec lui, le dessinateur Christophe Alliel. Tchernobyl, ce-lieu-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom à moins d’avoir un surplus de confiance en la science et en l’homme, en sa capacité de pouvoir faire autre chose que s’autodétruire. Symbole des caprices effroyables d’un nucléaire incontrôlable, l’ancienne centrale soviétique n’a cessé, depuis vingt ans, d’alimenter des craintes, des envies de compréhension mais aussi des fantasmes. Avec par-dessus tout l’envie de comprendre ce qu’il s’était passé et surtout de prévenir tout risque que ça se reproduise (bon, il y a eu Fukushima entre-temps).

Recherches de personnages © Alliel
Recherches de personnages © Alliel

Les deux pieds dans le réel, c’est ainsi que le duo d’auteurs s’avance vers la ville fantôme où la nature a repris ses droits. Ils ne sont pas seuls: sous l’égide du saint patron à tête de chien des voyageurs, Saint Christophe (qui donne son nom à ce premier tome du diptyque et lui confère symbolisme), et dans les rangs d’une bande de mercenaires chargés d’éliminer les animaux errant dans la zone interdite, les chiens en premier.

© Ducoudray/Alliel/Paillat chez Grand Angle
© Ducoudray/Alliel/Paillat chez Grand Angle

Dans le fatras environnant et l’atmosphère mystérieuse et inquiétante qui règne dans les villes où se sont passées des choses peu heureuses et qui sautent aux yeux à chaque planche, on a l’impression de se retrouver dans la série Seuls. Rien autour, une ville désertée, où la vie semble avoir disparu inopinément, en un claquement de doigts. Quelques vinyles, des cartes postales qui n’attendent plus le facteur depuis longtemps et le crochet d’un téléphone qui pendouille dans une classe dérangée rappellent que, en un temps pas si éloignés, il y avait sans doute de la vie.

© Ducoudray/Alliel chez Grand Angle
© Ducoudray/Alliel chez Grand Angle

Ne restent juste que quelques hommes, ni bons ni mauvais, cherchant à gagner tant bien que mal leur croûte. Une vieille dame, aussi, restée là en concierge de ce domaine sans locataire. Ou presque, car subsistent quelques drôles de cosmonautes attirant l’histoire vers le fantastique. En attendant d’en avoir le fin mot, le dessin de Christophe Alliel et les couleurs de Magali Paillat font merveille, terriblement documentés, efficaces et variés, animés par une galerie de damnés bien incarnés. Une histoire originale, bien faite et sans… nuage.

les-chiens-de-pripyat-t-1-ducoudray-alliel-couvertureTitre: Les chiens de Pripyat

Tome: 1/2 – Saint Christophe

Scénario: Aurélien Ducoudray

Dessin: Christophe Alliel (Facebook)

Couleurs: Magali Paillat

Genre: Thriller, Fantastique

Éditeur: Bamboo

Collection: Grand Angle

Nbre de pages: 54

Prix: 13,90€

Date de sortie: le 18/01/2017

Extraits et bonus:

Motorcity: un goût d’Amérique au coeur de la Suède

© Runberg/Berthet chez Dargaud
© Runberg/Berthet chez Dargaud

Résumé de l’éditeur: Fraîchement diplômée de l’école de police de Stockholm, Lisa Forsberg revient dans son village natal, où elle intègre le commissariat local. Mais, adolescente turbulente, elle n’a pas gardé que des amis ici et, dès sa première enquête sur une disparition, elle est confrontée à toutes les rancoeurs et les vieilles connaissances de sa jeunesse. L’enquête navigue dans l’univers du « raggare », une culture fan de rock’n’roll, de bastons, de tatouages et de vieilles voitures américaines. C’est dans ce milieu, qu’elle semble bien connaître, que Lisa va devoir découvrir où se trouve Anton Wiger, lui qui n’aurait raté le rassemblement annuel du Motorcity pour rien au monde.

© Runberg/Berthet
© Runberg/Berthet

Changement total d’ambiance, on laisse la torpeur radioactive pour se rendre en Suède, le temps de changer de bouquin. Après avoir joué les fins limiers du suspense avec Zidrou (Chronique à lire ici et interview ici), Berthet, qui a roulé sa bosse et son trait dans pas mal de contrées, a trouvé en Sylvain Runberg (que nous interviewons, il y a peu), le meilleur guide qui soit pour découvrir la Suède. Un scénariste affûté qui a trouvé un thème en or pour le concepteur de la collection Série Noire: une culture alternative calquée sur le rock et la passion des belles voitures qui rutilent sur la Route 66. Un milieu de gros bras tatoués comme il faut, de pin-up, de mécaniques bien huilées et de cheveux gominés, qui possède aussi ses secrets. Et quand, à l’approche de l’événement Motorcity que tous les raggare attendent avec impatience, une étrange disparition est signalée, la tâche de la police ne risque pas d’être facilitée.

© Runberg/Berthet chez Dargaud
© Runberg/Berthet chez Dargaud

Dans le sillon de leur héroïne tatouée et forte en caractère (celle qui crève l’écran ou est-ce la couverture?), Sylvain Runberg, Philippe Berthet et Dominique David nous emmène sous le soleil de la Suède, à l’heure où les blés dorés sont récoltés. Un véritable petit paradis sacrément bien rendu par le trait toujours aussi élégant et vintage (l’histoire se déroule de nos jours mais est suspendue dans le temps) de Berthet mais aussi par les couleurs de Dominique. Et si l’herbe, comme les feuilles de cannabis, est bien verte aux roues des caisses d’enfer des raggare, le sang aura tôt fait de la ternir. Et tout va déraper. Deux planches glauques à en faire détourner le regard du lecteur à l’appui!

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© Runberg/Berthet chez Dargaud

Maniant soigneusement son intrigue dans les virages, Sylvain s’appuie sur le style Berthet pour en faire sa locomotive vers l’enfer sur terre et… sous terre (vous comprendrez). Et si le fin mot arrive au bout d’une quarantaine de planches, il est plus épais qu’il n’y parait mais tout aussi crédible et glaçant. Glaçant à laisser raide mort certains de nos héros. Les auteurs n’ont pas peur des sacrifices et ça leur réussit formidablement!

© Runberg/Berthet
© Runberg/Berthet

motorcity-runberg-berthet-david-couvertureTitre: Motorcity

Récit complet

Scénario: Sylvain Runberg

Dessin: Philippe Berthet

Couleurs: Dominique David

Genre: Polar, Thriller

Éditeur: Dargaud

Collection: Ligne noire

Nbre de pages: 54

Prix: 14,99€

Date de sortie: le 20/01/2017

Extraits et bonus:

Big bang à Saïgon: l’amour explosif d’un ciel à l’autre

© Barthe/Peroz chez La Boîte à Bulles
© Barthe/Peroz chez La Boîte à Bulles

Résumé de l’éditeur: Lassé de ne pas trouver d’emploi à la sortie des Beaux Arts, Maxime décide de prendre le large et de découvrir le monde. Et comme il faut bien commencer quelque part, Maxime choisit le Vietnam, car il a dans l’idée de retrouver la trace du mystérieux demi-oncle que son grand-père, ancien militaire, aurait laissé là-bas après la guerre d’Indochine. Ce n’est pourtant pas lui qu’il va rencontrer à Saigon, mais l’amour fou, en la personne d’Akiko, une jeune Japonaise souriante qui va bouleverser son programme et sa vie.

© Barthe/Peroz chez La Boîte à Bulles
© Barthe/Peroz chez La Boîte à Bulles

C’est sur une note torride que nous concluons ce triplé chroniqué. Une rencontre torride mais aussi amoureuse, aussi éphémère soit-elle. Big Bang Saïgon, c’est une histoire vraie, celle vécue par Maxime Péroz il y a une quinzaine d’années et qui retrouve la voie de l’écrit et la voix des dessins en collaboration avec Hugues Barthe au scénario. Big bang Saïgon, c’est l’histoire d’un jeune homme au milieu de la vingtaine qui, sous l’impulsion d’un passé familial globe-trotteur, mû par une forte envie de ne pas se retrouve « Tanguy » et sans que rien ne le retienne (et certainement par une chance professionnelle qui ne sourit pas), va s’envoler pour le pays dans lequel le Mékong se transforme en neuf dragons. L’alibi? Retrouver son demi-oncle. La vraie raison? Maxime ne le sait pas encore. Ainsi s’écoule les semaines et voilà déjà l’heure penser tout doucement à refaire ses bagages. Oh, Maxime reviendra à Saïgon, il se le dit et il devra bientôt se le… promettre. Car Akiko, jolie petite Japonaise va faire une entrée fracassante dans le petit monde de Maxime.

© Peroz
© Peroz

Et c’est une histoire d’amour immédiate qui naît, charnelle et sensuelle dès les premières mesures, dès la première nuit, encore plus vu l’urgence qui étreinte nos deux amoureux. D’ici quelques jours, Maxime repartira et ce ne sera plus pareil; en attendant, ce couple naissant se serre un peu plus fort. Voilà le début d’une relation amoureuse et sexuelle (Maxime Péroz fait oeuvre de dépouillement sans complexe et sans pudeur) développée sur deux plans. La proximité, d’abord, celle qui invite à s’étreindre. La distance, ensuite, organisatrice de rituels pour s’aimer différemment. Des mots à tâtons puis plus osés sur le clavier, le corps à corps impossible réalisé, l’arrivée de la webcam qui trahit la force de l’imagination et des sensations.

© Barthe/Peroz chez La Boîte à Bulles
© Barthe/Peroz chez La Boîte à Bulles

Big bang Saïgon c’est un ouvrage qui nous fait passer par bien des sentiments (la découverte de ce pays inconnu, l’humour, la passion, la tristesse aussi) aussi bien qu’il mêle admirablement le dessin de carnet de voyage à des personnages moins réalistes. De quoi les faire détonner et leur donner une vie au-delà des planches et des paysages visités. Un tourbillon de quelques mois d’un amour sans faille (ou si peu) qui ne passera pourtant pas à la postérité, mais dont le souvenir doit être gardé comme un trésor. Vivifiant.

© Barthe/Peroz chez La Boîte à Bulles
© Barthe/Peroz chez La Boîte à Bulles

big-bang-saigon-maxime-peroz-hugues-barthe-couvertureTitre: Big bang Saïgon

Récit complet

Scénario: Maxime Péroz et Hugues Barthe

Dessin et couleurs: Maxime Péroz

Genre: Autobiographique, Romantique

Éditeur: La boîte à bulles

Nbre de pages: 160

Prix: 25€

Date de sortie: le 04/01/2017

Extraits et bonus:

 

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