Fred Duval: « En signant huit albums par an, je n’estime pas surproduire! »

Fred Duval est un scénariste polyvalent qui, comme Eric Corbeyran, a accompagné l’éclosion de la maison d’édition BD « DELCOURT » à l’orée des années 1990, avec des séries SF remarquables comme « Travis » ou « Carmen Mac-Callum ». Séries aux scénarios classiques mais efficaces avec des personnages individualistes qui se mouvent dans des mondes futuristes hostiles, mondes marqués par l’avènement de nouvelles technologies et la suprématie de firmes multinationales.

Rencontre avec un scénariste qui a tâté bon nombre de genres scénaristiques, à savoir: le thriller, la BD futuriste, d’anticipation, la série littéraire ou historique…Rencontre enfin avec un scénariste qui a un vrai point de vue sur l’état actuel de la BD et a collaboré avec bon nombre de dessinateurs différents.

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Crédit: Olivier Roller

Bonjour Fred Duval, vous avez étudiez l’Histoire. Que vous ont apporté ces années d’étude, concrètement, d’un point de vue scénaristique

Des connaissances bien entendu et surtout de la méthode pour travailler. Rechercher de la documentation, la classer. Mais rien d’un strict point de vue de la technique scénaristique.

Pourquoi le genre SF vous attire tant? Et quelles sont vos influences SF en roman, cinéma ou personnages…?

J’ai été un jeune lecteur de Jules Verne, puis j’ai découvert le cinéma de science fiction dont les histoires étaient souvent calquées sur les westerns que j’adorais, enfant ( j’avais 12 ans à la sortie de “Star Wars”). Vers 1977, 78, j’ai découvert “Pilote”, puis  “Metal Hurlant” et là ça a été le basculement définitif, les bd de Druillet ont été les plus importantes, surtout « la nuit » …

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Parallèlement, j’ai découvert la littérature SF américaines, Philip K Dick, Norman spinrad, Herbert etc.

Etes-vous surpris par les retours de lecteurs ou de fans de vos séries BD? Je pense à des personnages charismatiques comme Vlad Nyrki ou PACMAN…

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J’apprécie qu’on me parle plus des personnages des albums que j’écris plutôt que des inventions ou péripéties qui y sont décrites.

Vos séries BD SF possèdent un côté altermondialiste (des personnages seuls face à des multinationales qui les dépassent), sous-texte politique voulu ?

91md--o0qoLOui, depuis le début il y a 20 ans, l’idée était de présenter une version décalée de ce qui arrive à la société humaine depuis les années 50 et qui semble inéluctable, que ce soit au niveau de la dégradation de notre environnement qu’au niveau de la conquête par le secteur privé de domaines qui – de mon point de vue – devraient rester mutualisés, publics, financés par l’impôt : l’école, le soin, la défense et dans une certaine mesure l’énergie.

Thierry Joor de Delcourt m’avait un jour confié qu’Éric Corbeyran avait prévu, dès le départ, tous les tomes du « Chant des Stryges », ce fut le cas pour vos séries BD chez Delcourt?

Pas du tout, je fonctionne par cycles courts (5 albums maxi par aventure) et je discute avec les dessinateurs s’ils souhaitent aborder des sujets.

Vous avez accompagné l’éclosion de Delcourt en tant qu’éditeur BD dans les années 1990, que vous a apporté cette collaboration?

J’ai édité 90 % de mes albums chez Delcourt, cette collaboration m’a été bénéfique puisque je vis de mon écriture depuis 20 ans sans avoir besoin de compléments de revenus. Delcourt, c’est une maison qui progresse et évolue depuis bientôt 30 ans, dans le label série B que ce soit avec Vatine et Blanchard au début. Puis, depuis 10 ans, avec Blanchard seul comme éditeur, je pense vivre une vie professionnelle passionnante avec un respect commun et une amitié qui en est née au fil des années. La collaboration assez récente avec Jean-Pierre Pécau comme coauteur de Jour J a été un tournant très important également.

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À quand une adaptation cinéma ou télévision des séries « Carmen MacCallum », « Travis » ou autres?  

Je ne sais pas, je m’en préoccupe peu. Depuis 15 ans, les droits de “Carmen” ont toujours été entre les mains de gens de l’audiovisuel, pour le moment rien n’a débouché

La collection « Jour J » est un incroyable concept, c’est vous qui en avez eu l’idée? Ce sont des BD d’anticipation, vous vous documentez beaucoup pour rendre tout cela plausible? (D’un point de vue problématique historique, c’est assez fascinant).

Jour J est une idée de Fred Blanchard qui nous a présenté à Pecau et moi le croquis de la première couverture en 2009 en nous disant avec un clin d’œil : on a le titre, le concept et un principe de couvertures qui seront toutes exécutées par Manchu, à vous d’écrire les meilleures histoires pour les meilleurs dessinateurs.

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Vos derniers coups de coeur en BD? Personnages, séries ou auteurs…

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“L’Arabe du futur” sans hésitation, parce que d’un point de vue d’écriture, Riad Sattouf touche à quelques chose qui se rapporte a la littérature, ce n’est pas fréquent en bande dessinée, je trouve ça fascinant, savoir si ses souvenirs sont exacts n’a aucune importance pur moi , l’intérêt est dans la manière dont on se trouve transporté dans le «  roman » et le style et le geste  de l’auteur.

“L’Ile des femmes” de Zanzim m’a également beaucoup plu

Vous suivez les combats du SNAC-BD?

Je suis adhérent et essaye de suivre ce qui se dit et de l’appliquer s’il y a des consignes. Les auteurs qui s’investissent méritent un sacré coup de chapeau, ces activités « politiques » sont chronophages, et on passe plus de temps a entendre ou lire des reproches des «tu aurais dû faire comme ça » que des remerciements.

Chaque année, plus de 5000 albums BD sont publiés, que pensez-vous de cette surproduction BD? Et comment voyez-vous le marché BD?

Je ne peux pas répondre à cette question en 3 lignes. Il n’y a pas 5000 nouveautés franco belges, mais plutôt 1200, il me semble… je crois en tout cas que tout le monde devrait balayer devant sa porte avant de balancer des jugements à l’emporte-pièce. En ce qui me concerne, je publie 8 albums par an (parfois 7 parfois 10) et je n’estime pas surproduire et suis près à en débattre avec qui voudra.

Vous êtes considéré comme un auteur commercial et de séries (un bon faiseur?) ; en ce sens, pensez-vous que vous ne serez jamais récompensé à des festivals BD (du style Saint-Malo, Angoulême ou Bruxelles…)?

J’ignore qui me considère comme vous le décrivez, en fait…  Je n’écris pas pour avoir des récompenses, d’ailleurs j’en ai reçu quelques unes et c’est toujours un plaisir.

Vos projets futurs en BD et festivals BD?

« Mousquetaire » en janvier avec Calvez, un one shot avec Stéphane Créty qui se déroule en Algérie, un roman graphique édité par David Chauvel chez Delcourt avec Nicolas Sure au dessin.

Pour les festivals, ceux de Seine Maritime (Darnétal, Dieppe) et les Utopiales à Nantes.

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Merci beaucoup, Fred Duval

Propos recueillis par Dominique Vergnes

Découvrez les séries de Fred Duval: Carmen Mc Callum, Travis, Hauteville House, Jour J et bien d’autres…

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