Mathias Bressan, le marin bruxellois inspiré et inspirant vivifiant

Après Sandra Liradelfo, il est grand temps de partager avec vous une autre découverte, un autre registre qui respire la houle, la marée, le sel et les cris des mouettes. Et bien plus encore. Mathias Bressan c’est un gars, bruxellois de surcroît, avec un univers solidement esquissé. Son premier album possède un nom tout trouvé, Entre terre et mer. Il est sorti il y a plus d’un an. Pourtant, c’est important d’y revenir: c’est la révélation d’un talent à fort potentiel, un petit quelque chose qui mérite de subsister à l’écume des vagues et plages musicales. D’autant, que comme la mer et la terre qui incitent à la mobilité, ce premier album a été enregistré d’une part dans un studio mobile au Lac des Îles au Québec par Antoine Rotondo, et d’autre part, à Bruxelles, au Low Man’s Land avec Antoine Thonon.

Crédit: Fabienne Pennewaert
Crédit: Fabienne Pennewaert

Déjà, avant toute autre chose, l’artiste se proclame inventeur de chanson. C’est tout à son honneur et à son talent tant les inventeurs d’aujourd’hui ne sont plus légion dans le paysage musical, tant le tohu-bohu ambiant va plutôt allègrement à la reprise et aux réadaptations pour bien souvent faire du mauvais avec de l’ancien bon (jetez une oreille aux disques « phares »- même s’ils ont tendance à éborgner nos oreilles, ces reprises de Renaud, de Disney ou autres Aznavour – de cette fin d’année) sans la moindre once d’originalité. Mais nous ne sommes pas là pour parler de ceux-là, car Mathias Bressan n’en fait pas partie. Oui, c’est un inventeur, oui, c’est un créateur, inspiré qui plus est!

Entre terre et mer commence pourtant les deux pieds dans la terre, les mains aussi. Et la pelle tant qu’à faire, puisqu’il est question d’un Fossoyeur rêveur de Deneuve, qui parle de Dante sur une pointe de musique Klezmer et fredonne les p’tits trous de Gainsbourg. Le ton est donné: les ton sera parfois mélancolique, parfois plaintif et les textes long, crus quand il faut mais toujours étincelants. Le ton est donné… et ne retombera pas. Car la mer vient nous chercher, Mathias fait l’inventaire de ses rêves de marins depuis les pavés de Bruxelles. Puis, il y a La machine, et le polar intelligent de L’assassin du 8. Il y a de la poésie, de la détresse aussi, celle qui s’exprime en chantant; c’est glauque, obscur voir dantesque mais pas que. La musique, terre à terre et aux riffs accrocheurs, s’échappe en envolée de mer et d’océan. 

Puis suit un étonnant Misanthrope, détestant tous les humains, mais plus rythmé et tendance ska. À quoi succède ce Mot de Belgique, écorché et vécu, les références passent de Magritte à Brel, les bières se vident et les bars s’écument, il y a tout dans cette chanson: de notre identité, de notre belgitude, de notre fierté patriote. (« Soudain grand Jacques chante et le monde s’allume, Pêcheurs d’étoiles filantes et braillants de concert, dans la langue de Vondel, et celle de Molière, que nul drapeau n’attire, les Belges bonhommes laissent les querelles mourir »). C’est vibrant et excellemment bien écrit sur un synthé d’estaminet. Avant que l’intimisme s’invite sur un parfait Je tuerai le temps, on en tremble d’émotions et de beauté. Tu manques est dans la même veine suscitant des images. Car la grande force de Mathias Bressan est de susciter des images, des situations renforçant encore un peu plus l’impact des chansons sur l’auditeur. Un auditeur qui ne peut rester insensible. Mathias et ses musiciens continuent de plus belle. Quitte à nous duper comme sur le Bowling de l’Empereur qui part en fanfare après avoir sondé mélancolie et tristesse. Quant aux deux dernières chansons, elles sont tout bonnement indescriptibles de sensations, entre sonars et voix métalliques, amours de marins et bateau craquant.

Et cette voix posée et sans surenchère, savamment dosée, de faire toujours son art et de l’effet sur cet album formidable, marqué dans la chair et absolument imparable. Nos oreilles sont éclaboussées de ce talent, de cette voix, de ces arrangements sublimes. Je me souviens quand on allait à la mer, ma mère me disait: « Respire bien fort, l’air pur de la mer« . Ecouter ce cd, ce n’est rien d’autre que ça, reprendre une bouffée de ce vent bénéfique, avoir les oreilles au paradis ou au royaume des sirènes qui chantent à nous enivrer. Dans la terre, dans la mer, Mathias a du trouver de cet envoûtant secret, pourvu qu’il tienne la barre et qu’il ne la lâche pas surtout! Parce que quel fameux premier album en est né!

Mathias Bressan, Entre terre et mer, autoproduit 

Sur Facebook ou www.mathiasbressan.com

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