Nous quatre, l’humanité des sentiments, l’humilité des sensations

Lundi 26 septembre… C’est un lundi comme un autre ou presque ! Ce soir, jour du Cinevox Happening de Namur, nous allons enfin découvrir un film que nous attendons depuis un peu plus deux ans déjà. Et non, ce n’est pas un blockbuster hollywoodien que nous nous apprêtons à voir mais bien un film belge. Un film belge pas comme les autres d’ailleurs portant le doux nom de Nous Quatre. Réalisé en quinze jours pour un budget de 8000 euros, ce premier film de Stéphane Henocque a mis du temps à trouver son chemin jusqu’aux salles obscures. Mais à présent, le voilà enfin programmé il ne reste donc plus qu’aux spectateurs à trouver leur chemin jusqu’à lui. Sortie ce 28 septembre et on vous donne trois avis pour le prix d’un.

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Nous Quatre, c’est avant tout une histoire d’amitié qui raconte le parcours de David, qui, lorsqu’il se découvre gravement malade et nécessitant une greffe de moelle osseuse, décide de retrouver son père biologique pouvant être un donneur compatible. Prêt à tout, David demande l’aide de ses trois meilleurs amis dont la relation n’est plus tout à fait au beau fixe pour retrouver son géniteur. Contre toute attente, Léo, Chloé et Vincent acceptent et ce road trip d’une après-midi se transformera bien vite en un voyage inattendu à travers le pays.

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Avis d’Alizée:

C’est sur des bases solides que part Nous Quatre, celles bien connues des road movies. Nous voyageons et re-découvrons notre si beau pays, de Liège à Namur en passant par les Ardennes pour finalement terminer à Bruges. Pourtant, ce film, c’est avant tout une comédie dramatique intelligente mettant en scène une galerie de personnages tous plus attachants les uns que les autres. Si la maladie de David est le point de départ de ce film, cela n’en fait en rien le fil conducteur. C’est plutôt cette admirable amitié qui unit nos quatre héros qui forment le squelette de ce film réalisé avec peu de moyen, certes, mais avec le cœur !

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Côté personnages, les quatre acteurs principaux sont tout à fait brillants. Il naît de leur confrontation une véritable alchimie qui transpire de l’écran et leur interprétation se révèle d’une grande justesse. Pierre Olivier nous offre un David tout en finesse, assombri par cette épée de Damoclès, qu’est sa maladie mais profondément lumineux et humain. Dans le rôle de Chloé, Justine Louis brille et fait preuve tantôt de tendresse tantôt de piquant en envoyant quelques punchlines bien marquante à ses comparses. Dans le rôle de Léo, c’est Florian Pâque que l’on retrouve ; un peu naïf, adorablement fantasque on ne se lasse pas de ses interventions illuminées. Et enfin pour incarner Vincent, ce mec constamment sur les nerfs aux interventions tout aussi mordantes que celles de Chloé, il fallait un acteur de taille et François Huberty est parfaitement en phase avec ce personnage tourmenté. Il nous touche, il nous fait rire, il nous fait pleurer, et ce tout en subtilité.

Pour accompagner ces quatre jeunes acteurs déjà extraordinairement talentueux, on retrouve au générique Renaud Rutten en père adoptif, Didier Boclinville en vendeur de kayaks hilarant mais aussi Marcos Adamiantis (inénarrable monsieur muscle d’… « 1m12 »), Laurent D’Elia et Antoine Vandenberghe pour ne citer qu’eux.

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Avec son côté bricolé profondément assumé, Stéphane Henocque nous offre un vrai beau premier film avec des qualités et des défauts peut-être, mais surtout une belle sincérité que l’on ne peut qu’admirer ! On passe rapidement outre les petites imperfections et au final, il ne reste que cette belle histoire, parfaitement mise en images par ce jeune réalisateur qui sans nul doute sait comme faire un film.

Pour appuyer ses images, Stéphane Hénocque a fait appel au compositeur Simon Fransquet qui a réalisé une bande originale renforçant toute la magie de ce film. La musique est en phase avec l’histoire et les personnages et porte en elle l’empreinte de ce flow incessant d’émotion véhiculé par le film. De temps à autre, c’est la voix de Jérôme Magnée, chanteur de Dan San, qui résonne, légère et transcendante.

Loin du misérabilisme et de la mélancolie grise auquel le cinéma belge nous a habitués, Nous Quatre s’illustre par sa simplicité. En douceur, il se fraye un chemin jusqu’à notre cœur pour nous faire vibrer à l’unisson de ces personnages uniques incarnant à merveille notre si attachante jeunesse wallonne. On rit, on pleure, bref on passe un superbe moment d’émotion. Et lorsque l’écran s’obscurcit à la fin du film, on ressort de la salle un sourire inébranlable accroché à ses lèvres. C’est un pari inouï et réussi pour Stéphane Henocque et son équipe ; avec ce film sans budget il arrive à nous emporter avec lui et ses personnages dans une histoire parfaitement maîtrisée. Si quelques défauts sont bien présents dès le départ, l’évolution se fait clairement ressentir au fil de ce premier film. Les plans s’illuminent, sont beaux et révèlent une réelle intelligence cinématographique doublée d’un amour incontestable de ce septième art. Au fur et à mesure que le film se dévoile et l’on assiste véritablement à l’éclosion d’un grand réalisateur.

Alors, en ce mercredi 28 septembre, jour de sortie en salle de ce petit bijou d’humilité, je ne peux que vous exhorter à aller voir Nous Quatre, car il mérite encore de conquérir les cœurs de milliers de spectateurs ! Je n’aurais plus qu’une chose à rajouter ; longue et belle vie à Nous Quatre !

Avis d’Alexis:

8000 € de budget (+ 75 000€ de postproduction), une paille. Et pourtant. 15 jours de tournage, à l’arrache mais avec la passion. Oui, mais encore. Près de 5000 spectateurs (dont 3000 rien qu’à Rocourt sur deux soirées, espacée d’un an) avant même la sortie du film en salle (ce mercredi, donc, on vous l’a assez répété). C’est vrai, on n’est pas friands de compter les « 0 » et de faire l’état des finances en abordant le cinoche, on préfère parler en émotion. Ça tombe bien, dans « Nous quatre », il y a les deux.

Ceci n’est pas un film belge. On ne veut pas jouer les Magritte (même si on adorerait que le surréaliste vienne couronner Stéphane Henocque en février) mais il faut bien avouer que « Nous quatre » ne joue pas dans la même catégorie que les Dardenne ou qu’un Bouli (avec lequel le réalisateur semble partager cet amour incommensurable de la verdure et du naturalisme). Ces illustres cinéastes qui, sur des trames sociales, instaurent la distance stylistique et l’austérité lancinante, la froideur parfois abrupte, oubliant parfois le spectateur en route malgré la maestria évidente. Et s’il prend pied entre Liège, Namur et les Ardennes (La Trêve n’a pas le monopole de la redécouverte de nos beaux paysages), ces territoires chéris par les réalisateurs du terroir, Henocque prend le parti de les faire siens, de les faire nôtres.

C’est peut-être la première fois qu’on se retrouve dans nos villes et non dans ces villes qui ne sont finalement que des décors de cinéma. La Belgique appartient à ses quatre personnages. Mieux, dans ce road movie planifié où le prochain virage prend un tour inattendu, Stéphane Henocque nous embarque dans le coffre de la voiture aventureuse qui emmène les 4 as à l’inconnue. La ceinture et les distances de sécurité peuvent être oubliées, on peut se laisser aller: qu’il fait bon se promener dans Nous quatre. Bon, c’est vrai, on n’est pas à l’abri d’un pépin de santé, d’une colère draconienne, d’une panne sèche ou d’un câlin réconfortant. La vie est ainsi faite, non?

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Bon, c’est vrai, dès le début, les défauts sautent aux yeux. On se dit « aïe aïe aïe », comment ce premier film (en partie crowdfundé, qui plus est) pourra-t-il tenir la distance. Impossible n’est pas liégeois et c’est avec toute sa fougue et son forceps qu’Henocque prête vie et magie à son film. Les minutes s’égrènent, le fond de l’histoire est sombre mais le film fait face à la lumière, enveloppante. Dans, « Nous quatre », et c’est le paradoxe miraculeux, les limites techniques et budgétaires (un film pour moins d’un million? Mais vous êtes fou?) deviennent des forces sur écran, rivalisant d’ingéniosité. Les images se succèdent, la voiture avance, Liège, Namur (et son gros caillou), les Ardennes rurales et forestières, et les défauts font trois petits tours et puis s’en vont tandis que les acteurs sont de plus en plus à leur affaire, formidables de sincérité et de naturel, forts en accent (et on adore ça, loin des stéréotypes!), pas encore corrompus par les « trucs et astuces » des acteurs (trop) parfaits. Et dans ce film auquel on ne pensait pas accrocher, on décolle. Comme ce drone qui surplombe de manière fascinante la course de kayaks de nos acteurs principaux. Et lorsque s’impose la distance, il y a toujours une petite phrase bien sentie pour nous ramener au plus près de ces personnages tellement vrais. Les émotions affleurent, à fleur de pellicule, à fleur de peau.

Stéphane Henocque a toutes les armes pour faire du cinéma… son cinéma. Un cinéma populaire, échappant pourtant au pathos grossier et où rien n’est joué d’avance. Un film sachant aussi s’émanciper des dogmes d’une société prétendument cinéphile mais se galvanisant autour de films d’auteurs inaccessibles et trop pointus. Dans un monde où tout le monde devrait avoir sa place (hé, oui, utopistes que nous sommes), Henocque impose un film et une vision, un rêve éveillé fait avec les tripes et l’envie de bien faire les choses, avec la conscience des imperfections et l’envie d’en tirer le meilleur.

Pour rythmer ce voyage qui ne va jamais bien loin mais nous montre quelques jolies facettes du plat pays qui est le nôtre, Stéphane Henocque ne pouvait pas compter sur les bandes-son qui font habituellement les films de potes (et vas-y que je te mets un petit Band of horses dans Les petits mouchoirs) et c’est tant mieux. Une nouvelle fois, c’est tout le savoir-faire liégeois qui est à l’oeuvre et fait sortir de l’ombre Simon Fransquet (qui a été cherché, excusez du peu, la magnifique voix de Jérôme Magnée de Dan San, Yew ou encore Gaëtan Streel) mais aussi Henry Bliss et Till U Faint. Inconnu au bataillon? Pas pour longtemps. La musique est divine, évoquant les grands horizons. C’est atmosphérique tout en restant vibrant d’intériorité. On ne peut s’empêcher de penser au phénomène « The broken circle breakdown » qui avait mené à une série de concert, il y a quelques étés. D’ailleurs, il se murmure, qu’une soirée-concert « Nous quatre » pourrait bien se concrétiser du côté du Reflektor.

Bref, Nous quatre, c’est une « trajet-die » oscillant plus vers la comédie que le drame. Et la réussite est bien là, souriante, humaine, irréelle aussi. Et quel que soit le succès du film au regard du box-office, il s’agira moins de parler de succès d’estime que de succès inestimable.

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Avis de Benoît:

Un lundi soir, veille de jour de congé, une des rares soirées calmes entre les Fêtes de Wallonie dont on se remet à peine et le FIFF auquel on se prépare. Mais il y a l’avant-première de « Nous quatre » au cinéma Eldorado. On se reposera une autre fois. « Nous quatre », un film belge dont les médias n’ont pas ou peu parlé, d’un réalisateur dont le nom est inconnu du grand public et avec un casting composé de quatre jeunes acteurs dont on peine à se souvenir si on les a déjà vus dans un autre film. C’est une façon de présenter le film.

« Nous quatre », c’est le film dont Philippe Pierquin (rédacteur en chef de Cinevox.be) ne cesse de vanter les mérites. Un film tourné avec un budget total inférieur au budget maquillage de la vedette d’un film français (8.000€ au départ, un peu moins de 80.000€ avec une post-production professionnelle pour sa sortie en salle). Un film que personne n’attendait et qui a pourtant rempli les salles lors de l’avant-première (payante!) à Liège. Et puis un film qu’on présente comme un road-movie entre Liège et Namur, on ne pouvait pas passer à côté!

Et grand bien nous prit car ce film mérite le détour. Bien sûr, il est imparfait, le budget plus que serré se voit à l’écran de temps en temps (notez que l’inverse n’est pas toujours vrai: certains films coûtent 3 millions d’€ et l’on se demande parfois où est passé l’argent) mais ces petites imperfections sont peu de choses à côté de la sincérité et de la générosité du film, de son réalisateur Stéphane Hénocque et de ses quatre comédiens. Un film touchant, un film de potes sur l’écran comme sur la scène du cinéma, film émouvant toujours mais drôle souvent également. Ah la scène du loueur de kayak!

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On croise au générique Renaud Rutten, Didier Boclinville, Laurent d’Elia (oui, le papa dans une récente pub de VOO) et quelques autres têtes bien connues mais les vraies découvertes sont les « Quatre » du titre, et plus particulièrement Pierre Olivier et Justine Bedeur, dont on entendra certainement parler à nouveau. Bref, un film à voir, rapidement, avant que la dure loi de la concurrence entre les films à l’affiche n’oblige cet ovni à céder sa place à un film plus conventionnel… plus rentable.

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Nous Quatre

De Stéphane Hénocque

Avec : Pierre Olivier, François Huberty, Florian Pâque, Justine Louis,

Renaud Rutten, Didier Boclinville, Laurent D’Elia, Antoine Vandenberghe, Marcos Adamiantis

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