Le Marquis d’Anaon: une intégrale pour redécouvrir les premiers pas mystérieux mais déjà bien assurés de Vehlmann et Bonhomme

Avant de s’appeler le Marquis d’Anaon, ou le marquis des âmes en peine si vous préférez, il s’appelait Jean-Baptiste Poulain. Mais ça, c’était avant que de funestes aventures l’introduisent sur le territoire du danger, de la peur et de la mort. Cinq tomes sont passés et est resté pour le commun des mortels et des bédéphiles, le Marquis d’Anaon. Un sacré tour de force de Fabien Vehlmann et Matthieu Bonhomme qui n’avait pas franchement trouvé son public, à l’époque, mais qui trouve, à l’aube des fêtes de fin d’année, une superbe intégrale.

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Résumé de l’éditeur: On le surnomme « le marquis des âmes en peine ». De son véritable nom Jean-Baptiste Poulain, ce jeune homme à l’âme généreuse et à l’esprit curieux se heurte aux croyances et à tous les on-dit d’un XVIIe siècle épris de mystère et de surnaturel. En ce temps-là, la science, encore balbutiante, est loin d’avoir pris le dessus sur les légendes et les superstitions solidement ancrées dans les esprits…

© Vehlmann/Bonhomme
© Vehlmann/Bonhomme

À l’époque où Vehlmann et Matthieu Bonhomme se rencontrent, tous deux sont « débutants », avec toutes les preuves possibles et imaginables à faire. Franchir le cap du premier album, puis celui du deuxième. On est encore loin des Seuls et Spirou & Fantasio de l’un et des Esteban, Messire Guillaume et du premier Lucky Luke vu par de l’autre. Pourtant, Matthieu a une courte longueur d’avance sur Fabien, alors objecteur de conscience, et fait ses armes dans Spirou dans l’une ou l’autre histoire courte, aux côtés de Zidrou notamment. Fabien connaîtra cette joie, en 1998, avec le début du fabuleux et néanmoins glaçant Green Manor. Des premiers pas qui croisent ceux de Gwenn de Bonneval qui va introduire l’apprenti et déjà brillant scénariste à l’atelier de la place des Vosges où travaille… Matthieu Bonhomme. Et l’histoire peut commencer.

© Bonhomme chez Dargaud
© Bonhomme chez Dargaud

Une histoire qui s’imbrique dans l’Histoire. Nous sommes à la fin du XVIIème siècle… ou peut-être est-ce le début du XVIème? Une incertitude propice à l’entre-deux, un équilibre fragile qui peut balancer à tout moment vers les pratiques et légendes anciennes et fantastiques ou, au contraire, vers la rationalité d’une science encore loin d’avoir pignon sur rue. Et c’est cette tension qui intéresse Jean-Baptiste Poulain, cet ancien étudiant de médecine. Enfin, ça c’est un hobby, quand il a le temps, parce que pour l’heure il est attendu sur l’Île de Brac, au large de la Bretagne. Une contrée reculée où le fossé est large entre les petites gens et le baron du coin. Les deux ne s’entendent ni ne se parlent en raison d’obscures événements. Pourtant Jean-Baptiste doit tout de suite choisir son camp, c’est pour le baron qu’il est là, pour servir de précepteur au fils de celui-ci. Qui a justement… disparu.

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© Vehlmann/Bonhomme/Delf chez Dargaud

Des disparitions de gamins, une étrange vierge noire, un navire hanté, une bête carnacière ou un mystère égyptien, en cinq albums, c’est peu dire que Vehlmann et Bonhomme ont varié les plaisirs et les décors tout en gardant comme fil rouge, via d’astucieux filons scénaristiques, leur personnage central: ce jeune homme à la peau lisse du début qui deviendra ce « marquis désabusé » et mal rasé, tome après tome. Car c’est une des forces de cette série: faire mûrir son héros, le transformer à mesure que les dures épreuves viennent le chahuter, le désespérer. À tel point qu’il ne croira plus ni en l’humain, ni même en lui.

© Vehlmann/Bonhomme/Delf chez Dargaud
© Vehlmann/Bonhomme/Delf chez Dargaud

Et cette volonté des auteurs entrent en collision avec l’évolution du trait de Matthieu Bonhomme, déjà très habile cependant. Dans ces cinq albums, on sent à quel point la vision du dessinateur a pu peser sur la confection de ces histoires. Fabien l’avoue même dans la l’interview qui prolonge cette intégrale: « Je n’étais pas préparé à ce que le dessinateur intervienne autant. (…) Le Marquis est le résultat de ces interactions qui existent entre nous« . Une complémentarité qui crée l’alchimie entre des planches où les textes sont bien présents et d’autres quasi muettes où Matthieu laisse toute l’expression à ses cases et ses dessins. Déjà à ce moment, Bonhomme a un sacré don pour faire baigner le lecteur dans ces atmosphères qui n’augurent rien de bon. Du fracas des flots ou des brumes bretonnes, de la froideur d’une montagne hantée par un monstre sanguinaire à cette Égypte qui encourage à être toujours sur ses gardes, rien ne résiste au talentueux dessinateur.

© Vehlmann/Bonhomme/Delf chez Dargaud
© Vehlmann/Bonhomme/Delf chez Dargaud

Quant à l’histoire, sur ces terrains variés, elle cherche à chaque coup à surprendre et à amener le lecteur en-dehors des chemins balisés par les précédents tomes, frôlant le fantastique et son aura sans jamais s’y engouffrer (et c’est là qu’elle se différencie d’une série à laquelle elle nous faisait penser: Fog, d’un autre débutant, Cyril Bonin). Notons que, sur trois histoires courtes de deux planches (parues lors d’une précédente intégrale), immergé dans la brièveté, le talent de ses deux-là ne se défait pas.

© Vehlmann/Bonhomme/Delf chez Dargaud
© Vehlmann/Bonhomme/Delf chez Dargaud

À l’époque du premier tome, j’avais dix ans, autant dire que je n’avais pas eu le loisir de découvrir cette série, et le plaisir, à la traque de l’origine de ces deux acteurs qui comptent dans le monde actuel du Neuvième art, en est peut-être d’autant plus grand. Le savoir-faire était déjà là… et bien! En plus, l’aventure pourrait jouer les prolongations, le duo ne ferme pas la porte à un sixième tome.

© Vehlmann/Bonhomme
© Vehlmann/Bonhomme

le-marquis-danaon-integrale-vehlmann-bonhomme-couvertureTitre: Le Marquis d’Anaon

Intégrale

Scénario: Fabien Vehlmann

Dessin: Matthieu Bonhomme

Couleurs: Delf

Genre: Mystère, Aventure

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 280

Prix: 39€

Date de sortie: le 18/11/2016

Extraits:

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