Itw de Briac Queillé: « Je suis Breton, je ne crois pas aux patries mais à la nécessité de la diversité culturelle »

Briac Queillé est breton, du Finistère plus précisément, oui et alors? C’est aussi un créateur hors-pair dont le graphisme original est reconnu par tous et par ses pairs notamment. Venu sur le tard à la BD, son premier album « Armen » est paru alors qu’il avait 40 ans. Briac se définit lui-même comme un autodidacte militant pour son art. Autodidacte aussi, car il n’est pas sorti d’une école de graphisme, mais dieu sait que ça n’empêche pas le talent

Rencontre avec un artiste dont le style a « explosé » avec « la nuit Mac-Orlan », mélange de poésie fantastique, d’onirisme grandiloquent alliant des couleurs noires et blanches mais aussi du rouge et du vert. BD qui aspire ainsi à faire connaître l’atmosphère si particulière de Brest. Rencontre avec un auteur BD qui revendique ses originalités et partis-pris graphiques jusque dans sa maison d’édition (« Sixto éditions »). Quand la BD rejoint l’art pictural pour notre plus grand plaisir.

BRIAC QUEILLE - La nuit Mac Orlan

Bonjour Briac, votre premier album BD a été publié assez tardivement (après 40 ans), une consécration?

L’essai de la dernière chance plutôt… 10 ans auparavant j’avais connu quelques déboires avec le monde de l’édition, déboires qui m’avaient éloigné de la BD. Mais la passion était trop forte et je portais ARMEN depuis longtemps… Et l’appétit venant en mangeant…

Votre graphisme est très particulier (chaque case se veut presque un tableau), vous l’avez travaillé? Et quelles sont vos influences BD, picturales?
Il est vrai que mes premières influences ont été picturales, dans l’enfance les post impressionnistes comme Gauguin et Van Gogh puis en vieillissant  les expressionnistes, tout particulièrement NOLDE et SOUTINE. Malgré cela, je ne me considère pas comme un peintre  qui fait de la BD. J’utilise simplement la technique que je tente de dompter depuis l’enfance pour raconter  une histoire. D’ailleurs lorsque je réalise mes découpages je peux vous garantir que mes pensées vont plus vers Pratt, Tardi ou Rabate que vers Otto Dix.
Vous avez utilisé l’acrylique pour vos premières BD, pourquoi?
C’était la technique qui me correspondait le mieux à l’époque… Aussi celle qui me permettait de revenir sur mes multiples erreurs! Mais dès ARMEN, je me suis rendu compte que ma façon de l’utiliser pour la BD ne me satisfaisait pas tout à fait. Des personnages un peu figés et un manque de spontanéité, notamment. J’ai donc très vite rechercher une autre manière et lorsqu’enfin (je suis un peu lent) j’ai découvert le gesso et les encres acryliques, j’ai senti que mon travail devait aller dans cette voie… Mais bon, je crois qu’il me faudra encore un peu d’années avant de maîtriser totalement cette technique(d’ailleurs, est-ce possible et est-ce souhaitable de maîtriser totalement?).
Dans « la nuit Mac-Orlan », vous passez du réalisme noir à un certain type d’onirisme poétique, vous confirmez?
Je crois que le responsable (je le cafte!) principal de ce changement d’univers est Arnaud Le Gouëfflec. Une première! Je travaillais AVEC un scénariste… Et quel scénariste! Je pense d’ailleurs que la réussite, si réussite il y a, de LA NUIT MAC ORLAN tient beaucoup du mélange de nos 2 univers.
BRIAC QUEILLE - Arnaud le Goefflec- La nuit Mac Orlan
Toujours dans cet album, vous vous attachiez à décrire l’atmosphère si particulière de Brest, pouvez-vous nous la décrire?
Arnaud et moi nous sommes rencontrés en 2008 et dès le début nous avons eu envie de réaliser une histoire ensemble. Mais pour la première nous voulions que son cadre soit cette ville… Une ville qui suinte! répétons-nous souvent. Ce que nous voulons dire par là c’est que bien sûr, l’humidité océanique (que nous aimons) joue un grand rôle dans cette atmosphère mais pas seulement. Nous avons aussi le sentiment que dans chaque fissure du béton de la reconstruction d’apès-guerre, un Brest immémorial transpire… Sentiment qui doit beaucoup certainement aux « individus » brestois!

Être toujours « catalogué » auteur breton pour son univers BD, un handicap?

J’ai toujours trouvé étrange cette question… Tardi pendant des années n’a réalisé que des livres magnifiques  sur Paris. L’a -t’on qualifié d’auteur parisien pour autant? Je n’ai jamais crû aux patries (pas plus bretonne que française) en revanche, la diversité des cultures est nécessaire dans un monde qui a de plus en plus tendance à s’uniformiser sous le joug de l’ultra libéralisme. Et bien évidemment on espère tous que notre travail est une portée universelle … Alors un handicap? Je ne sais pas. Peut-être  moins que mon style graphique qui ne semble pas correspondre à l’idée que se font de la BD nombre d’éditeurs (Merci Sixto!)

Avez-vous été agréablement surpris par l’accueil et les retours des lecteurs sur « la nuit Mac-Orlan »? Une prochaine réédition est-elle prévue?

Même si Arnaud et moi étions très contents du résultat de notre travail (une première en ce qui me concerne!), c’est toujours surprenant de s’apercevoir qu’un grand nombre de personnes l’ont compris et apprécié surtout pour une histoire un peu hors norme. Et oui, une réédition est en cours.

Suivez-vous les combats du SNAC-BD? Et que pensez-vous de la surproduction BD actuelle?

Même si je me sens encore un peu à part, je soutiens leur combat… Quant-à la surproduction, elle n’a rien de surprenant. Le monde de l’édition comme l’ensemble de la société étant inféodée à celui de la finance.

Vos derniers coups de coeur en BD? Séries, albums ou personnages…

Vois comme ton ombre s’allonge de GIPI

Bien évidemment le SOUCOUPES D’Arnaud et OBION . Sans jeu de mot, un vrai ovni…

L’épopée dessiné par Gildas Java pour lequel j’aimerais écrire un jour un scénario pour qu’il lâche enfin sa palette graphique!

Et j’attends avec impatience le projet de Cyrille Launais dont nous avons intensément discuté dans la nuit de Penmarc’h…

Vos projets futurs en BD et festivals BD?

QUITTER BREST qui comportera une vingtaine de planches réalisées en 2013, une histoire sur la gare de Brest pour la SNCF et 2 nouvelles d’Yvon Coquil illustrées par votre serviteur sortiront en octobre chez Sixto.

Arnaud et moi travaillons actuellement sur MERIDIEN, l’histoire d’une expédition de savants aux 18ème siècles au Pérou (Diantre, je risque de perdre mon statut d’auteur breton!) dont le premier tome (il y en aura 2 de 70 à 80pages) sortira chez Sixto en 2017.

Propos recueillis par Dominique Vergnes

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