Vous nourrissez le rêve américain, vous êtes sûr?

critiques-bd-winter-road-la-loterie-marathon-new-york

Dans la multitude de bandes dessinées parues en cette rentrée une nouvelle fois prolifique (un peu trop que pour suivre le rythme?), nous vous avons déniché trois albums qui parlent de la rude Amérique, chacun à leur façon, avec de la sueur, des larmes, des coups durs et une irrésistible bataille pour que la vie survive. Des ouvrages fracassants, touchants, remuants. À vous de choisir les qualificatifs, mais ils ne vous laisseront pas indifférents! Winter Road de Jeff Lemire,  La Loterie de Miles Hyman et Le marathon de New York à la petite semelle.

Winter Road, pour une poignée de coups de barre

C’est l’automne mais mieux vaut, tel la fourmi, se préparer à l’hiver pour ne pas être surpris. Préparez les doudounes, Jeff Lemire se charge du reste dans le rude hiver canadien qui forge les caractères et l’humanité. Ou peut-être est-ce l’inhumanité? Un mix des deux assurément. Et dans ce désert de neige et de glace où le divertissement est porté par les hockeyeurs, Derek préfère les punching-balls, encore plus quand ils sont humains, même s’il tente peu à peu de chasser sa violence intérieure. Ce bouillonnement que lui seul pourrait enrayer. Sa soeur ne vaut pas mieux que lui, junkie, sdf… Ces deux êtres triturés par un sort qui ne fait pas de cadeaux arriveront-ils à se donner une autre chance? La bonne?

winter-road-jeff-lemire-futuropolis-p-8

Résumé de l’éditeur: Pimitamon, petite ville canadienne au nord de l’Ontario. Derek, ancien joueur de hockey sur glace, vit là entre dépression, alcoolisme et bagarres. Sa vie s’est brisée quelques années auparavant quand un brutal incident l’a contraint à arrêter net sa carrière. Pour gagner sa vie, il a repris le restaurant de sa mère, décédée. Il n’attend plus rien des jours qui passent jusqu’à ce que sa sœur lui revienne, fuyant la violence conjugale, la drogue et la vie de misère dans les rues de Toronto. Ensemble, pour échapper à la spirale infernale de l’ennui et de la pauvreté, ils partent vivre en forêt, renouant avec leurs origines indiennes, et se débattant encore contre de farouches démons…

winter-road-jeff-lemire-futuropolis-p-11

Entre la froideur légèrement bleutée et le rouge sang qui salit les pages, Jeff Lemire a le don de tout de suite nous mettre en situation, sans esbroufe mais avec toute la puissance d’un trait qui va servir de trame de fond et de calvaire pour les deux personnages principaux aux visages burinés. La couleur, servie par petite touche, joue, elle aussi, un rôle majeur dans ce mi-road movie brutal, violent, ultra-bruyant (quoi de plus normal quand on navigue dans cet hiver qui craque sous chaque pas) mais pas inéluctable. Jusqu’au bout, la rédemption peut surgir.

winter-road-jeff-lemire-futuropolis-p-6

Viendra-t-elle, viendra-t-elle pas? C’est toute la question de ce roman graphique passionnant, n’épargnant rien aux lecteurs, pas même l’addiction et le ramenant à cette prise de conscience universelle: l’humain est fait de lumière mais aussi d’ombre!

winter-road-jeff-lemire-futuropolis-couvertureTitre: Winter Road

Récit complet

Scénario, dessin et couleurs: Jeff Lemire

Traduction: Sidonie Van den Dries

Genre: Polar existentiel

Éditeur: Futuropolis

Nbre de pages: 280

Date de sortie: le 15/09/2016

Prix: 28€

Extraits:

La loterie, l’heureux hasard n’était qu’une horreur de plus

On monte le thermostat, on passe de l’hiver à l’été et c’est tant mieux. Quoique… Dans cette petite bourgade sous le soleil de la Nouvelle-Angleterre (on n’aura pas plus de précision de localisation et c’est tant mieux), les premiers jours rayonnants de l’été sont aussi synonymes d’un funeste jeu qui se prépare. La loterie, mais pas celle qui fera de vous des millionnaires!

Résumé de l’éditeur: Dans un village de la Nouvelle-Angleterre, chaque année, au mois de juin, on organise la Loterie, un rituel immuable, où il est moins question de ce que l’on gagne que de ce que l’on risque de perdre à jamais.

L.10EBBN002410.N001_LaLoterie_Ip006p141_FR

On fait bien des duels au soleil, alors pourquoi pas des drames au soleil. Après la froideur du Dahlia noir, le fantastique Miles Hyman marche et oeuvre sur les traces d’une auteure qu’il connaît intimement bien: sa grand-mère, Shirley Jackson. Une grand-mère dont l’un des grands faits d’arme est d’avoir secoué l’Amérique d’après-GMII avec un récit ramenant l’homme à ses plus bas instincts et ses cérémonials les plus horrifiques: La Loterie. Pas de monstres, ici, ni même de chasse aux sorcières, pas plus non plus de serial killer dans les parages. Non que des hommes, et ça suffit (si vous en doutiez encore, à faire des drames. Il y avait Le dieu d’osier, avant ça, il y avait aussi La Loterie, et ça fout les jetons.

la-loterie-jackson-miles-hyman-p-4

Une voiture de nuit, derniers préparatifs et voilà déjà le matin du 27 juin et ses bûcherons de bon matin. Dès les premières planches, Miles Hyman ne déroge pas aux grandes cases qui font sa marque de fabrique. Des cases qui ne pipent mot, ou si peu, mais qui dégagent tant d’éléments, tant d’atmosphère. Une nouvelle fois, on ne sait où on va mais Hyman nous embarque comme à son habitude dans son style unique, dans sa manière Hopperienne et détaillée de développer un univers. L’histoire, une nouvelle parue dans The New Yorker Magazine, tient sur un ticket de loterie et pourtant Miles la fait durer sur 140 pages sans lasser, imposant ce thriller psychologique où la lenteur tient le rôle principal pour mieux comprendre ce qui a bien pu foirer dans cette société devenue immorale.

la-loterie-jackson-miles-hyman-urne

Je ne connaissais pas l’histoire telle qu’écrite par Shirley Jackson, ça ne fait rien, Mile Hyman remet au goût du jour cet écrit septuagénaire, témoin d’une barbarie humaine et normale (même si ce ne sont pas les tickets de loterie qui entrent en ligne de compte) qui continue encore et toujours. Un coup de pied dans la fourmilière de l’ignorance. Car cette histoire est fictive (dire que certains y ont cru en 1946!), il faut lire entre les lignes et entre les cases pour comprendre à quel point, elle est plus actuelle que jamais! Et ce même si l’ouvrage qu’en fait Miles Hyman est lancinant de beauté. Remarquable.

la-loterie-jackson-miles-hyman-casterman-couvertureTitre: La loterie

Récit complet

D’après le roman éponyme de Shirley Jackson

Scénario, dessin et couleurs: Miles Hyman

Traduction: Juliette Hyman

Genre: Drame, Suspense

Éditeur: Casterman

Nbre de pages: 144 (+ 16 pages: « Shirley Jackson par Miles Hyman »)

Prix: 23€

Date de sortie: le 14/09/2016

Extraits:

Le marathon de New York à la petite semelle… mais pas sans gamelles

Après ces deux ouvrages rudes, humainement parlant, un roman graphique plus détendu mais n’oubliant pas pour autant de martyriser physiquement et mentalement son auteur. Un choix alors que, dans les deux ouvrages précédents, les personnages semblaient subir des choix qu’ils n’avaient pas fait. Mais ici, faire une course, quelle idée! Et un marathon, quelle folie! Mais, bon, quand on est le vilain petit canard d’une bande de potes qui ne vit que par la course à pied, ça force à faire des efforts pour les accompagner dans leurs délires sportifs et inhumains. Voilà, comme Sébastien Samson a fini sur les starting-blocks d’une aventure de bien plus de 42,195 km. De longue haleine mais assez fun.

le-marathon-de-new-york-a-la-petite-semelle-sebastien-samson-calvados
Premier jet de Sébastien Samson (c) Sébastien Samson

Résumé de l’éditeur: Tranquille professeur de dessin sédentaire, Sébastien se retrouve parfois «pris au piège» de dîners avec les amis de sa compagne, tous férus de course à pied. Pour lui, qui n’a pas enfilé de chaussures de sport depuis l’adolescence, ces discussions demeurent bien hermétiques. Jusqu’au jour où, au détour d’une conversation, ses amis évoquent la possibilité de courir le plus célèbre marathon du monde : celui de New York. Traversé par un éclair de folie, Sébastien annonce que, cette année, il en sera ! Est-ce seulement par bravade ou parce qu’il entrevoit enfin la possibilité de visiter cette ville qui lui fait de l’œil depuis des années ? Toujours est-il que les inscriptions approchent et que Sébastien ne compte pas se démonter, même si son organisme grince au bout d’à peine 10 minutes de petites foulées sur le bitume…

le-marathon-de-new-york-a-la-petite-semelle-sebastien-samson-peloton

C’est l’une des plus folles passions du moment, un moment qui dure depuis quelques années. À chaque coin de rue, dans les parcs, les stades, ça court. De différentes façons, le chien en laisse, l’oeil sur le chrono ou pour satisfaire les exigences du professeur d’éducation physique. Après quoi, on court? Un peu de tout aussi, le temps, l’argent (et encore), le défoulement après une longue journée de boulot. Mais voilà, la passion de Sébastien, c’est le crayon. Un crayon qui le titille bien plus, il faut l’avouer que les baskets de jogging. Est-il pronateur ou supinateur? Kézaco, il n’en sait foutrement rien. C’était sans compter l’appel de la Big Apple dans laquelle il ne veut absolument pas ressembler à un ver de terre sans défense. Un ver dans la pomme, voyez-vous ça? Le meilleur chrono de tous les temps, ce ne sera pas pour lui, mais Sébastien veut au moins faire bonne figure et venir à bout de ce satané parcours.

le-marathon-de-new-york-a-la-petite-semelle-sebastien-samson-parcours

Un parcours semé d’embûches mais aussi d’apprentissage, des semelles au mental. Des rencontres aussi: le vendeur d’articles de sport, le kiné… D’emblée, on sait que Sébastien n’a pas triché, sa douleur se ressent et cette bataille intérieure autant qu’extérieure se dévoile sous toutes ses facettes. Puis, il y a cette redécouverte du monde, de la nature du Calvados, du bonheur des saisons, du vent et de la pluie mais aussi de son corps et de ses petites contrariétés. En témoignent quelques petits ouvriers sur la brèche (des petits héritiers des Il était une fois la vie?) qui raconte si bien, et sans trop s’embarrasser de détails trop compliqués, les pépins physiques.

le-marathon-de-new-york-a-la-petite-semelle-sebastien-samson-messages-soutien-p-108

On est loin de New York mais tout aussi bien. Puis le bonheur aime se faire attendre et Sébastien Samson réussit même à nous faire vivre comme si nous y étions un petit bout de cette messe de la course-à-pied, entre fantasme et réalité ampoulée (aux pieds, hein!). La foulée est franche mais l’allure est raisonnable, et qu’on soit sportif ou pantouflard, chacun trouvera son rythme de lecture et de passion.

le-marathon-de-new-york-a-la-petite-semelle-sebastien-samson-la-boite-a-bulles-couvertureTitre: Le marathon de New York à la petite semelle

Récit complet

Scénario et dessin: Sébastien Samson

Noir et blanc

Préface: Bernard Faure

Genre: Autobiographie, Sport

Éditeur: La boîte à bulles

Collection: Contre-coeur

Nbre de pages: 192

Prix: 24€

Date de sortie: le 06/10/2016

Extraits:

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s