Interview de Pascal Aubril: « Joe Skull est mon moi virtuel, il a ses amis qu’il invite à manger »

Pascal Aubril alias Joe Skull, fait partie de cette nouvelle génération d’auteurs qui apportent un sang neuf à la bande-dessinée. Depuis qu’il a pris le nom de son personnage Joe SKULL comme nom d’auteur, il a participé à quelques collectifs comme Les Moutons Noirs (« Rien vu, Rien entendu »), Cabot Comics (avec Stéphane Conti-Pérez), le fanzine de Laurence Coquine (TANKAFAIR), Ze Evil Team (avec Jim, Gilson, Papybic, Vermine 01, Alain-R et Kirira), Reukeutepeuh! (avec Ned C.)… Mais « Les Aventures de Joe SKULL – tome1 : Rencontres » est son premier véritable album publié. Denis Pirlet l’a rencontré, en pleine autofiction.

Pascal Aubril raconte ainsi à propos de Joe Skull:  » C’est un album dans lequel j’ai cherché mes marques à travers des expérimentations personnelles (graphiques et narratives) mais aussi avec mes amis blogueurs qui m’ont poussé à faire le pas. Ce pas que je n’osais franchir : celui de me considérer comme un auteur BD et d’agir comme tel en faisant tout pour faire vivre mon univers dans l’imaginaire d’un cercle de lecteurs de plus en plus large.« 

Le personnage Joe Skull porte en permanence une sorte de carton sur la tête mais il peut voir grâce à une canne-œil. Découvrez l’origine de ce carton qu’il appelle « SKULL box » et suivez Joe dans ses aventures accompagné de son singe dactylographe qui le guide et le conseille aussi bien sur Terre que sur les autres mondes qu’ils vont traverser.

Bonjour Joe. Alors… raconte-nous, comme tu le cites dans le chapeau de cette interview, tes premières expérimentations narratives, graphiques et ton expérience vécue de la blogosphère.

Jusqu’à 2009, à peu près, je dessinais surtout dans mon coin. Cette année là, je faisais ma dernière année à Vivendi Games Mobile comme concept artist sur des jeux pour téléphones portables. C’était un chouette poste, mon premier CDI qui a duré 2 ans car la boîte a fermé. Avant la date de fermeture officielle, on avait plus rien à faire à part des stages intéressants mais qu’on oublie au bout de 2 mois, surfer sur les blogs et penser à ce qu’on allait faire après. Moi, je collectionnais les blogs d’illustrateurs qui déboitaient, je les mettais en favoris et les partageais avec les collègues.

Puis, je me suis dit: « Pourquoi n’en ferais-je pas un moi aussi? »; alors j’ai réfléchi à la façon de le présenter et à ce que j’allais mettre dessus. Bien sûr, il serait beaucoup moins intéressant que ceux que je partageais mais il présenterait un personnage qui vivrait et évoluerait comme dans son chez-lui virtuel. Ce personnage, tu t’en doutes, c’est Joe SKULL! Alors, pour répondre à ta question, cette expérience blogosphérique qui a été le tout début des Aventures de Joe, cela a été ma façon de partager mon univers pour la première fois avec des blogpotes qui avaient aussi le leur et la même envie de partage. C’était vraiment excitant de lancer des concours de dessins sur des thèmes qui nous inspiraient. On était tous bien motivés et on y prenait beaucoup de plaisir. On formait une sorte de communauté et petit à petit, c’est ce qui m’a poussé à me mettre sérieusement sur l’élaboration de ma première BD.

Ce sont donc les éléments déclencheurs de la création de Joe Skull. Expliques-nous la genèse de ce personnage.

Exactement. Dans les tout premiers posts de mon blog, je cherchais comment j’allais représenter Joe. Je me souviens de cette image où il sortait du carton qui lui sert de tête comme pour l’accouchement d’un nouveau-né. j’avais même fait une petite vidéo. La suite s’est déroulée dans une sorte de logique intuitive: recherches du costumes, accessoires (canœil), son compagnon (Blowy, le singe)… et une fois que Joe était prêt, il a commencé à s’adresser directement à ses amis, personnages fétiches de mes blogpotes, les invitant à dîner, à se balader dans son labyrinthe ou même à imaginer la tête qu’il pouvait avoir sous son carton…

Et puis, il y a eu Facebook qui a pris le dessus sur le blog de Joe comme sur celui de la plupart de ses potes. Une façon de partager plus directe mais aussi plus proche de la vie réelle et pour se faire plus d’amis. Maintenant, Joe a beaucoup d’amis sur Facebook. J’en ai rencontré quelques uns et ils sont de vrais amis avec qui je discute souvent en messagerie privée… j’en suis certains en likant leurs statuts ou en leur laissant des commentaires. Je ne connais pas les autres et probablement qu’eux non plus.

Quelle à été ton inspiration pour ce style particulier que tu t’es approprié ?

C’est un mélange de styles dont j’ai du mal à définir l’origine précise. Je suis une « éponge à image ». J’absorbe tout ce que je vois depuis tout petit. Ça me le fait moins maintenant mais quand j’allais dans des librairies comme Album à Paris, j’avais tellement d’images dans la tête que j’en frôlais l’overdose. De toutes ces images, il en ressort certaines parce qu’elles sont souvent des même auteurs : Mike Mignola, Jamie Hewlett, Sergio Toppi, Dave Mc Kean ou Kevin O’Neil.

Joe Skull est une part de toi-même… à part entière ou juste une projection de certains fantasmes créatifs?

Joe est mon moi virtuel. L’avatar que j’ai créé pour échanger avec d’autres avatars. Pourquoi je l’ai choisi mince et élégant, avec des vêtements trop courts? Pourquoi je lui ai mis un carton sur la tête sans qu’il puisse l’enlever? J’ai du mal à trouver l’explication mais elle vient sûrement du fond de moi (peut-être un cas d’étude pour les psys).

La canne de Joe Skull, serait-ce ta version de l’œil de Caïn ?

Alors là tu me poses une colle! Je vais me renseigner et je reviens…

….

….

OK, alors si j’ai bien compris (merci Wiki), l’œil de Caïn serait l’œil de Dieu fixé à jamais (et même dans la tombe) sur celui qui a mal agi (Caïn a tué son frère par jalousie) et qui a mauvaise conscience. Le symbole d’un œil dans un triangle, celui qui voit tout, qui sait tout et auquel aucune mauvaise action n’échappe.

J’aime beaucoup dessiner des yeux pour leur forte valeur symbolique mais à la base, la canne-œil est plutôt un accessoire indispensable pour Joe parce que son carton l’empêche de voir. C’est un peu comme une torche qu’il tient devant lui pour progresser dans un lieu inconnu et très sombre.
Mais en réfléchissant, je me dis que l’œil fixé sur la canne peut être effectivement une allégorie de l’œil de Dieu fixé sur Caïn et donc la canne représenterait Caïn… mais où tout cela nous mène-t-il?

Joe Skull (1)

Explique-nous ta méthode de travail.

J’essaie toujours de me garder une part d’improvisation dans chaque étape de la création de la BD.
Pour moi, ça commence donc par le personnage et autour de lui, ses caractéristiques vont développer des idées. Je me sers de ces idées pour construire mon scénario.

Je structure mon scénar’ en plusieurs parties qui feront autant de tomes pour la BD puis je prends chaque partie et j’en fais un découpage sur un carnet au stylo (pour ne pas que ça s’efface trop vite). Une représentation de la planche avec les cases et un croquis rapide de ce qu’elles contiennent.

Ainsi, je vois combien de planches fera ma BD et j’ai mon plan que je peux retravailler en fonction des contraintes ou des nouvelles directions que je désire prendre. Une fois que tout cela est fixé, je peux attaquer chaque planche en suivant le découpage mais toujours libre de modifier leur composition. Des crayonnés de la planche jusqu’à leur mise en couleur, j’utilise l’ordinateur et la tablette graphique que je trouve beaucoup plus souples que sur papier et table lumineuse, photocopieuse, scan et autres… et parce que je me sens à l’aise avec la tablette ayant beaucoup dessiné dessus.

Ton personnage fait déjà l’objet d’une déclinaison en figurine, peux-tu nous en parler?

J’ai envie de faire vivre mon personnage sur tous les supports que je connais : papier (dessin), écrans (illustration digitale, animation),volume (sculpture), volume papier (paper toy) et T-shirts!
Pour la figurine, j’ai pu aller plus loin en faisant appel à un ami, Robert Cotrel (« Fanderadis » sur les forums) qui m’a sculpté un prototype à la hauteur de ceux qu’on trouve dans les boutiques spécialisées et à qui je me suis associé pour en faire une série limitée de 100 exemplaires que Robert me livre 5 par 5. C’est sûr qu’à ce rythme, on ne peut pas parler de production. C’est plutôt destiné aux amis qui m’ont demandé à l’avoir. Mais dans l’avenir, si ça marche pour les Aventures de Joe Skull, ça fait déjà un modèle pour un éventuel produit dérivé 😉

As-tu déjà des retours d’impression du public autour de ta nouvelle série?

J’ai eu quelques retours de lecteurs pour ma première BD. Dans l’ensemble, ils la trouvent barrée et onirique. Je vois ça comme des points positifs et ça me plait beaucoup qu’ils la voient comme ça mais le côté plus critiquable, c’est que c’est une BD qui n’est pas facile d’accès. Elle est déroutante par certains côtés et un peu trop expérimentaux.

Avec le recul, je la considère comme un coup d’essai qui a plutôt bien marché à petite échelle et qui m’a servi pour commencer à affirmer mon style et installer Joe dans son univers. J’en profite pour annoncer que je cherche un nouvel éditeur avec lequel je veux reprendre le projet comme un nouveau départ et lui donner ses chances d’atteindre un public plus large.

Penses-tu que participer aux salons BD est devenu indispensable pour un jeune auteur?

Pour moi, cela a vraiment été indispensable pour me faire connaître et pour vendre aussi parce que je n’avais pas d’autres moyens pour atteindre le « grand » public. Mais je pense que ça doit surtout être un moyen de se montrer, de prendre des contacts avec d’autres auteurs, éditeurs et libraires et de discuter avec les lecteurs.

Quel est ton sentiment sur le marché actuel de la BD et du monde de l’édition?

De mon point de vue, tout ne va pas si mal que ça mais je suis d’un naturel plutôt optimiste à la base. Je commence à faire la différence entre auto-édition, financement participatif, micro-édition et édition. Ces solutions d’édition donnent un accès plus ou moins grand de la BD aux lecteurs
Il faut aussi prendre en compte le facteur investissement de l’auteur.

Je vois pas mal d’auteurs qui arrivent à boucler un financement participatif mais aussi le travail colossal que ça représente pour eux et qui peut les user pour continuer sur d’autres projets
Je vois aussi les problèmes que peuvent rencontrer les auteurs qui sont publiés par les « grandes » maisons d’édition.

Plus que jamais, c’est très difficile de faire éditer sa BD et encore plus difficile quand celle-ci est vraiment originale. Et les 2 facteurs essentiels pour un auteur qui veut y arriver, c’est la volonté et la motivation

Joe Skull (2)

As-tu de nouveaux projets en court?

Mon projet principal, est de reprendre le scénario des Aventures de Joe SKULL pour le décliner en 5 tomes :
– Joe SKULL : Origines 1
– Joe SKULL : Origines 2
– Joe SKULL : Histoires courtes
– Joe SKULL : L’Aventure 1
– Joe SKULL : L’Aventure 2

Je vais commencer à travailler sur les Origines 1 et de constituer un dossier solide pour convaincre les éditeurs

Ta devise ?

Pour me motiver : « Le plus difficile, c’est de s’y mettre! »

Joe Skull (3)

Merci Joe (ou peut-être est-ce Pascal Aubril?)

Vous pouvez retrouver Joe Skull sur Facebook et sur son blog

Propos recueuillis par Denis Pirlet

Joe Skull (6)

Les Aventures de Joe Skull

Tome 1 « Rencontres »

Par : Joe Skull

Sorti en septembre 2015

ISBN: 9782374160-207

Format : 21x29cm

80 pages couleur – Couverture cartonnée

Prix de vente : 20,00€

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