Sortilèges, Dufaux et Munuera ensorcelent un monde entre Disney et le Seigneur des Anneaux

Le livre 3 de Sortilèges est sorti, entamant un nouveau cycle toujours sur les idées de Jean Dufaux (qu’on ne présente plus tant son oeuvre est prolifique: de Jessica Blandy à Murena en passant par Niklos Koda) et le dessin talentueux de José-Luis Munuera (nous en parlions ici, Spirou et Fantasio, Nävis). Rapide résumé: dans un monde imaginaire et merveilleux, de coriaces ennemis tentent de ravir le trône de la sublime Blanche d’Entremonde. Perdant du terrain, elle est obligée de se terrer avec ses derniers compagnons d’armes et avec le soutien indéfectible de Maldoror, le roi déchu du Monde d’en bas. Le premier cycle s’achevait sur le matricide de Blanche, découvrant que sa propre mère était de mèche avec l’ennemi pour mettre son fils (et frère de Blanche), bossu, sur le trône. Dans ce troisième tome, autant les liens se resserrent entre Maldoror et Blanche, qu’ils se resserrent aussi autour d’eux. Blanche est de plus en plus seule, isolée par de multiples complots autour de trône.

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Si le premier cycle était déjà bien mené, ce début de deuxième cycle prend de plus en plus de profondeur et devient plus sombre. L’efficacité du scénario de Dufaux (mêlant habilement humour à plusieurs reprises et l’aura des grandes batailles épiques tendance Seigneur des anneaux) alliée au dessin riche et très « Disney » de Munuera font mouche une fois de plus. Il est parfois dur de renouveler un genre maintes fois épuisé à coup de « Il était une fois », pourtant depuis le début de cette saga, on se laisse embarquer sans sourciller. Et, entre sorcières, princes démoniaques et monstres armés et mort-vivants, c’est un univers brumeux aux codes connus mais renouvelés qui s’offre à nous. Sans redite ni déjà-vu, tant les deux auteurs sont habiles pour ensorceler le lecteur et pour se jouer des habitudes de ce genre de récit (à l’appui, des créatures infernales absolument bêtes, une des morts les plus comiques de toute la tradition merveilleuse quand un des plus grands ennemis de Blanche se prend pour une mouche…).

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D’autant plus, que loin d’être de simples atomes d’une histoire plate, les personnages centraux sont psychologiquement développés, ils ont de la chair et de l’âme. Et plus, le combat final approche, entre monde d’en haut et monde d’en bas, entre les différentes armées du monde d’en haut aussi, plus on a l’impression que le dessinateur espagnol gâte le lecteur et se laisse aller dans ce récit (sur les 3 livres, son style et le graphisme des personnages est de plus en plus aboutis), superbes planches à l’appui pour renforcer cette légende. La série prétendait jeter un sort à ses lecteurs? Sans nulle prétention, elle avait raison, Sortilèges est un travail remarquable. On attend la suite avec impatience!

17/20

Jean Dufaux et José-Luis Munuera, Sortilèges, Livre 3, Dargaud, 64 pages, 14,99€

Et en bonus, si vous ne connaissez pas l’univers, Dargaud propose une courte histoire inédite sur son site

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