Les révolutions du « Cahier bleu » de Juillard dans la Bande Dessinée

Tout le monde connaît les BD historiques d’André Juillard,  notamment « les 7 vies de l’épervier »(Glénat, 1983-1991) ou « Plume aux vents »(Dargaud, 1995). Arrêtons-nous cependant sur une autre BD incroyable de ce même auteur: « Le cahier bleu ». Sortie en album en 1994 chez Casterman (Alph’Art du meilleur album à Angoulême cette même année), cette BD est révolutionnaire.  Mais en quoi?

Résultat de recherche d'images pour "le cahier bleu album bd"

Afficher l'image d'origine

Parce que cette BD ultra-contemporaine, très parisienne, « casse » les codes narratifs traditionnels et les schémas de focalisation. Le cahier bleu est une BD avec divers points de vue et 3 personnages principaux: Louise, Victor et Armand. Chacun amenant son propre point de vue au récit et à l’intrigue.

Louise sortant de la douche:

Résultat de recherche d'images pour "le cahier bleu bd"

Le récit de Victor:

Afficher l'image d'origine

Armand, ce dragueur:

cahier-bleu-2.jpg

En effet, un cahier bleu (qui se révèle être un journal intime) est amené mystérieusement dans la boîte aux lettres de Louise, et on y découvre que c’est le récit de Victor qui y est narré. On s’aperçoit ainsi que Louise fut convoitée par deux hommes, tout d’abord Armand, bellâtre opportuniste et sans-coeur, que Louise rejettera.  Et puis par Victor que Louise, de par sa personnalité trop idéaliste et sensible, perdra aussi (elle croit que Victor l’a manipulé et a joué avec son coeur…).

Afficher l'image d'origine

A quoi marche l’amour? À des rideaux oubliés dans une salle à manger, l’occasion pour Louise d’apparaître nue au sortir de la douche…et d’attirer les convoitises de garçons bien intentionnés (?) coincés dans le métro du dehors. Ces divers schémas de focalisation font bien progresser la narration, mais aussi la lecture de cette BD ; on passe ainsi à des récits narrés (avec le fameux cahier bleu), puis vécus selon la vie des personnages, ce qui permet une mise en abyme entre le lecteur et le narrateur et nous permet de mieux nous identifier aux personnages.

Résultat de recherche d'images pour "le cahier bleu album bd"Résultat de recherche d'images pour "le cahier bleu album bd"

Afficher l'image d'origine

 

Dans cette BD façon ligne claire, où André Juillard, au sommet de son art, reproduit avec précision l’architecture du métro, les  monuments ou grandes rues parisiennes.

Afficher l'image d'origine

Contrairement à Hermann, André Juillard possède un dessin apaisé qui nous montre un Paris de carte postale, ville pleine de charme et de surprise ; BD aussi sur le temps qui passe (surtout vers la fin) où les personnages se retrouvent aussi solitaires qu’au début. BD alors très bobo? Elle accompagne, à cette époque en tous les cas, les récits de « Monsieur Jean » de Dupuy et Berbérian ; en outre, les protagonistes de cette BD exercent des métiers très urbains, à savoir Louise, archiviste et documentaliste et surtout Victor, conservateur de musée.

Afficher l'image d'origine

Dessins de Juillard et photos quartiers parisiens pour « le cahier bleu »:

Afficher l'image d'origine

BD très mélancolique aussi, les personnages traversent des épreuves (Victor est soupçonné, à tort, de la mort d’Armand et fait un séjour en prison) et chacun vaquera à ses occupations vers la fin, s’enfermant dans sa propre solitude. Et ce qui fait le génie de Juillard, c’est qu’il arrive à allier un certain académisme, façon ligne claire en BD, à un renouveau narratif, développant les différents points de vue des personnages par divers plans et angles dessinés. Ses cases BD, même sans dialogues, servent à la narration de l’intrigue, imprimant ainsi l’atmosphère si particulière de l’album.

Afficher l'image d'origineRésultat de recherche d'images pour "le cahier bleu album bd"

A noter, que André Juillard reprendra les personnages de Louise et de Victor dans « après la pluie »(Casterman, 1998) pour une intrigue se passant en Italie. Notons aussi que Le cahier bleu a été l’occasion de recherches universitaires, surtout de la part d’Eric Lavanchy:

  • Eric Lavanchy, Étude du Cahier Bleu d’André Juillard. Une approche narratologique de la Bande Dessinée, Bruylant, 2007 et n’oublions pas la monographie consacrée à André Juillard par Michel Jans et JF Douvry (éd.Mosquito, 1996).

Afficher l'image d'origine

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s