Herzet et Henscher: « Les dieux de l’Olympe? Un casting de fou, des supers-pouvoirs et une planète comme terrain de jeu, le tout libre de droit! » Itw + Concours

Attention: mélange des genres totalement jouissifs. En 2015, les dieux grecs ont été sacrément dépoussiérés et modernisé tandis que le Mont Olympe a tremblé dans la série Les Prométhéens. À cause de quoi, de qui? Dans la fiction, le coupable est Thymos, tueur de dieux à la violence irrésistible. Mais dans la réalité, les responsables de ce capharnaüm de comics, de franco-belges, de dieux et de super-héros, sont les scénaristes Emmanuel Herzet et Olivier Henscher. Bien aidés par l’énergie vivifiante du surdoué Rafa Sandoval, les apports de Jordi Tarragona Garcia et les couleurs incisives de David Garcia Cruz.

Un vrai plaisir de dessin pour un régal de scénario qui se permet tout. Et comme le deuxième tome est fraîchement paru, Emmanuel Herzet et Olivier Henscher,  malgré leur toute-puissance (ben oui, quand vous terrassez des dieux à la force de votre écriture, ça plaisante pas!), ont bien voulu redescendre sur terre pour une interview. (Et si vous avez été sages, on vous offre un exemplaire du tome 2 en fin d’article!)

Quelle surprise. À la fin du premier tome, on s’attendait forcément à continuer dans la divine surenchère dans le deuxième tome. Et finalement… non. Les dieux en sont réduits aux caméos, on quitte leur domaine pour arriver dans le monde des humains. Vous savez surprendre, non ?

Herzet : C’est gentil ce que tu dis, là. On essaie et en effet, si on parvient à captiver le lecteur, on est forcément content du travail.

Henscher: C’est toujours très risqué, de prendre le contre-pied du lecteur. On attendait d’ailleurs avec un peu d’anxiété la réaction des « fans » et pour le moment, on est rassurés, ils nous suivent et ils nous font confiance. Nous ne voulions pas partir dans la surenchère, ce n’a jamais été notre intention – notre version des dieux de l’Olympe est ancrée dans une certaine réalité, même s’il y aura des affrontement homériques, évidemment. Mais le risque était bien là d’un malentendu avec les lecteurs. Jusque là, tout va bien – pourvu que ça dure.

Les Prométhéens - Tome 1 - Herzet - Henscher - Sandoval - humains

Finalement, ici, l’histoire est parallèle à celle du premier tome et ne fait pas avancer le schmilblick si ce n’est pas un autre regard sur l’histoire .

Herzet : On peut le voir ainsi, en effet. La difficulté dans une série chorale sous ce format et de doser correctement les intervenants. Mais ce n’est absolument pas un tome intermédiaire comme on a pu l’entendre dire ou le lire. Il est clair que toutes ces trajectoires finiront par se rejoindre et prendront tout leur sens au dénouement.

Henscher: Rien n’est en effet gratuit, dans tout ce que nous écrivons. Tous les éléments, les personnages, voire les allusions au détour d’un dialogue, sont méticuleusement reliés à la trame de la série – on « plante » des choses, qui vont éclore par la suite. C’est également le cas dans ce tome – c’est pour ainsi dire notre « ligne éditoriale », faire sens.

Puis le ton est différent, on est moins dans le fantastique et plus dans le thriller d’action avec une enquête digne des Experts ?

Herzet : C’est ça aussi les Prométhéens. On peut actionner plusieurs leviers pour faire avancer l’intrigue et puisque les dieux sont parmi nous, les humains doivent avoir leur mot à dire, ils ont leur place au cœur de la série. Mais je parlerais plutôt d’une enquête « mythologique » même si, au départ, elle est menées par Dito et Elora, deux flics, avec des méthodes traditionnelles, proches effectivement de celles des Experts, et avec d’autres méthodes moins conventionnelles pour Chaz, notre hacker de génie.

Nos personnages humains sont confrontés au fantastique, leur arc dramatique doit rester crédible, ils doivent rester à « leur place ». Je rapproche l’idée de la situation de l’équipage du Nostromo, dans Alien. Des gens qui font leur boulot avec des préoccupation très terre à terre et quotidiennes. De quoi parlent-t-ils au réveil ? D’augmentation de salaire, de la boîte pour laquelle il travaille et qui les exploite…

Henscher: Les personnages humains appréhendent les faits dont ils sont les témoins de façon rationnelle et pour cause, ils n’ont pas d’autre grille de lecture. Nous refusons de céder à la facilité d’avoir un personnage humain comme par hasard féru d’occultisme par exemple et qui parviendrait donc à « détecter » qu’il est confronté à un phénomène fantastique ou paranormal.

Nos humains appliquent un raisonnement normal à ce qui ressemble à un sac de noeuds plus complexe que les cas qu’ils traitent actuellement. Tout au plus Vendel est-il celui qui est le plus susceptible d’être sensible à des théories du complot, mais c’est tout. Pour le ton, j’aurais du mal à dire s’il y a un changement notable – c’est d’avantage aux lecteurs et aux critiques de le dire – mais la perspective humaine modifie forcément les choses.

Les Prométhéens - Tome 2 - Herzet - Henscher - Sandoval - police

S’octroyer le pouvoir de tuer des dieux, ça doit être dément, non ?

Herzet : Hum, maintenant que tu le dis… les auteurs doivent être des mégalomanes refoulés. C’était ça ou un projet de série semblable à propos d’anciens profs du collège. Curieusement, l’éditeur a préféré les dieux de l’Olympe.

Henscher: C’est très amusant en effet. Et très dangereux, car on a vite fait d’altérer le monde de façon radicale, au décès de chaque dieu. Donc c’est paradoxalement un outil à manier avec précaution, sous peine de s’embarquer dans des impasses narratives. Finalement, de grands pouvoirs impliquent bel et bien de grandes responsabilités.

Que vous ont-ils fait d’ailleurs ?

Herzet : Un mauvais karma, un vendredi 13 lors d’une nuit de pleine lune ?

Henscher: Il faut surtout demander ça à Thymos. Mais promis, les réponses arrivent bientôt.

Les Prométhéens - Tome 1 - Herzet - Henscher - Sandoval - Planche (6)

Comment est née cette idée de chahuter l’Olympe en faisant des dieux immortels… des mortels traqués ?

Herzet : D’une réflexion un peu banale. Comment expliquer que des panthéons entiers soient tombés dans l’oubli à part à cause de la victoire des religions monothéistes dans ces régions ? Et la réponse s’est imposée : les Olympiens existent toujours mais ils sont obligés de se cacher, poursuivi par un tueur en série spécialisé dans le meurtre des dieux.

La mythologie est vaste, le casting fut dur ?

Herzet : Pour une première saison, on s’est très rapidement centrés sur les dieux Olympiens. Ce sont les plus connus dans l’esprit du public. Dans la mythologie, il existe des dieux antérieurs aux Olympiens : les dieux dits Chtoniens. On a pléthore de titans, de héros, des créatures que rien ne nous empêche de repêcher. L’idée de départ est de ne rien se refuser tant que la progression de l’intrigue, les différentes pistes lancées restent cohérentes. Après, on taille sans pitié. Il ne faut pas que la série ressembleà un pillage sans queue ni tête.

Henscher: La mythologie est vaste, mais elle a ses superstars – les Dieux de l’Olympe – donc ça n’a pas été si compliqué que ça de les sélectionner. Et puis cela nous permet d’en garder sous le coude, nous avons des tas de candidats très intéressants qui se pressent au portillon. Mais effectivement, notre souci a toujours été de rester cohérents et d’avoir un ensemble harmonieux, et gérable – nous avons déjà beaucoup de protagonistes, on va donc se concentrer sur ceux-là avant d’en rajouter.

Les Prométhéens - Tome 1 - Herzet - Henscher - Sandoval - critique

D’autant que les dieux ont bien changé, ils sont plutôt bien intégré dans le monde moderne, avec ses vices et ses tentations. Dyonysos est un mafieux, Persée est Mercenaire tout comme Jason tandis qu’Hadès est fossoyeur et Artemis eco-warrior. Ils se sont plutôt bien intégrés les migrants de l’Olympe, non ?

Herzet : Il y a une sorte de prédestination dans ce qu’ils deviendront en fonction de ce qu’ils étaient dans l’esprit des gens. Les Olympiens ne sont plus adulés ou craints mais ils gardent une certaine puissance, et ont conservé une certaine image d’eux-mêmes. J’ai passé l’Antiquité à jouer avec la foudre, c’est logique que je devienne le magnat d’un consortium énergétique. Faire de Zeus un SDF traqué aurait certainement été un exercice intéressant mais moins organique par rapport aux possibles que nous offrait la mythologie.

Vous cassez quand même le mythe, Zeus est en chaise-roulante !

Herzet : Uniquement en public et certainement pas quand son entrejambe le démange.

Henscher: L’idée était de jouer sur le contraste, entre ce que Zeus a été – maître incontesté autant qu’incontestable et omnipotent de l’Olympe – et ce qu’il est devenu. Je ne sais plus comment c’est arrivé dans la discussion, mais le fait de le mettre dans un fauteuil roulant permettait de faire passer immédiatement la notion de sa déchéance, avant même qu’il n’ouvre la bouche. Du coup c’est resté.

Les Prométhéens - Tome 2 - Herzet - Henscher - Sandoval - Zeus loup

Mais pourquoi sont-ils en danger ?

Herzet : Si on te le révèle vraiment, il n’y a pas que du dieu qu’on sera obligé de tuer. Mais en gros, un tueur en série, spécialisé dans les proies divines, s’est décidé à faire payer aux Olympiens certains de leurs mensonges et manquements du temps où ils se croyaient tout puissants.

Henscher: Coincés dans leurs enveloppes corporelles, les Dieux en éprouvent bon nombre de limitations et de fait, ils sont également beaucoup plus faciles à tuer. Il faut quand même employer les grands moyens pour les éliminer, mais c’est devenu possible et cela conditionne tout ce qu’ils font, à commencer par se cacher.

Il y a aussi cette notion de la famille, ultra-importante. La famille moderne, qui plus est. Vous nous expliquez ?

Herzet : On s’est rapidement aperçu que l’Olympe fonctionnait comme une famille relativement classique, malgré des pouvoirs et le merveilleux qui l’entourent : adultère, jalousies, tromperies en tout genre… cette famille a des échos contemporains, il suffit de regarder autour de nous pour le constater tous les jours.

Henscher: Les Dieux étaient la façon dont les grecs expliquaient le monde, donc paradoxalement, ils sont très humains, et les liens familiaux prennent toute leur importance. Personnellement c’est cet angle là qui m’a convaincu de travailler sur ce projet, quand Manu me l’a présenté. C’est également la meilleure porte d’entrée pour le lecteur, qui peut ainsi facilement s’identifier – c’est tout aussi vrai dans un Game of Thrones ou un Walking Dead, quand on y regarde bien. L’intime reste la matière la plus passionnante à traiter, pour un scénariste. Dans notre cas, le tout s’inscrit dans un contexte épique, mais les ressorts sont les mêmes.

Les Prométhéens - Tome 1 - Herzet - Henscher - Sandoval - repas de famille

Et les humains du deuxième tome, quels rôles vont-ils avoir ?

Herzet : Sans trop déflorer l’intrigue, on peut parler de catalyseur, de fusibles entre les deux mondes et un peu de chair à canon aussi dans la guerre qui oppose les dieux à Thymos.

Henscher: Il nous semblait assez peu crédible que la guerre qui oppose Thymos aux Dieux n’ait pas de répercussion sur le monde humain – de fait, elle a façonné une partie de l’histoire de l’humanité. Mais au-delà, il est logique qu’à un moment ou à un autre, des humains se trouvent impliqués dans cette affaire – impliquer les humains a toujours été une spécialité des dieux de l’Olympe. Et de fait, ils vont jouer un rôle déterminant dans la résolution du conflit – ils ne font pas que passer.

J’ai l’impression que l’antiquité, les héros et dieux reviennent en force ces derniers temps (dernier exemple en date : l’effroyable bande-annonce du nouveau Proyas avec Gods of Egypt, je ne sais pas si vous l’avez vue). Mais entre le Clash des titans, Hercule, Les immortels… y’a-t-il un renouveau du genre ?

Herzet : Ah, ah ! Effroyable, c’est toi qui l’as dit. La mythologie générale qu’elle soit européenne, asiatique ou africaine s’enracine dans une conscience collective des hommes d’où qu’ils viennent : bases communes de cosmogonie ou d’entités démiurges, personnification du soleil et de la lune, gardiens des enfers… Je crois que régulièrement, les artistes aiment revisiter leurs classiques ; ça reste des valeurs sûres avec des références et des valeurs universelles.

Henscher: C’est vrai qu’elle est atroce cette bande-annonce. L’avantage, c’est que cela laisse de la place à un projet de qualité – on verrait tout à fait les Prométhéens en série télé. Je lisais l’autre jour qu’il y avait eu L’Illiade, l’Odyssée et qu’il y avait aujourd’hui Star Wars. C’est un brin excessif, mais cela montre bien que les hommes reviennent toujours ponctuellement aux mythes originels – le gourou de l’écriture John Truby disait en séminaire que le genre mythologique, au sens large, était celui qui produisait les meilleures histoires – pour peu qu’on le mélange avec autre chose (la famille, par exemple…) – et notamment les plus grands succès. On espère que cela s’appliquera aux Prométhéens d’avantage qu’à Gods of Egypt

Quelles sont vos références d’ailleurs ? (touts supports confondus)

Henscher: Essentiellement anglo-saxonnes, tous supports confondus. Comme beaucoup de scénaristes européens, nous sommes nourris de séries télé américaines, de toute la vague de BD – particulièrement ce qui est fait chez Vertigo – donc on peut citer pêle-mêle Robert Kirkman, GRR Martin, Brian Wood, Brian K Vaughan, Greg Rucka, Warren Ellis et bien sûr le maître absolu, Alan Moore, auquel les Prométhéens doivent énormément. Ce qui ne veut pas dire que nous renions les auteurs européens – Fabien Nury, Fabien Vehlman, Wilfried Lupano ou encore mon mentor, Matz, nous avons quantité d’excellents auteurs de ce côté de l’Atlantique!Les Prométhéens - Tome 1 - Herzet - Henscher - Sandoval - mercenaires

Finalement, ces dieux, ce sont les super héros du monde ancien, non ?

Herzet : J’aime quand tu nous parles comme ça. C’est exactement le message qu’on a cherché à faire passer : un casting de fou, des supers-pouvoirs en pagaille, des supers-méchants et une planète entière comme terrain de jeu.

Henscher: Et le plus beau, c’est qu’ils sont reconnaissables par un très large public, et libres de droits!

Et pour rester dans la comparaison avec le comics, le dessin de Sandoval est carrément dans l’esprit comics mais en grand format, non ?

Henscher: Nous voulions un style graphique issu du monde des comics, et nous sommes donc allés chercher aux US pour ironiquement tomber sur un dessinateur très européen puisqu’…espagnol. Rafa a un sens de la mise en scène absolument époustouflant et la composition de ses planches ne laisse rien au hasard, il y a une très grande maîtrise dans ce qu’il fait, tout en étant capable d’insuffler une énergie folle via ses cadrages.

Comment cette collaboration avec ce virtuose du comics (à qui l’on doit, entre autres, quelques sensuelles aventures de Catwoman) a-t-elle pu être possible ?

Henscher: Nous avons pitché le projet au Lombard sans dessinateur et ils ont été emballés par le concept. Notre éditeur d’alors, Antoine Maurel, avait déjà rencontré Rafa et remarqué son travail, et il avait très envie de travailler avec lui. Il nous a mis en contact, nous avons pitché le projet à Rafa, et il a dit oui tout de suite, à la fois au projet, et à la perspective de publier une série en Europe, plus fanco-belge, chose qu’il voulait faire depuis longtemps.

Sandoval - catwoman

C’est aussi une œuvre cosmopolite, réalisée par la force des contacts sur le web. Internet a révolutionner la manière de faire de la BD ? Dans son aspect humain du moins ?

Herzet : Il y a des avantages et des inconvénients. On se fait connaître plus vite, on peut avoir une meilleure visibilité. En même temps, on peut travailler des années sans se rencontrer physiquement. J’ai croisé une fois Rafa en chair et en os depuis le début du projet. Beaucoup de choses se font dans l’instantanéité aussi, il faut être hyper-réactif et pour les gens comme moi qui ont besoin de « digérer » les choses avant de rebondir, c’est parfois frustrant. Heureusement pour nous, Henscher dégaine toujours son clavier plus vite que son ombre, pour rester dans la BD.

Henscher: Pour ma part, Internet a été déterminant dans ma carrière d’auteur BD. Que ce soit pour les contacts, aussi bien des collaborateurs que des éditeurs, et pour la découverte aussi – en un clic, vous pouvez passer de sites de comics à des sites franco-belge puis plonger dans l’univers des passionnés de manga. Également, la relation aux lecteurs est grandement facilitée, tout comme la promotion.

La BD, vous y êtes venu « sur le tard », ce n’est pas votre premier boulot. Vous êtes (le jour aurais-je tendance à dire) scénariste dans le monde du jeu-vidéo pour Henscher et enseignant pour Herzet. Comment êtes-vous tombé dans la BD ?

Herzet : Par hasard. J’écris depuis toujours. Je dois avoir conservé quelque part dans un tiroir mon premier « scénario » de Goldorak, rédigé sur un cahier à lignes, de ma plus belle écriture, au stylo Pélikan. J’ai un cartable qui déborde de notes, de débuts inachevés, de contes ou western. Au début des années 2000, j’ai écrit un roman et je l’ai fait lire à un ami qui m’avait dit : « C’est chouette mais… ce serait mieux en BD. » J’ai envoyé plusieurs projets qui n’ont pas abouti ou n’ont pas dépassé le déprimant : « ne rentre pas dans notre ligne éditoriale » avant de signer pour la première fois en 2006 au Lombard.

Henscher: J’ai toujours voulu écrire – et de fait j’écris depuis l’âge de 10 ans – mais la BD m’a longtemps semblé inaccessible, même si j’avais un projet avec mon meilleur ami, Jean-Baptiste Reynaud dit Djib, un illustrateur de jeux de rôles et de jeux de plateaux, projet que nous rêvons toujours de développer, 20 ans après… Ma première tentative envoyée aux éditeurs s’est soldée par un échec retentissant, avec des refus en pagaille, mais le dessinateur d’alors, Fabien Rondet, ne s’est pas découragé, et c’est comme cela que nous avons signé le Seigneur des Couteaux chez Casterman.

Par la suite, que ce soit Tarumbana ou Herzet, tous les contacts que j’ai noués dans la BD se sont fait via la communauté du forum du Café Salé, dont sont sortis de nombreux (plus si) jeunes talents de la BD.

Est-ce que vos métiers respectifs vous ont des incidences sur la façon dont vous envisagez le scénario ?

Henscher: Le fait d’être constamment dans des problématiques narratives et d’écriture, de par mon métier salarié (ndlr. script-doctor dans le monde des jeux vidéos), est en effet un grand avantage, au sens où je n’ai pas besoin de me « reconnecter » à l’écriture chaque soir, puisque je suis plongé dedans toute la journée. Ensuite, en dehors de la conscience très vive de l’importance de la relation à la communauté (des joueurs ou des lecteurs), mon métier n’a guère d’incidence sur ce que je fais à côté, ou la façon dont je le fais. J’ai essentiellement appris le peu que je sais dans les oeuvres des autres, et à travers mes propres expériences.

Quels sont les avantages d’un scénario à quatre mains ? Et les désavantages ?

Henscher: Les avantages, c’est que cela fait moins de boulot, puisqu’on se répartit équitablement le nombre de planches à écrire. Les désavantages, c’est qu’on doit partager l’argent – mais vu le peu qu’il y a à gagner dans la BD, on ne fait clairement pas ça pour cette raison. En vrai, il y a le plaisir de rebondir sur les idées de l’autre, les différences d’approche qui enrichissent un projet, les qualités de l’autre qui vont venir compenser nos défauts, et le bonheur d’avoir un interlocuteur sur toutes les questions d’écriture et de narration, chose qui fait souvent défaut aux scénaristes, qui peuvent se retrouver un peu seuls parfois, sur la plupart des projets. Et puis la réalité, c’est que sans l’idée d’Herzet, qui est à l’origine de ce projet un peu fou, je n’aurais jamais vécu toute cette aventure!

Naturellement, il n’y a pas que dans votre histoire, que c’est la guerre! Ça l’est aussi dans le milieu de l’édition. Entre le nouveau Bob Morane, le nouvel Astérix, Corto Maltese et les autres, difficile d’exister et d’attirer le lecteur ?

Henscher: La réponse est dans la question. Plus sérieusement, on est en effet dans un contexte excessivement concurrentiel. Il y a beaucoup d’appelés, et très peu d’élus. Plutôt que de viser des ventes record dès le départ, les auteurs débutants professionnels comme nous doivent favoriser la régularité de parution – on vise deux tomes par an sur les Prométhéens – et une progression constante, même si modeste, des ventes. La tendance des ventes d’une série à la hausse ou à la baisse est déterminante pour que l’éditeur continue à la soutenir.

Pourtant on imagine bien cette série durer sur le très long terme. Les idées sont-là ? Vous avez matière à combien de volumes ?

Herzet : Oh, oui, les idées sont là et elles ne demandent qu’à fuser ! On est parti sur quarante tomes, sans compter les spin-offs indiens et asiatiques.

Henscher: C’est toujours très compliqué de se projeter. Les auteurs ont en effet souvent des tas d’idées à long terme, qui nécessitent du coup beaucoup de tomes pour bien les exécuter – raisonnablement, on a en effet de la matière pour une vingtaine d’albums, sans jamais faiblir en terme de qualité. Les aléas du marché et la frilosité du monde de l’édition rendent malheureusement ces projets assez précaires. Donc on va déjà boucler un premier arc narratif, et après on avisera – cela sera grandement fonction des ventes. Mais pour répondre à ta question, oui, on a bien de quoi alimenter notre saga pendant des années.

Que pouvez-vous nous dire sur le troisième tome ?

Herzet : La grosse révélation à la fin de ce tome est l’identité de Thymos. Maintenant, ça va être dur d’attendre, hein!

Henscher: C’est l’avant-dernier.

Sandoval - Les Prométhéens 3 - Preview

Quels sont vos autres projets ?

Herzet : Un autre projet en cours d’ébullition avec Henscher et d’autres casseroles sur le feu, en solo… ou pas. Si les choses se concrétisent, fidèle à ma philosophie du : « il y a bien plus d’idées dans deux têtes que dans une », je ferai certainement appel à « un ami », comme dans les jeux télévisés. Mais il est trop tôt pour en parler. Depuis deux ans, je me suis attelé à un roman d’urban fantasy ayant pour cadre historique la guerre de sécession. Pour l’instant je passe plus de temps à relire ce que j’ai écrit et à jeter qu’à vraiement avancer dans la rédaction. Le manque de temps est un des pires ennemis des créatifs. Chronos est un emmerdeur, faudra qu’on pense à le liquider ou à l’asservir, d’aileurs.

Henscher: J’ai signé une nouvelle série qui devrait paraitre courant 2016 chez Ankama, et nous avons en effet un nouveau projet commun, Herzet et moi. Pour le reste, je suis en train de taquiner quelques idées, avec l’obligation de me tenir à une seule d’entre elles, afin de ne pas trop m’éparpiller. Cela pourrait être autre chose que de la BD, pour le moment, je n’ai pas encore arrêté ma décision.

Merci à tous les deux et que l’Olympe soit avec vous… et vos esprits si fertiles pour nos plus grands plaisirs de lecture.

En bonus, l’interview d’Emmanuel Herzet parue à l’occasion du premier tome des Prométhéens:

Emmanuel Herzet - Les Prométhéens - Article L'Avenir

Les Prométhéens - Tome 1 - Herzet - Henscher - Sandoval - Couverture

Série: Les Prométhéens

Tome: 1 – Réunion de famille

Scénario: Emmanuel Herzet et Olivier Henscher

Dessin: Rafa Sandoval

Encrage: Jordi Tarragona Garcia

Couleurs: David Garcia Cruz

Genre: Mythologie, Thriller, Fantastique

Éditeur: Le Lombard

Nbre de pages: 56

Prix: 13,99€

Date de sortie: 30/01/2015

Extraits:

Les Prométhéens - Tome 2 - Herzet - Henscher - Sandoval - Couverture

Série: Les Prométhéens

Tome: 2 – Les enfants terribles

Scénario: Emmanuel Herzet et Olivier Henscher

Dessin: Rafa Sandoval

Encrage: Jordi Tarragona Garcia

Couleurs: David Garcia Cruz

Genre: Mythologie, Thriller, Fantastique

Éditeur: Le Lombard

Nbre de pages: 48

Prix: 13,99€

Date de sortie: 23/10/2015

Extraits:


Concours

Nous vous le promettions, saint Nicolas nous a laissé un exemplaire du deuxième tome des Prométhéens! 🙂

Pour le gagner, c’est simple:

  1. Aimez notre page Facebook Branchés Culture 
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  3. Répondez à cette question en MP sur Facebook: Comment s’appelle le grand méchant des Prométhéens? 

Concours ouvert à la Belgique jusqu’au 20 décembre, bonne chance à tous. Soyez divins!

 

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