L’art de s’enfuir de Guy Delisle: « L’impression d’écrire des cartes postales pour montrer à ma famille ce que je vivais »

Depuis ses Chroniques de Jérusalem et son Fauve d’or remarqués en 2012, Guy Delisle brillait dans des autofictions comme Le guide du mauvais père ou la série « Louis« , bien loin du réel et du documentaire auxquels il nous avait habitués. Une fuite pour mieux revenir avec une brique de solitude: S’enfuir, qui nous emmène sur les traces, entre quatre murs tchétchènes, de Christophe André. Un ouvrage où l’ennui du personnage détenu pendant 111 jours se fait sentir, au contraire de celui du lecteur. Car quand rien ne se passe, il y a toujours quelque chose qui se passe sous le crayon de Guy Delisle. Nous l’avons rencontré.

S'enfuir (c) Delisle/Dargaud
S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

Bonjour Guy Delisle, vous nous revenez avec « S’enfuir », votre plus gros livre. Avec un sacré paradoxe.

Guy Delisle: C’est vrai. Parce que l’histoire est assez minimaliste, c’est un huis-clos. Ça m’a pris quinze ans de préparation. À la source, il y a un article de libération qui racontait l’enlèvement et la libération de Christophe André. J’ai été fasciné par cette histoire et l’ai d’ailleurs mentionnée dans les premières pages de Shenzhen. Quelque temps après, à la suite d’un repas avec des amis qui sont dans l’humanitaire, je me suis retrouvé en face de lui. Et on a parlé de son histoire. J’étais très étonné qu’il puisse en parler si facilement. Souvent, les personnes qui ont été kidnappées relèguent ça derrière eux, préfèrent oublier. Christophe, vu le dénouement de l’affaire, sa meilleure thérapie était d’en parler. Je trouvais ça important de mettre son récit en dessin. Quinze ans après, ça s’est fait!

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S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

Pourquoi, autant de temps?

Cet ouvrage, je l’ai souvent remis au lendemain. J’ai fait une première version que j’ai abandonnée en cours de route. J’en ai fait une deuxième puis une troisième qui fut la bonne. Entretemps, la façon de mettre en scène cette histoire de captivité a complètement changé, l’expérience des albums a aidé.

Mes premières versions jouaient plus la carte du spectaculaire: il se faisait kidnapper, il y avait plus d’action. Mais l’expérience acquise m’a amené à plus de sobriété. L’importance devait être braquée sur le récit. Par contre, je voulais absolument que le lecteur se sente en immersion à la place de Christophe, le plus possible.

Ce bonhomme kidnappé lors de sa première mission humanitaire en Tchétchénie, c’est vrai qu’il est fascinant!

Il me disait: « Ma mission, je l’ai vécue pendant trois mois, assis. Ma captivité, c’était trois mois… couché« .

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S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

Trois mois allongé et menotté dans une position qui n’est pas des plus confortables. Y compris pour le dessinateur!

Pour arriver à dessiner ça de cette manière, je me suis acheté des menottes [l’un des seuls éléments de décor pour une bonne partie du livre] et me suis attaché à un des radiateurs de l’atelier. Un copain me photographiait, torse-nu. Ça m’a aidé pour représenter les deux possibilités que Christophe avait pour essayer de dormir. Ce n’est pas évident.

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S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

Dans vos précédents ouvrages, vous avez souvent vécu vos propres histoires. Ici, en racontant l’histoire d’un autre, était-ce important pour vous d’être en immersion?

Oui, je croyais le récit intéressant du point de vue psychologique. Souvent, au cinéma, en roman, les kidnappings se vivent de manière extérieure. Ici, je voulais que le lecteur soit dans la tête de Christophe et se rende compte de la manière dont on vit cette situation. Comment on tient. Et quand j’en parlais avec lui, il me disait qu’il ne voulait absolument pas perdre ses repères temporels, le seul repère qu’il avait. C’est vraiment une grosse structure mentale. Et quand il reçoit le journal Libération, le temps pour ses ravisseurs de faire une photo prouvant qu’il est toujours vivant, il vérifie vite la date. Il est tout content d’avoir bien su compter les jours!

Pour en parler, il fallait le faire avec la première personne, il fallait le vivre. Je n’ai pas voulu traiter le contexte historique ou ce qu’il se passait à l’extérieur même si l’ONG a essayé et a abattu un travail considérable pour essayer de faire sortir Christophe de là.

N’est-ce pas frustrant pour vous qui avez l’habitude de vous balader dans les décors, de n’avoir pas grand-chose à dessiner?

Bien sûr que c’était frustrant. C’était tellement minimaliste, j’étais obligé de m’accrocher au peu de choses que j’avais. Mais c’était le parti pris. L’immersion imposait une grosse pagination. Mais c’est sûr qu’au bout de 200 ou 300 pages, de savoir qu’il était toujours dans la même pièce, j’en avais vraiment marre. Je n’en pouvais plus, je cherchais les angles. Et le moment où les ravisseurs lui donnent une chemise fut une vraie libération, un soulagement.

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S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

Il ne faut pas se lasser, mais en plus, il ne faut pas lasser le lecteur!

Ça, c’est le problème de toutes les BD’s. Il faut savoir rythmer l’ensemble du livre, les scènes. Il me fallait jouer l’équilibriste entre quelque chose de l’ordre de la routine, de l’ennui ou l’angoisse et le fait de ne pas ennuyer le lecteur. L’équilibre était à trouver, c’était le boulot de la narration.

Comment avez-vous travaillé avec Christophe? L’avez-vous vu une fois ou plusieurs fois au fil du livre?

Je l’ai vu une fois et ai pris des notes avant de me rendre compte que ce n’était pas suffisant pour ce que je voulais en faire. J’ai revu Christophe, on est devenu amis [on se voit en vacances, nos enfants jouent ensemble] et c’est pour ça que la collaboration a pu tenir sur quinze ans. Lui ne courait pas après ce livre, il était partant pour que son récit ait une vie en BD, il aimait mon travail.

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S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

Du coup, je l’ai revu et, sur une journée, j’ai enregistré toute son histoire. Puis, j’ai aussi travaillé sur un document de l’ONG relatant sa libération. À un moment, je connaissais par coeur l’histoire de Christophe, même mieux que lui.

Finalement, le livre se termine quelques heures après avoir repris contact avec les siens. Mais quelle a été la suite du destin de Christophe?

Comme je l’écris, il est rentré six mois chez lui pour se reposer. Mais comme il le dit, sa meilleure thérapie aura été de pouvoir s’enfuir. Après ses six mois de vacances qu’il a occupées notamment en faisant du sport, il a voulu repartir au grand étonnement de ses collègues. Il a eu une autre mission et il est resté vingt ans auprès de cette ONG. Il a été dans beaucoup de pays d’Afrique et au Laos, là où il n’y avait vraiment aucun danger. Sa mauvaise expérience n’a pas changé ses envies.

Mine de rien, même si ce récit était lent, vous arrivez à certains moments à l’accélérer. Notamment lors de la seconde évasion.

J’imaginais l’adrénaline qui pouvait monter, avec tous ses sens en éveil, cette torture mentale de se dire « j’y vais, j’y vais pas » pendant des heures… J’ai eu des frissons quand il m’a raconté tout ça, il fallait absolument mettre ça en images. Quand il sort, je voulais faire sentir les palpitations de son coeur. Via des phrases incomplètes, mais aussi par son attention sur des détails à la con. C’est marrant de voir que dans un tel moment de stress où vous êtes aux aguets, vous pouvez prêter attention aux tomates du jardin, à la marmite qui bout. C’est un détail tellement incroyable. C’est tellement normal pour nous. Mais dans un tel contexte, c’est extraordinaire.

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S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

C’est le bruit qui reprend possession de son dû, trop longtemps laissé au silence, finalement?

Au moment où il se dit « j’y vais », la porte grince et fait un énorme boucan… Après, il a attendu. Comme c’est un passionné de stratégies militaires, je crois qu’il a calculé ses chances de sortir. Pas se précipiter, observer. Mais quel stress, tellement de choses sont en jeu, sa vie même peut-être. Mais il s’est dit « Je dois essayer sinon je le regretterai! ». C’est admirable.

Le titre, S’enfuir, il est venu vite?

Non, il est venu durant le processus. C’est aussi lié à la manière dont on vit une pareille situation. Sans crayon, sans papier. Et pour s’enfuir, cela passait par l’imagination: trouver un nom de général napoléonien pour chaque lettre de l’alphabet, reconstituer les grandes batailles napoléoniennes. Il se refaisait la bataille de Gettysburg aussi. C’est hallucinant de penser qu’il faisait ça pendant sa captivité. Mais ça va dans le sens de beaucoup d’autres témoignages. Kauffmann, otage au Liban, lui, refaisait toutes les régions du Bordeaux qu’il connait si bien, avec les cépages de chaque vin. C’est ainsi qu’il s’échappait.

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S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

Pour moi, s’enfuir, c’était ça. Chacun ses marottes, l’important est de tenir.

S’enfuir, après Chroniques de Jérusalem, c’est aussi un besoin que vous avez ressenti, non?

Oui, après un gros album comme celui-là, j’ai voulu faire des petites histoires courtes et humoristiques. Ça a commencé sur le blog puis comme ça prenait, j’en ai sorti trois albums. Je ne me sentais pas d’attaquer un gros bouquin. Mais après ces trois-là, c’était bon, je m’y suis remis. Mais je ne pensais pas que ça me prendrait deux ans. Je devais trouver la narration qui me convenait pour le faire.

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Chroniques de Jérusalem (c) Delisle/Delcourt

« S’enfuir », du Québec à Montpellier, aussi?

C’était plutôt de l’ordre du voyage. Je suis parti sac au dos, en Allemagne, en France. Pour travailler. Je pensais rentrer mais ça a pris plus de temps que prévu et, maintenant, je suis installé avec femme et enfant, à Montpellier. Et je me suis adapté au climat méditerranéen, mais on s’y adapte vite!

À un tel point que vous disiez dans une interview qu’il ne vous serait plus possible de faire un ouvrage sur la France.

Non, le décalage n’est plus vraiment présent. Après vingt ans, j’en fais partie, de la France. Je me suis fondu dans cette culture. Si j’avais voulu faire cet ouvrage, j’aurais dû le faire à mon arrivée. Après, peut-être n’était-ce pas assez exotique pour moi. Il m’est arrivé aussi d’aller au Viêt Nam et, une fois revenu, de ne pas avoir assez de matériel pour faire un livre. Je me méfie toujours.

Vous êtes passés par l’animation avant d’aller vers la BD qui était votre rêve d’enfant, non?

Ce n’était pas très concret. Ça me plaisait sans que je me dise un jour que j’en ferais mon métier. J’en lisais beaucoup, je dessinais mais il me fallait trouver un boulot. Parce que dans le Québec des années 80, ça n’allait pas de soi de faire carrière dans la BD. Alors, j’ai étudié le dessin animé, ce qui se rapprochait le plus de mon genre de dessin. Et ça m’a permis de travailler.

Mais à côté, j’ai continué à faire de la BD en pensant notamment aux éditeurs indépendants, comme l’Association. Le concept me plaisait, ils avaient mon âge et faisaient une bande dessinée attrayante. Je pensais faire des histoires courtes avec eux tout en continuant à vivre du dessin animé toute ma vie. Mais ça a grossi. Et comme ça marchait bien, j’ai tenté de ne vivre que de ça.

Est-ce que l’animation a influencé la manière dont vous faites de la BD?

Je crois bien. Rien qu’au niveau du dessin. Pour faire de l’animation, il faut arriver à dessiner assez bien… et en 3D, surtout. C’est une bonne école! Après, de l’autre côté, on peut sortir de là avec des tics qu’on n’avait pas. Il faut s’en débarrasser.

Au-delà de ça, l’animation favorise l’observation. Dans le sens où on apprend à observer le mouvement avec beaucoup de précision. On le décompose, l’anticipe. Et ça se transpose dans le neuvième art. Pas de façon directe [il n’y a pas de mouvement en tant que tel dans la bande dessinée], mais dans la fluidité de la narration, dans la préparation du récit. BD et dessin animé possèdent un peu la même grille.

Je trouve que dans S’enfuir, il y a une planche qui montre bien le travail de décomposition à l’oeuvre dans le monde du dessin animé.

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S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

C’est un peu le cas. J’y ai mis du mouvement, Stéphane tourne la tête à gauche, à droite. J’ai donc fait plusieurs images/positions avant de faire un montage par rapport au texte. J’avais fait une première version que Christophe a corrigée: ce que j’avais dessiné n’était pas assez stressant par rapport au questionnement qu’il avait vécu dans la réalité. J’ai rajouté une page, je l’ai centrée un petit peu plus sur le personnage de Christophe et je l’ai fait se tourmenter, se prendre la tête. Au début, c’était plus distancié. À la fin, beaucoup plus intense et fidèle.

Christophe m’a vraiment aidé au fur et à mesure, en relisant, en me guidant et me réorientant. J’ai refait pas mal de pages. Parfois, c’était un peu fatigant!

Stéphane est-il un lecteur de BD?

Oui, mais plutôt de BD classique. Évidemment, il a lu Alix et compagnie. Il a découvert mes bandes dessinées, les a aimées. Parce que ça parlait de voyage, d’humanitaire, de choses qui lui tenaient à coeur.

Mais se rendait-il compte qu’on pouvait raconter sa propre histoire par ce support?

Je ne crois pas. Une fois que ce fut fini, il était content d’enfin tenir l’ouvrage, c’était du concret! D’autant plus qu’il n’avait jamais raconté son histoire. Bien sûr, à sa famille et encore. Mais avec les images, cela apportait quelque chose à son histoire, il pouvait la montrer! C’est pour ça que j’ai fait Pyongyang, Shenzhen. Parce que j’avais l’impression de réaliser de grandes cartes postales où je pouvais montre à ma famille ce que j’avais vécu. C’est toujours frustrant de parler à bâtons rompus d’un pays qu’on a visité sans rien en montrer.

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S’enfuir (c) Delisle/Dargaud

Et je pense que ce sera le même processus pour lui. Il va pouvoir en parler avec ces enfants. Jusqu’ici, il ne leur en avait jamais parlé. C’est étonnant. Et sachant que la BD arrivait, il leur en a touché un mot. J’imagine qu’ils vont dévorer le bouquin.

À côté de ça, vous qui venez du Québec, comment est le marché là-bas? Il a évolué?

Moi, quand j’étais gamin, je me nourrissais de bd franco-belge. Les Schtroumpfs, par exemple. J’aimais beaucoup Morris et son dessin dans Lucky Luke. Mais aussi Fred. Je recevais le dernier Philémon à chaque anniversaire. Il n’y avait pas autant de sorties BD qu’actuellement. Du coup, je lisais à peu près tout. Mais, plus tard, on a un peu perdu le lien, au Québec. Les mouvements indépendants ont fait que les bandes dessinées n’étaient distribuées qu’en France ou en Belgique.

Maintenant, ça évolue. C’est toute une scène québécoise qui se dévoile. Les auteurs étaient d’ailleurs bien représentés au Festival Spirou. Michel Rabagliati, c’est un nom que tout le monde connaît désormais, ici. Il est diffusé. Et il y a de belles maisons d’édition qui se sont montées: La Pastèque, Mécanique générale… Il y a une scène BD vivante. On n’est pas tant que ça mais on arrive à faire du bon boulot. Aussi parce qu’on a beaucoup été influencés par le franco-belge! On est pris entre le comics américain [mais, même jeune, je n’en lisais pas tellement, je préférais les beaux livres que ceux avec un papier cheap sur lequel des gars se tapent dessus] et l’alternative européenne.

Vous continuez à lire beaucoup de BD?

Oui, tout le temps. Mon dernier coup de coeur en date, c’est une BD que j’ai lue un peu en retard: Zaï zaï zaï zaï de Fabcaro. Qu’est-ce que c’est drôle ce truc. Et ça se diffuse avec un bouche-à-oreille fantastique parce que sa maison d’édition est toute petite, Six pieds sous terre de Montpellier. J’ai ri comme ça m’est peu arrivé dans ma vie de lecteur.

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Zaï Zaï Zaï Zaï (c) Fabcaro/ 6 pieds sous terre

J’ai aussi lu pas mal de mangas dernièrement. Avec mon fils. Puis, je vais à la Médiathèque et je lis parfois des trucs un peu plus anciens. Comme ce qu’avait fait Yann avec Schwartz sur le voyage qu’avaient fait Morris, Franquin et Jijé en Amérique, Gringos Locos. C’est intéressant comme témoignage.

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Gringos Locos (c) Yann/Schwartz/Dupuis

Puis, j’ai aussi lu le livre de Lewis Trondheim, Les coquelicots d’Irak.

Justement, quel est votre regard sur la BD du réel qui ne cesse d’évoluer?

Ça s’apparente à la manière au mouvement général de la BD indépendante qui a permis, tout à coup, d’explorer des lieux où on n’allait pas. Aujourd’hui, des gens font des recettes de cuisines en BD tirées de leur blog. Ça marche et c’est adorable. On parle du BD-reportage, et il y a pourtant une multitude de choses différentes. On me compare à Joe Sacco mais, si j’adore ce qu’il fait, j’ai l’impression d’être très loin de ses oeuvres. Lui fait un travail journalistique, il est journaliste. Moi, je fais du soft-journalisme, si du moins on peut l’apparenter au journalisme.

Ça me plait bien de lire un Gringos Locos où on apprend des choses tout en s’amusant. Ça a de la saveur. Les coquelicots d’Irak, c’est fabuleux d’entrer en contact avec la vie qu’une petite fille peut avoir dans ce pays dans les années 60. Ils épandent du DDT dans la rue, les gosses jouent près des camions… C’est un beau témoignage et c’est amusant, je me réjouis de voir que la BD peut faire ça!

Le cinéma, ce fut un peu la grande déception, non?

Pas tellement, au final. Moi, je n’ai pas travaillé un an et demi sur le scénario. Ce sont les gars qui y ont bossé qui ont dû être déçu! Moi, je partais de l’idée que ça ne se ferait pas. Et tout à coup, ça se concrétisait, un coup de fil du réalisateur. C’était incroyable! Puis, c’est retombé. Oui, déçu, je l’ai été, une ou deux semaines. Et c’est passé. Je n’aurais de toute façon pas participé au film. Mais j’aurais été bien curieux de voir ce que le réalisateur de Pirates des Caraïbes allait faire de mon récit à Pyongyang! (Rires)

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Pyongyang (c) Delisle/L’association

Vous qui venez du cinéma, de l’animation, il y a encore des envies de ce côté-là?

Pas tellement. C’est un travail de longue haleine et je préfère travailler deux ans sur un livre que de passer six ans ou plus sur un film. Je fais partie de ces auteurs de BD qui ne rêvent pas vraiment de faire du cinéma. Que du contraire, qu’est-ce que j’aime la liberté créatrice que me procure le fait d’être assis à ma table. J’ai toute latitude. Je n’ai pas à convaincre qui que ce soit que c’est une bonne idée de faire un récit de science-fiction, si j’ai envie. Cette position-là, elle est extrêmement confortable. Il n’y a qu’à voir Miyazaki, il a arrêté de faire des films, il fait de la BD tranquillement dans son coin.

D’autres projets, du coup?

Pour le moment, rien de concret. Des envies, mais très floue. J’attendais que cet album sorte pour en être libéré. Et je vais me remettre à ma table et faire des petits trucs légers. Peut-être pour enfants mais je verrai la forme que cela prend. Je vais balancer des histoires courtes sur le blog, l’une d’elles aura sans doute plus ma faveur et je la creuserai et ça fera une série. Comme Le guide du mauvais père, c’est comme ça que ça a commencé. Comme plus tôt, les ouvrages où je mets en scène mon fils: Louis à la plage et Louis au ski. D’ailleurs, à propos de ça, ma fille Alice « m’en veut » un peu d’avoir consacré des aventures à Louis et pas à elle. Donc, il ne serait pas improbable qu’il y ait de futurs ouvrages sur Alice.

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Le guide du mauvais père (c) Delisle/Delcourt

Pas de voyage à l’ordre du jour?

Non, il n’y en a plus eu depuis Jérusalem. Peut-être que la période trentenaire-sac-à-dos est derrière moi. Rien ne nous retenait ma femme et moi. Là, maintenant, il y a les enfants, on ne peut plus se permettre de partir aussi longtemps.

Merci beaucoup Guy!

senfuir-guy-delisle-recit-dun-otage-couvertureTitre: S’enfuir

Récit complet

Scénario et dessin: Guy Delisle

Noir et blanc

Genre: Documentaire, Huis-clos

Éditeur: Dargaud

Nbre de pages: 432

Prix: 27,50€

Date de sortie: le 16/09/2016

Extraits:

 

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