Michel Polnareff, gladiateur à Spa, l’éternelle jeunesse et la trempe des héros!

Pour leur première journée, les Francofolies de Spa 2016 ont vécu une soirée de légende, comme elles en ont peu connu en 22 ans d’existence. Sur une scène Pierre Rapsat inondée de soleil et à la sécurité renforcée, Machiavel et Michel Polnareff ont fait fort. Très fort. Généreux et d’une énergie inébranlable, les deux têtes d’affiche ont prouvé qu’après tant d’années de carrière et de musique, tout était oublié, le poids des ans ne se fait plus sentir, ils ont toujours 20 ans.

Francofolies Spa 2016 - Michel Polnareff - concert (32)
(c) Alexis Seny

20h, après un apéro prolongé en terrasse, une sacrée foule a convergé vers la Scène Pierre Rapsat pour une soirée qui s’annonce d’ores et déjà mythiques. Dans l’arène spadoise, le soleil tapant a fait place à l’ombre de la vallée, Machiavel peut commencer. D’ailleurs, si quelques perruques dorées émergent par-ci, par là, on se prend à se demander si elles ne sont pas là pour rendre hommage à Hervé Borbé, le claviériste du groupe depuis un paquet d’année. Bien sûr que non, est-on bêtes!

Francofolies Spa 2016 - Machiavel - ORCW - concert (34)
(c) Alexis Seny

Machiavel, un nom quadragénaire qui a écrit plus d’une page dans le livre du rock à la belge et fait tressaillir combien de fans? Sauf que cette fois, comme le quintet est venu accompagné de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, comme il en a pris l’habitude depuis quelques mois. Le temps de revisiter les chansons incontournables que porte (et emmène tout là-haut) la voix de Mario Guccio.

Francofolies Spa 2016 - Machiavel - ORCW - concert (13)
(c) Alexis Seny

La sympathie rayonne et, d’ores et déjà, les premières cordes se font entendre, sentir même, et les nombreux spectateurs comprennent que ce concert va être inestimable, habillant les tubes de Machiavel pour en faire des bijoux. Les craintes sont reléguées aux oubliettes et la notion orchestrale trop souvent galvaudée ces derniers temps par un effet de mode qui n’a que l’originalité du coup marketing. Ici, l’orchestre reprend tout son sens, avec une réelle valeur ajoutée. Plus loin encore, une dimension supplémentaire.

Alex Vizorek et Pierre Kroll se sont-ils mis aux cordes?
Alex Vizorek et Pierre Kroll se sont-ils mis aux cordes? (c) Alexis Seny

Les titres s’enchaînent, mis sur orbite par le charisme de Mario, dont les regards sont toujours aussi co(s)miques. Rope dancer, Great White Done, Over the hill, tous sont sublimés. Mais le moment le plus intense restera sans doute cette parenthèse laissée à Marc Ysaye, touchant comme jamais.

Francofolies Spa 2016 - Machiavel - ORCW - concert (123)
(c) Alexis Seny

Car l’heure est de taille, le batteur émérite célèbre deux événements. Le premier? Il vient d’être une troisième fois papi. Puis il y a tout juste vingt ans, aux mêmes Francofolies de Spa, à l’initiative de Jean-Luc Fonck, Machiavel se reformait après 14 ans de silence. Depuis, il n’a cessé de chahuter de bon rock les scènes belges. « Selon les cas, vous pouvez remercier ou en vouloir à Jean-Luc Fonck« . Le batteur se fait crooner pour sortir de nulle part (ou peut-être est-ce le premier album du groupe, l’éponyme?) la pépite Cheerlesness. On avait oublié à quel point la voix d’Ysaye pouvait faire des petits miracles dans nos coeurs mélomanes. Quelques instants suspendus avant que, quelques minutes plus tard, bourdonne la ruche de corde. Fly peut commencer, et c’est la folie dans le public. Emporté dans un océan de cordes si bien accordée au petit monde de Machiavel, ses princes sont devenus des rois pour un concert qu’on n’oubliera pas de si-tôt. À 40 ans, Machiavel est de prime jeunesse!

L’aigle Polnareff

D’un roi à l’autre, il ne manque plus que l’Amiral. L’ambiance monte et Charles Gardier doit encore se pincer pour le croire, Michel Polnareff sera parmi nous ce soir! Dingue! Et 8000 personnes n’attendent que lui. Car oui, le chanteur, auteur d’un énorme retour cette année, cultive l’art de se faire désirer. Le fond de la scène s’habille d’une tignasse reconnaissable entre toutes, de lunettes cultivant le mystère, et un énorme compte-à-rebours se met en place. Trois minutes à attendre, trois p***** de ministres et nous entrerons dans le rêve. Une minute quinze, je n’y tiens plus, j’érige mes bras vers le ciel pour tenter de lancer un clapping. Trois pelés, deux tondus suivent, puis le reste de la place. Nous ne sommes pas encore Islandais mais le coeur y est et ses mains qui s’entrechoquent sont autant de coups de semonces pour appeler l’idole de tous ici.

Francofolies Spa 2016 - Michel Polnareff - concert (2)
(c) Alexis Seny

Et le résultat ne se fait pas attendre, divin messie, Polna surgit, on se frotte les yeux. Avec une nouvelle chanson. « Mais vous allez vite l’apprendre« . Quatre accords, et en effet, elle s’adopte très vite cette poupée… qui fait non. Sacré Michel! Le show est lancé et Michel est affûté. Sur son pantalon noir, audacieusement positionné (vous savez, « Pas besoin d’un référendum
Ni d’un expert pour constater qu’elles sont en nombre pair« ) un emblème représente un aigle. Et cette promesse « en dessous de la ceinture » est vite concrétisée, Polnareff est toujours capable de s’envoler, plus qu’en 2007 encore. Et sa robustesse, le chanteur compte bien la mettre en application sur « L’amour avec toi » promettant au public « … et moi je voudrais faire l’amour avec vous tous!… Ça prendra du temps! » Hilarité générale dans ce public conquis après trois chansons.

Francofolies Spa 2016 - Michel Polnareff - concert (54)
(c) Alexis Seny

Mais l’heure est grave et L’Amiral s’enquiert auprès de ses moussaillons: « Y’a-t-il des détracteurs? Attention, ils se cachent bien! » Et tel un pied de nez (comme il l’avait fait sur la Tournée Ze re Tour), le sémillant septuagénaire étale ses interrogations. Sous quelle étoile est-il né? Il n’y a pas d’échappatoire, les premières notes seraient « meurtrières » pour quiconque n’arrive pas à atteindre les étoiles. Mais sa voix céleste, Polna l’a toujours. Et dans l’éclat de la nuit, le cristal brille de mille feux. Et cet envoyé des étoiles ne se prive pas de mettre à contribution les Moussaillons dans la quête de notes toujours plus folles.

Francofolies Spa 2016 - Michel Polnareff - concert (42)
(c) Alexis Seny

Mais déjà le pouvoir de la voix et les choeurs de la marine se voient secondés de la majesté des visuels. Les questions se suivent et l’heure est venue de se demander Qui a tué grand-maman. Sur l’écran, un arbre au moins centenaire. Polnareff courbe le temps et joue ses quatre saisons qui nous prennent en tempête., faisant tomber l’hiver sur la trentaine de degrés qui règne à Spa.  Les projections, l’emballage esthétique joue de magie.

Francofolies Spa 2016 - Michel Polnareff - concert (93)
(c) Alexis Seny

Comme sur Lettre à France, symbolisé par des statues irrémédiablement séparées avant de voler en éclat. Déjà, à ce moment, le spectacle a commencé il n’y a pas si longtemps et il est d’une rare beauté, d’une audace qui fait les géants.

Francofolies Spa 2016 - Michel Polnareff - concert (82)
(c) Alexis Seny

Des moussaillons et des manchots

Généreux, Michel Polnareff, tel un gladiateur, un Spartiate à Spa, évoque la manière dont il a perfectionné notre belge langue. « Maintenant, je parle belge. Gueuze Lambiek, Kriek, Hoegaarden. » Notre petit doigt nous dit que l’Amiral aime « écluser » (avec modération, on n’en doute pas une seule seconde au vu de la pêche que le bonhomme tient!) les bières rosées. Puis, il nous la joue « Viens te faire chahuter » en demandant au public de lever ses bras. « Même les manchots« , une allusion drôle faite à l’égard de ses (nombreux) spectateurs qui, désormais, profitent des concerts via le petit écran de leur smartphone. « Périscope es-tu là? C’est marrant parce que maintenant quand je compte les bras levés, j’arrive toujours à un nombre impair! » On rit sans se forcer devant la spontanéité de ce Grand Monsieur. Mais cet apparent relâchement masque ce qu’il se trame. Le ton se durcit et le concert rentre dans sa phase « rock ». En témoigne la puissance du Bal des Lazes dans une version qui n’a jamais autant fait rocker cette tragédie chantée. On est sur le cul et on en prend plein les mirettes!

Francofolies Spa 2016 - Michel Polnareff - concert (135)
(c) Alexis Seny

Durant tout le concert, l’homme aux lunettes n’aura de cesse de se retrancher dans l’ombre pour faire la part belle à ses onze musiciens. C’est tout à son honneur, eux aussi excellent. Et notamment à ce moment précis. Pas même le temps de se remettre de ce bal fou au Chateau de Laze que déjà, en téméraires chevaliers, les deux guitaristes s’affrontent en duel, prouvant qu’ils n’ont rien à envier aux Guns ni à Deep Purple dont ils reprennent quelques notes. La crème de la crème pour nous emmener là où on n’emmène pas. Les morceaux pêchus s’enchaînent, costaud et survitaminé comme on fantasmait de les entendre. La Mouche, Holidays, le formidable Tam-Tam (dont Michel prend soin d’actualiser les paroles pour évoquer sa relation amour-haine avec les réseaux sociaux) ou Je t’aime dans lequel se mêlent quelques notes d’hommages « Purple rain« . Avant de nous faire redescendre de notre petit nuage Dans la rue. Les Moussaillons n’y tiennent plus, c’est la danse, c’est la transe, on jurerait presque voir quelques pogos.

Francofolies Spa 2016 - Michel Polnareff - concert (164)
(c) Alexis Seny

Pas de quoi s’arracher les cheveux, puisqu’« Y’a qu’un cheveu sur la tête à Mathieu », un poème « très riche » de l’avis éclairé et empli d’autodérision du chanteur. L’heure est tout doucement aux « goodbies » et Michel Polnareff crève une nouvelle fois le ciel pour atteindre le firmament vocal. Mersea pour ce moment, comme dirait l’autre.

Francofolies Spa 2016 - Michel Polnareff - concert (239)
(c) Alexis Seny

Moi qui venais pour le fun, pour voir Polnareff une fois dans ma vie, j’en ai pris plein la gueule et ce concert rentre tout droit dans les annales de mes meilleurs moments musicaux, aux côtés de Springsteen, de Jamie Cullum ou d’Eicher, aussi. Et je ressors de la fosse avec un coup de vieux, moi qui n’ai même pas 25 ans (et qui n’avais jusqu’ici grandi et pris connaissance de ce monstre sacré que de manière radiophonique). On m’avait juré que Michel avait 72 ans, moi j’ai vu un homme qui n’a eu de cesse de rajeunir tout au long de son concert. A-t-il trouvé à Spa, l’eau de jouvence, toujours est-il que ses vingt ans lui vont parfaitement bien. Et dans la foule qui se disperse peu à peu, les « Goodbye Marylou ont résonné très longtemps après le départ de l’Amiral du bateau-scène. À très vite, Michel.

Tracklist:

  1. La poupée qui fait non
  2. Je suis un homme
  3. L’amour avec toi
  4. Sous quelle étoile suis-je né?
  5. L’homme qui pleurait des larmes de verre
  6. Qui a tué grand-maman?
  7. Lettre à France
  8. Love me please love me
  9. Le bal des Lazes
  10. Intermède guitares
  11. La Mouche
  12. Holidays
  13. Tam Tam (l’homme préhisto)
  14. Je t’aime (avec Purple Rain)
  15. Dans la rue
  16. Y’a qu’un cheveu sur la tête à Mathieu
  17. Goodbye Marylou
  18. Tout tout pour ma chérie

Michel Polnareff sera le vendredi 18 novembre 2016 à Forest National

2 commentaires

  1. Mersea pour la poésie de votre article qui revient parfaitement au génie incontestable de notre Amiral , qui loue la beauté de sa musique et de sa voix magique.

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