Pixel Vengeur: « Gai-Luron casse le rythme, dans ce monde qui va trop vite, et ça ne fait pas de mal! »

Trente ans après l' »album d’adieu » de Gotlib à la BD et à Gai-Luron, le débonnaire chien qui fit les belles heures de Pif et de Fluide Glacial est de retour dans de nouvelles aventures. À la manoeuvre? La crème de la crème: Fabcaro au scénario et Pixel Vengeur au dessin, le tout sous l’oeil bienveillant du Maître. Interview bruxelloise avec Pixel Vengeur.

Bonjour Pixel Vengeur, comment avez-vous réveillé Gai-Luron, ce personnage canin culte qui dormait depuis un bon moment?

Tout est parti d’un coup de fil de Yan Lindingre, un matin, et qui m’a proposé la reprise de Gai-Luron. Il avait l’habitude de lire les rééditions de Garfield de Dargaud à ses enfants, et il s’est demandé s’il n’y avait pas un petit personnage qu’on pourrait remettre au goût du jour chez Fluide. Et il est vite tombé sur Gai-Luron.

Bref, je n’étais en concurrence avec personne et il m’a demandé si je souhaitais le faire seul ou accompagné. Reprendre Gotlib, ça me mettait un peu la pression, donc j’ai préféré le faire avec quelqu’un, en l’occurrence Fabcaro. Je le lui ai proposé à Angoulême et c’est parti comme ça.

(c) Pixel Vengeur
(c) Pixel Vengeur

Fabcaro-Pixel Vengeur, un duo qui fait saliver sur papier. D’autant plus que, étonnamment, vous n’aviez jamais collaboré ensemble?

C’est un ami de longues dates, on s’est souvent croisé, on a trinqué mais quant à travailler ensemble, on a un peu tourné autour du pot. C’était l’occasion. En plus, en matière de strips et histoires courtes, il est un peu le patron, en ce moment!

Fabcaro, il a été la clé pour que l’album soit aussi bon, il a ses textes, sa rythmique. Chaque chapeau est exactement à sa place. Des fois, j’en rajoutais, il me réfrénait et il avait raison, il ne faut pas trop en faire.

Vous vous souvenez de votre premier contact avec Gai-Luron et l’univers de Gotlib?

Quand j’étais jeune, à 7 ans, je lisais Pif. Et en ces pages, Gai-Luron me fascinait déjà. C’était un style de dessin qui me plaisait beaucoup, sans savoir que c’était Gotlib. Je me disais: « Bon dieu, on peut gagner sa vie en racontant la vie d’un type qui dort tout le temps et est à côté de la plaque! » Plusieurs années plus tard, on me propose la reprise de cette série. La boucle est bouclée quoi!

(c) Pixel Vengeur
(c) Pixel Vengeur

Gotlib a-t-il suivi cette reprise?

Oui, on lui a envoyé régulièrement les planches. Je suis allé personnellement chez lui pour parler du personnage. Et il m’a donné un petit cours de Gai-Luron. J’avais fait quelques petites erreurs au niveau du menton. Mais, surtout, il nous a dit: « Allez-y les gars, pétez les plombs, lâchez-vous! »

La pression, il ne nous l’a jamais mise, il sait trop bien ce que c’est. Ou, en tout cas, c’est indépendamment de sa volonté, que la pression s’est fait sentir. C’est quand même Gotlib quoi, il a une aura! Fallait pas se planter. Aussi bien dans le dessin que dans l’écriture, on a fait attention à chaque fois.

Certaines histoires de Fabcaro ne m’ont pas fait rire, parfois ça faisait doublon. Mais ça s’est super bien passé, Fabrice m’encourageait à lui dire si des choses n’allaient pas. C’est un pro, il réagit super vite. C’est un très grand professionnel… bien qu’il mesure 1m02.

Pas si facile de dessiner Gai-Luron, alors, sous ces allures abordables?

Ah non, pas facile du tout. Difficile, même! Il possède un visage qui a évolué au fil du temps, plusieurs mentons très bizarres, une bouche étonnante… Puis, ce personnage est tellement ancré dans l’imaginaire collectif qu’un rien le transforme.

C’est comme si vous dessiniez Mickey à la main levée, malgré les apparences, ce n’est pas facile. Un rien le défigure. Gai-Luron, c’est pareil, il y a un code. Après, sur un album, on est rodé. C’est sûr que certains diront que ce n’est pas du Gotlib. Non forcément. Mais ce n’est pas non plus un album fait en deux temps, trois mouvements.

Vous avez donc dû vous fondre dans le trait de Gotlib au lieu de remodeler le personnage à votre manière. N’est-ce pas frustrant?

Même pas, surtout que c’est moi qui ai voulu le reprendre de cette manière. L’éditeur et Gotlib m’ont dit que je pouvais le reprendre de la manière dont je voulais. J’ai répondu: « Ben non, je suis désolé, je veux le dessiner exactement pareil. » Je ne pouvais pas le faire différemment. Le personnage est juste parfait et je ne vois pas ce que j’aurais bien pu lui rajouter.

Par contre, je transforme le background. Je rajoute des décors, j’adore ça. Gotlib, lui, n’en était pas très friand. J’aime les planches bien remplies. Ça ne se voit pas encore beaucoup sur ce premier album, je me suis retenu, mais par contre, pour le deuxième…

Il y a notamment ce duel de western?

Voilà, là, y’a un peu plus de choses. Et encore, si ça avait été mon univers à moi, j’en aurais encore rajouté plus.

Finalement, il y a quelque chose qui vous parle, si je puis dire, c’est cet anthropomorphisme qui prête parole aux bêtes. Ce n’est pas la première fois dans vos BD!

Moi, je suis un enfant de Gotlib, c’est lui qui m’a donné envie de faire de la BD. Mes personnages sont très souvent des animaux. Ce côté caricatural me plaît bien, et visiblement je ne suis pas le seul. J’aime les humains mais avec Gai-Luron, je peux me permettre de copier ouvertement Gotlib. Et quel confort c’est! Dessiner Superdupont à la façon de Gotlib, c’est terrible!

Oui, puisque vous donnez à certains personnages quelques caméos comme au cinéma!

C’est Marcel qui nous a proposé d’inviter d’autres héros de Fluide Glacial. Fabcaro a, dans son coin, pondu des histoires avec d’autres personnages. Il y a aussi Clark Gaybeul que vient dessiner Édika, un très vieil ami aussi. À chaque fois qu’on en arrive au bouclage d’un Fluide, on se met toujours ensemble. Puis, j’en suis venu à penser qu’entre GAI-Luron et Clark GAYbeul, un chien et un chat, il y avait forcément quelque chose à faire. C’était rigolo à faire et Édika s’est plié de bonne grâce à l’exercice.

Mais, Édika aime bien écrire ce qu’il y a dans les bulles de ses personnages. Fabcaro ne l’a pas laissé faire, ici. Il avait trouvé un texte très drôle donc Édika l’a laissé faire.

(c) Les nouvelles aventures de Gai-Luron par Fabcaro/Pixel Vengeur/Édika chez Fluide Glacial
(c) Les nouvelles aventures de Gai-Luron par Fabcaro/Pixel Vengeur/Édika chez Fluide Glacial

Puis, on connaît la coccinelle de Gotlib mais il y a aussi cette petite souris qui était présente dans Gai-Luron. Et là, vous ne la négligez pas non plus!

Dans notre album, elle est partout. J’ai demandé à Fabcaro qu’il écrive ses histoires mais qu’il me la réserve, cette petite souris. Ainsi, elle va remplir les trous et elle horripile Gai-Luron.

Ça n’a en rien vieilli, alors?

Pas d’un poil. Il est tellement dans l’air du temps, Gai-Luron, malgré son air endormi. Il est loin d’être en dehors du coup. Il suffit de lui mettre un téléphone portable dans les mains pour que ça marche. Il suffit vraiment de quelques éléments pour le remettre dans notre époque.

(c) Les nouvelles aventures de Gai-Luron par Fabcaro/Pixel Vengeur chez Fluide Glacial
(c) Fabcaro/Pixel Vengeur

Qu’est-ce qui fait que cinquante ans après sa création, on en parle toujours?

Ce personnage a quand même eu une vie dans les produits dérivés assez incroyable, qui ont d’ailleurs volé la vedette aux albums de BD, ils ne se sont pas vendus comme des petits pains, à l’instar d’autres séries. Aujourd’hui, on voit encore des chaussons, des draps, des pyjamas à son effigie. Il reste dans l’inconscient. Gai-Luron, dans ce monde qui va trop vite, fait beaucoup de bien. Dans le monde de la BD, aussi, quand on voit les mangas où ça saute dans tous les sens. Il casse le rythme! Et ça ne fait pas de mal.

(c) Les nouvelles aventures de Gai-Luron par Fabcaro/Pixel Vengeur chez Fluide Glacial
(c) Les nouvelles aventures de Gai-Luron par Fabcaro/Pixel Vengeur chez Fluide Glacial

C’est incroyable ce destin de produit dérivé. C’est un peu comparable aux Minions. Comme eux, Gai-Luron était un personnage secondaire qui s’est imposé.

Ça ne s’explique pas, c’est incontrôlable. Le jour où je suis entré dans l’aventure, je me suis intéressé pour la première fois de ma vie aux produits dérivés. Je pensais que Gai-Luron, c’était avant tout les albums. Mais non, on ne les connaît pas forcément, les albums. Mais on voit Gai-Luron, partout! Et ça Gotlib, ça lui a échappé. Ça a rendu le personnage très célèbre.

Et quel a été son retour, une fois l’album fini en main?

Très content! C’est son personnage fétiche, il nous l’a dit, il aurait aimé lui ressembler pour enfin pouvoir dormir comme il a de très gros problèmes de sommeil. Et puis, c’est un personnage tellement actuel, tellement amoureux. Je pense que c’est un personnage qui va continuer à traverser les années sans problème!

(c) Les nouvelles aventures de Gai-Luron par Fabcaro/Pixel Vengeur chez Fluide Glacial
(c) Fabcaro/Pixel Vengeur

S’il y avait une forme de respect et de pression du personnage, vous vous y êtes vite habitué et vous lui en faites voir… de toutes les couleurs. Notamment quand il est aux prises avec l’amour insaisissable!

Que voulez-vous, nous les hommes, nous sommes poltrons face à une femme. Elle nous mène par le bout du nez… pour rester poli. Gai-Luron, ça a beau être un chien, il n’y a pas plus humain que lui! J’aime beaucoup la fin d’ailleurs qui est d’une poésie et d’une simplicité. L’idée de Fabcaro est géniale. Ça donne juste envie de lire la suite!

Jusqu’ici tout va bien, et il y aura un deuxième.

C’est quasi-certain. On ne sait pas du tout où on va. Là, on a fait le premier album. Fabcaro est très occupé et couvre le Sud de la France pour la promo, et moi de tout le reste. Je suis le dessinateur, pour les dédicaces, c’est à moi de bouger.

(c) Les nouvelles aventures de Gai-Luron par Fabcaro/Pixel Vengeur chez Fluide Glacial
(c) Les nouvelles aventures de Gai-Luron par Fabcaro/Pixel Vengeur chez Fluide Glacial

Des coups de coeur BD, dernièrement?

Je ne lis pas beaucoup en ce moment. Mais une copine qui était au Bataclan et s’est pris des éclats m’a offert La Légèreté de Catherine Meurisse. Elle me l’a offert, en larmes, en me disant à quel point ce livre l’avait bouleversé. Effectivement, je n’étais pas au Bataclan mais j’ai compris pourquoi!

Des projets, outre Gai-Luron 2?

Alors, j’ai le tome 2 de La méthode Champion chez Fluide avec Monsieur le Chien. Je suis en train de le finir. Puis, un autre tome 2, celui des aventures de Dominique, le petit tapir. Ça s’appellera le Nécrodominicon, toujours chez Vide Cocagne. Enfin, j’ai un autre projet avec Frédéric Felder, alias Franky Baloney, chez Fluide. Je suis assez occupé comme garçon!


les-nouvelles-aventures-de-gai-luron-t1-fabcaro-pixel-vengeur-couverturejpgSérie:
Les nouvelles aventures de Gai-Luron

Tome: 1 – Gai-Luron sent que tout lui échappé

Scénario: Fabcaro

Dessin et couleurs: Pixel Vengeur

Genre: Humour, Gags

Éditeur: Fluide Glacial

Nbre de pages: 46

Prix: 10,95€

Date de sortie: le 21/09/2016

Quelques couvertures alternatives:

Et quelques extraits:

 

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