Quand c’est MAUVAIS, il faut le dire!

« Pour toi je peux devenir Gérard Depardieu« , tout un programme! Et c’est d’ailleurs le menu du premier album de MAUVAIS, duo composé par le musicien très demandé Calogero Marotta et l’auteur-interprète Christophe Enclin, arrivé comme une bombe dans le paysage musical francophone de ce début d’année. Comme seuls des Walliforniens peuvent en faire.

Car Gérard Depardieu, cette formation atypique l’est déjà un peu, ne fut-ce que par sa délirante pochette où un jeune Gérard Depardieu s’offre au regard en tenue de Laura Ingalls. Mieux, iconoclaste, « dinosauresque », jouant entre second et premier degré, tout comme Gégé, MAUVAIS est un OVNI dont le seul nom témoigne de son bagout et de sa volonté de ne pas se prendre au sérieux. Et les premières mesures de cet album ne fait que confirmer l’impression visuelle. Avec Vengeance, le premier des dix titres, les deux comparses donnent l’impression sur une musique entraînante et des guitares n’hésitant pas à tempêter de faire revenir… Claude François de la mort et de le remettre sur courant alternatif, de lui redonner du jus pour une ultime chanson, désenchantée. MAUVAIS reprendrait-il les gammes de la chanson française des années 70’s? Peut-être mais pas que!

Car déjà la deuxième piste nous happe sur des paroles répétitives rappelant une chanson de Saule, entre humour et envie de bagarre. Mais la musique, ultra séduisante, s’accélère, le refrain saute aux oreilles, Trop vite et sans pitié, enivrant. MAUVAIS viserait-il l’excellence? Il est un peu Gainsbourien, en tout cas, sur Tout Nouveau, préférant parler, raconter les mots plutôt que les chanter, comme tous ces acteurs qui ont essayé de se lancer dans la chanson. Comme Gabin, Auteuil, Delon et, c’est vrai, Depardieu aussi. La musique est scintillante, un brin nostalgique, elle ravive la mémoire, on en fait plus des comme ça, sauf peut-être si c’est… Mauvais.

Mais MAUVAIS aime varier les plaisirs et les voyages. C’est le cas avec Boîte noire, dans la tiédeur d’une nuit alcoolisée aux côtés des Farka Touré délurés. On pense à Arthur H, excusez du peu. C’est trépidant, ça donne envie de danser et de reprendre, avec les choristes (appelées les Mauvaises, ça va de soi), ce « La la la la la » entêtant. Mais le groupe ne s’arrête pas là et pousse la dinguerie encore plus loin avec Non, qui réussit presque à faire une chanson avec cette seule négation. Pourtant Christophe Enclin semble imperturbable, exprimant chaque « non » de manière différente, presque. Fantastique.

Mais MAUVAIS sait aussi chanter, comme le prouve Jeunes et Jolies. Le crooner, lui, fait ce qu’il peut, l’heure des grandes voix semble passée, place à une voix humaine avec toutes ses aspérités. Ça sonne bien et juste. Les musiciens, Calogero Marotta sur toutes les guitares est aidé par Patrick Schouters aux percussions et à la batterie, font le boulot sur quelques solos vachement bien sentis.

Arrivé à ce stade, vous jetez un oeil sur cet album inclassable qui réussit déjà à vous embarquer. Mais vous n’avez pas encore goûté à la surprise royale. Car, sur Les Mots (adaptation d’un standard de FR David), on régresse une nouvelle fois dans le temps, nous voilà dans les 60’s sur une espèce d’inédit que le Johnny période « pas encore mué » aurait pu nous pondre. Oui Johnny Hallyday… C’est fou, inattendu mais, encore une fois, totalement cohérent avec le tour de force que réussit MAUVAIS. Les paroles sont volontairement basiques, risibles presque, mais l’important n’est pas là: Mauvais agit comme un jukebox nostalgique et fait mouche à tous les coups.

Mais voilà que la meilleure chanson de l’album surgit. Au coin de la rue apparaît Biarritz (ben oui, MAUVAIS est encore un jeune groupe, sans les moyens pour aller beaucoup plus loin). Le temps est incertain, la musique chaloupée, le cappuccino réchauffe les coeurs et Christophe Enclin y va, crescendo. Après le Irons-nous voir Ostende de Jéronimo, nous avons vu (entendu surtout) Biarritz, et c’est pas mal non plus, tout compte fait.

« Je vais vivre d’arnaques« , la phrase est lâchée sur Mes Cliques, chanson vengeance « oeil-pour-oeil, dent-pour-dent » (exemple: « T’as déchiré mes pantalons? Je porterai des shorts« ), et confirme notre impression: on nous a menti sur la marchandise. Et MAUVAIS, c’est beaucoup mieux que moins bien, c’est même carrément enthousia-naze-smant. On se laisse aller à répéter « ordure, racaille » et on se dit qu’après une journée tendue, c’est peut-être l’une des meilleures choses à faire! Ça soulage!

Et puisqu’on parlait de Johnny, tout à l’heure, ah que le revoilà qui n’a pas dit ces derniers mots. Un vrai faux hommage à la star « alitée l’été« . Un texte truculent sur fond d’une mélodie un peu planante. Une conclusion rêvée pour cet album réécoutable à souhait pour être sûr de percer à jour tous ces degrés de lecture. Beaucoup plus malins qu’il n’y paraît, ces mauvais gars et mauvaises filles risquent bien de faire leur petit bonhomme de chemin. Ce premier opus est redoutable, entre rires et sensibilité, entre références indémodables (peu importe les biens pensants) et style propre. Espérons qu’ils gardent ce mauvais esprit, n’aient pas le mauvais oeil tout en ayant la grâce de nombreuses oreilles! 

Mauvais - Pour toi je peux devenir Gérard Depardieu

Artiste: MAUVAIS

Album: Pour toi je peux devenir Gérard Depardieu

Nbre de pistes: 10

Durée: 39’39 »

Label: Anorak Supersport

Sortie: le 29/02/2016

Booker: Nada Booking

Facebook: Mauvais

Bandcamp

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