Ni le Ciel ni la Terre, quand la guerre devient métaphysique…

Ça y est, le Festival International du Film Francophone de Namur a refermé ses portes, nous laissant de merveilleux souvenirs cinématographiques. Parmi eux, trône sans aucun doute le premier long métrage de Clément Cogitore, Ni le Ciel ni la Terre. Un thriller de guerre puissant, ambitieux et inventif. Du jamais vu sur nos écrans…

Afghanistan 2014. À l’approche du retrait des troupes, le capitaine Antarès Bonassieu et sa section sont affectés à une mission de contrôle et de surveillance dans une vallée reculée du Wakhan, frontalière du Pakistan. Malgré la détermination d’Antarès et de ses hommes, le contrôle de ce secteur supposé calme va progressivement leur échapper. Une nuit, des soldats se mettent à disparaître mystérieusement dans la vallée. Antarès est déterminé à retrouver ses hommes, coûte que coûte.

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Premier long-métrage de Clément CogitoreNi le Ciel ni la Terre, s’impose d’emblée par la puissance qui en émane. Puissance créée sans aucun doute par ce ton très documentaire imposé avec brio au film. Souvent réticent à traiter des conflits armés impliquant la France, le cinéma français ne craint rien avec ce film; pas de parti pris politique, aucune trace des enjeux de cette guerre, bref, le réalisateur ne prend pas de risque! Et pourtant… Toute l’originalité, aussi géniale que fascinante, de ce film ne vient pas de son sujet mais bien de la manière dont il est traité. Et pour ce faire, le jeune réalisateur innove de bien des manières. Tout d’abord par sa volonté de dévoiler cette guerre moderne et son matériel ultra-performant que nous connaissons finalement peu. C’est ainsi que certaines scènes, filmées grâce à des caméras thermiques de l’armée, prennent un toute autre dimension; c’est une plongée impressionnante sur le terrain qui s’opère, où le danger est imminent et presque palpable. Ensuite, le film voit les scènes de combats brillamment distillées à travers le film, et ce avec une grande parcimonie! Un film de guerre sans violence, c’est impossible me direz-vous? Et bien pas du tout! Clément Cogitore l’a fait. Ici, la guerre prend une autre dimension. C’est une guerre de mots, entre des soldats forcées de coopérer et de discuter avec des autochtones. Mais c’est aussi une guerre d’idéologie qui s’impose très rapidement, inattendue et se révélant comme un véritable guet-apens pour le spectateur, qui piégé dans une histoire à laquelle il ne s’attendait pas, ne peut que s’émerveiller devant le génie d’un jeune réalisateur ayant déjà l’aura d’un grand!

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Après la surprise et l’incompréhension, c’est le souffle de l’oppression que nous sentons dans notre cou, comme ce groupe de soldat piégé dans ces décors afghans grandioses, relevant presque du western. Les disparitions de soldats s’enchaînent et font basculer le film dans une psychose qui s’emparera de plus en plus du capitaine, ne pensant qu’à une seule chose retrouver ses hommes. Le mystère prend de plus en plus de place, emprisonnant les personnages dans un brouillard épais où la rationalité ne semble plus avoir de raison d’être.

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Mais justement parlons-en de ces personnages si singuliers tous incroyablement interprétés par des acteurs de très grande envergure. Jérémie Rénier est parfait dans le rôle de ce capitaine dépassé mais d’une loyauté à couper le souffle. Swann Arlaud, cette gueule de cinéma talentueuse, dévoile une nouvelle face de lui-même en se fondant dans la peau de ce jeune soldat rongé par la peur. Kevin Azaïs qui après Les Combattants n’hésite pas à reprendre l’uniforme, prouve que son César est amplement mérité dans ce rôle de soldat inébranlable.

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Autre personnage à part entière, ce suspense étouffant rythmé par une musique divine! Et c’est grâce à lui que cette tragédie moderne dévoile dans un dernier coup de grâce, l’étendue de son ingéniosité! Le mystérieux, l’onirique, le fantastique, la spiritualité, tout est bel et bien présent, pourtant le réalisateur ne nous y confronte jamais directement; ils sont là mais emballé dans un tissu de rationalité à laquelle s’accroche désespérément nos héros. Et puis après 1h40 d’une expérience inouïe, après un final magnifiquement intelligent, le retour à la réalité est brusque. Quelque chose c’est opéré pendant ce film, quelque chose de grand et on ne peut le nier; nous ne sommes plus les mêmes!

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Ni le Ciel ni la Terre est donc une première oeuvre brillante, un coup de maître inclassable qui nous enferme dans une prison de croyances, de vérités, de mensonges et d’apparences. Clément Cogitore réinvente la guerre, ce concept ancestral et fascinant, il nous montre cette frontière finalement si ténue mais si meurtrière qu’elle a engendré. Une ligne imaginaire, divisant des hommes pourtant si semblables dans la peur, s’en remettant à leurs armes, et à leurs prières, se raccrochant à ces histoires qu’on s’invente pour libérer les morts et consoler les vivants.

Par Alizée Seny

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Ni le Ciel ni la Terre

de Clément Cogitore

Avec Jérémie Rénier, Swann Arlaud, Kevin Azaïs

Sortie le 30 septembre

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