« L’homme qui ne voulait pas prendre de photo » dans les pas des enfants du Burkina

Vendredi, notre compagnon de route, Olivier Gilgean, fêtait en bonne et due forme le vernissage de son exposition, « Moi, enfant du Burkina », à la Maison de la Culture de Namur (encore visible jusqu’au 31 janvier). Avec en accompagnement – et non des moindres – la musique énergique de Kawa Dub et Sana Bob. Près de 550 personnes sont venues à la rencontre de ses visages aussi proches que lointains. Laurent Faucon nous livre ses souvenirs photogéniques.

(Article initialement paru sur lavenir.net)

Jamais là où on l’attend, Olivier Gilgean ne sait même pas ce qu’il veut, il est un peu l’homme qui ne voulait pas faire de photo tant le photographe tire ses clichés quand il en a envie, sans préméditation. « Il y a quand même souvent une jolie fille dans mes histoires.  » Et cette fois, il s’agit de Marine, la chanteuse de Kawa Dub (en concert le soir du vernissage de la présente exposition) qui a mis Olivier sur le chemin du chantre de l’humanisme qu’est Sana Bob (en concert aussi pour le vernissage).

Olivier Gilgean - Expo Moi enfant au Burkina - By Laurent Faucon (38)

Leur rencontre a accouché d’un voyage au cours duquel le photoreporter a découvert une facette inédite du Burkina. « Je n’y étais jamais allé et ne me suis même pas renseigné. Je dois avoir hésité une trentaine de secondes avant de dire oui ! Mais comme d’habitude, je ne savais pas ce que j’allais y trouver. Je n’avais pas un sou de côté, mais les sponsors ont permis de payer quasiment tout le voyage.  » Un voyage des plus simples avec logis et location de voitures chez l’habitant pour un voyage loin d’être touristique. Olivier a d’abord découvert les écoles paillotes. « Des tôles ondulées au milieu de nulle part. Ça m’a fait penser à la guerre du Vietnam, vous savez ces baraquements surchauffés car en plein soleil où les soldats américains s’entassaient. Dans ces écoles avec les moyens du bord, les enfants ne bronchent pourtant pas et apprennent tant bien que mal.  » Refusant de venir les mains vides, Olivier avait fait un appel aux dons avant son départ, il a ainsi pu apporter 280 litres de matériel scolaire aux enfants, tout sourires.

Olivier Gilgean - Moi enfant au Burkina (7)

Un monde de respect

Et en échange, le Namurois a eu droit à une surprise. « Un monsieur qui était resté dans son coin sans rien dire, est parti à un moment. Il est revenu avec une poule et un coq, des animaux sacrés ! C’était en fait un papa d’élèves, tellement heureux.  » Olivier a été fasciné par les sourires des gens qu’ils croisaient et par le respect que se vouent les Burkinabés. « Le respect, c’est pourtant un mot que je n’utilise plus depuis des lustres tant il a perdu de sa substance dans nos sociétés occidentales.  » Une notion encore plus forte dans le monde des orpailleurs, dans lequel Olivier s’est immiscé, grâce à Sana Bob. « Lui, c’est le meilleur des passeports. Même les militaires s’arrêtent pour le saluer. Et quand on sait à quel point le site des orpailleurs est contrôlé, la présence de Sana était un atout.  »

Olivier Gilgean - Moi enfant au Burkina (12)

Dans ce monde de misère, Olivier est resté quelques heures, remarquant l’enchevêtrement de bois et de tôles dans lequel 10 000 personnes vivaient et dormaient à même le sol. Tous travaillent avec des outils Sur la colline environnante, le photographe s’est hissé sans relâche. « Jusqu’au moment où je me suis arrêté, me demandant pourquoi tant d’orpailleurs étaient à l’arrêt et regardaient tous vers un point invisible. Je sentais que je dérangeais avec mon appareil photo. Que se passait-il ? En fait, une explosion venait de retentir et 150 personnes étaient bloquées, condamnées dans ses mines non-sécurisées. J’ai alors rangé mon appareil, je ne pouvais plus continuer.  »Olivier Gilgean - Moi enfant au Burkina (8)

De cette parenthèse de quinze jours en mars restent des portraits, des instantanés de vies, bien souvent souriantes pour camoufler bien des désespoirs. Ces photos, en noir et blanc, seront vendues lors de l’exposition, tous les bénéfices serviront à l’achat de matériel scolaire. Quant au photographe, il est en piste pour une nouvelle aventure. « Si je peux aider des enfants burkinabés, pourquoi ne le ferais-je pas aussi pour une petite fille namuroise ?  »

Quelques photos du vernissage prises par Laurent Faucon:

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