Les bulles et les cases des Arènes au porte-à-porte de l’Histoire

Ce n’est pas la plus ancienne des maisons d’éditions. Que du contraire. Depuis quelques mois, nous avons déjà eu l’occasion de vous en parler à travers nos chroniques (avec La Présidente 1 et 2 ou Forçats ces derniers mois), Les Arènes n’ont eu de cesse d’investir le champ de la bande dessinée avec brio et qualité au rendez-vous. Dans différents genres et notamment un qui nous intéresse aujourd’hui: l’Histoire de la France. Plus ou moins lointaine, celle qui dit que si Paris ne s’est pas faite en un jour, certains événements l’ont détruite et mise à feu et à sang surtout à sang. Et comme pour marquer l’histoire, l’imprimer, il faut des auteurs de taille et de poids, Les Arènes a convié la crème de la crème. De quoi bien garnir les pieds des sapins de Noël.

© Douay
© Douay

Saint-Barthélemy, t.1: Paris saigne-t-il?

Procédons chronologiquement et remontons le temps de quelques siècles pour nous retrouver il y a près de 450 ans, époque où les guerres de religions déchirent le pays, entre les Huguenots, ces protestants prétendument « hérétiques » et les fervents « papistes ». Des hommes obnubilés par un fanatisme dément et une eau de bénitier imbibée de cette violence pour se transformer en lacs de sang. Des torrents qui couleront jusqu’à ce qu’une religion triomphe, s’il en faut une.

©Boisserie/Stalner chez Les Arènes
©Boisserie/Stalner chez Les Arènes

Et c’est cette folie guerrière qui va venir chercher Elie de Sauveterre, jeune protestant et fils d’un fidèle partenaire d’arme de l’Amiral de Coligny, vivant dans l’insouciance du domaine de Sauveterre jusqu’à ce que de sinistres mercenaires viennent tendre un piège à lui et ses gens. Le frère et la soeur d’Élie sont enlevés et le garçon déjà rendu trop adulte à la vue du massacre n’aura de cesse de vouloir les retrouver. Quitte à s’engager dans l’Armée du prince de Condé. Une quête qui n’aboutira pas jusqu’à ce que ce jour de joie, de liesse et de mariage entre le roi de Navarre Henri III et Marguerite de France (alias la reine Margot). Une union entre deux extrêmes visant à calmer les tensions qui ne va pourtant faire que les exacerber un peu plus, sous les coups de fer et de pistolets ordonnés par ce fou de Guise qui entend venger, même aveuglément, la mort de son frère. Rien ne va plus et le roi Charles IX assiégé de toute part ne peut qu’accéder à cette demande sanguinaire. Au prix des de milliers d’innocents.

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©Boisserie/Stalner chez Les Arènes

Échelonnant leur histoire à plusieurs degrés avant de se recentrer sur leur personnage principal, histoire de bien saisir le séisme de cette tragédie historique, Pierre Boisserie (La Croix de Cazenac, La Banque, Dantès) et Éric Stalner (Ils étaient dix, La Croix de Cazenac) réussissent ici un grand thriller historique brillant par sa volonté de s’émancipé des faits purs et durs pour suivre un héros de fiction auquel le lecteur (on aurait même tendance à dire « le spectateur ») s’identifie. D’ailleurs, voilà un récit qui fait perdre l’haleine autant aux héros qu’aux lecteurs. Au fil des pages, c’est une ville endolorie et suintant l’ignominie, du Louvre à l’Île, des fastes aux derniers soupirs, que nous parcourons la peur et l’horreur dans le dos mais aussi en face. Ce premier tome bien amené, éducatif sans être plombé par de trop longs textes, est frontal, glaçant, transperçant.

saint-barthelemy-pierre-boisserie-eric-stalner-couvertureSérie: Saint-Barthélemy

Tome: 1 – Sauveterre

Scénario: Pierre Boisserie et Éric Stalner

Dessinateur: Éric Stalner

Couleurs: Florence Fantini

Genre: Histoire, Drame, De cape et d’épée

Éditeur: Les Arènes

Nbre de pages: 56 (+ dossier de 5 pages par Olivier Poncet)

Prix: 15€

Date de sortie: le 24/08/2016

Extraits:

Les années rouge et noir, t.1: Laissez parler les petits papiers… et les fiches perforées

Recherches de personnages ©Stéphane Douay
Recherches de personnages ©Stéphane Douay

D’un rouge à l’autre, il n’y a qu’un pas et pourtant des siècles. Ainsi, c’est en tandem avec Didier Convard que nous retrouvons, encore une fois, Pierre Boisserie pour entrer dans une nouvelle guerre, plus insidieuse, en retrait des premières lignes mais faisant office de jeu dangereux. Nous sommes en 1944, Paris est proche de la libération et là encore, c’est une France divisée en clans qui nous accueille. Une faune diversifiée dans laquelle nazillons, collaborateurs n’ayant pourtant rien contre les Juifs, communistes, gaullistes et autres foudres de guerre secrète tentent d’émerger et de se préparer au mieux le terrain.

© Boisserie/Convard/Douay
© Boisserie/Convard/Douay

Comme dans l’album précédent, c’est autour d’un autre bain de sang que se noue ce premier tome: la mort de jeunes communistes tombés sur plus forts et plus sanguinaires qu’eux alors qu’ils tentaient de cambrioler la préfecture. Un épiphénomène qui va avoir ses conséquences sur toute une série de personnages. Agnès, résistante de la première heure contrainte à jouer trouble-jeu. Aimé Bacchelli, que le refus du communisme va pousser à un point de non-retour. Alain, le frère d’une des victimes qui va devoir troquer sa condition d’oiseau de nuit contre un boulot convenable. Et bien d’autres encore…

© Boisserie/Convard/Douay
© Boisserie/Convard/Douay

Car l’histoire se poursuit et reste à trouver ce que ce commando mal inspiré venait dérober à la préfecture. Mais quoi, au juste? Les fameuses fiches mécanographiques, ces papiers perforés suivant le modèle de la Compagnie des Machines Bulls qui révolutionnent l’art du classement et de la détention d’information. Et alors que le souvenir de la parade des soldats américains dans les rues de Paris est déjà lointain, une véritable course-poursuite s’engage dans l’ombre du grand et beau discours de De Gaulle.

© Boisserie/Convard/Douay
© Boisserie/Convard/Douay

En prenant comme figure de proue de ce premier tome la mystérieuse et insondable Agnès, les deux scénaristes alliés à l’efficacité (aussi cruelle que belle, dans les scènes de libération par exemple) du dessin de Stéphane Douay ont trouvé une remarquable porte d’entrée sur le climat parisien perdurant pendant la guerre. Les jeux de pouvoirs et de secrets s’engagent, le lecteur doit parfois s’accrocher, mais le tout reste fascinant et le trio arrive parfaitement à prendre le pouls de l’Histoire. Car au milieu de ces unions et désunions, l’entente et la symbiose entre les auteurs font des merveilles, dramatiques peut-être, mais compréhensibles, sans parti pris et éclairant d’un autre regard la petite histoire dans la grande histoire. On a hâte de voir comment cette histoire va traverser les époques et…les Trente Glorieuses!

Case extraite du tome 2 ©Boisserie/Convard/Douay
Case extraite du tome 2 ©Boisserie/Convard/Douay


les-annees-rouge-et-noir-t-1-agnes-pierre-boisserie-didier-convard-stephane-douay-couvertureSérie:
 Les années rouge et noir

Tome: 1 – Agnès

Scénario: Pierre Boisserie et Didier Convard

Dessin et couleurs: Stéphane Douay

Genre: Histoire, Drame, Guerre

Éditeur: Les Arènes

Nbre de pages: 64

Prix: 17€

Date de sortie: le 06/04/2016

Extraits et quelques bonus, recherches, encrages trouvés sur la page Facebook de Stéphane Douay:

Et un aperçu du deuxième tome:

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