Philip et Francis, pour le meilleur, le pire et le rire

Gare à vous si au hasard de la librairie, vous empoignez sans trop regarder une de ces BD’s à la couverture si repérable et pourtant si trompeuse. Vous risqueriez bien de ne pas vous retrouver dans l’oeuvre d’E.P. Jacobs ou l’un ou l’autre de ses aspirants (Sente, Juillard et Schréder pour les derniers à s’y être frottés avec Le bâton de Plutarque, en prépublication dans Le Soir), mais bien dans l’oeuvre radicalement différente de Pierre Veys et Nicolas Barral. Passés maîtres de la parodie (ils ont également commis les cinq Baker Street autour de l’univers de Sherlock Holmes), les deux associés au service de sa Majesté le rire reviennent avec un troisième tome absolument désopilant. Mortimer et Blake redeviennent Philip et Francis, deux anti-héros gamins et immatures, accumulant gaffe sur gaffe. On est loin de l’imaginaire de Jacobs, tout en en étant extrêmement proche (ne fut-ce que par le style terrible de Barral au dessin, qui pourrait reprendre la série originelle s’il se décidait à moins s’en jouer), comme si nos deux héros avaient suivi une autre voie parallèle, une uchronie de la fiction. Et c’est remarquable.

Dans cette aventure, S.O.S. Météo (toute ressemblance avec le titre d’un album culte n’est pas purement fortuite, tout commence avec l’arrivée de Francis chez son “Old Chap” Philip. Motif? Pas une mission secrète ni une crainte de 4ème Guerre mondiale, non!

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Pire que ça: le Capitaine s’est disputé avec… maman et vient s’installer chez son vieil ami et y prend ses (mauvaises) habitudes, toutes en insolence. À bout, le professeur Philip élabore une potion pour transformer sa personnalité et être moins soumis. Quitte à devenir une sorte de Hyde Mortimer à glacer le sang de ses amis… et du monde entier, bientôt. Situation critique puisqu’Olrik prépare son grand retour, pour conquérir l’Angleterre grâce à une machine à dérèglement météorologique. Tout se complique pour les deux héros manquant d’aplomb.

Autant le dire d’emblée, ce troisième tome est très réussi, réfléchi aussi parce que la BD a la force de rire d’elle-même et se délivre dès lors de toute contrainte. Barral et Veys sont seuls maîtres à bord et réinventent l’univers de Jacobs : un Olrik en pijama puis en femme de ménage, un Francis et tout le MI5 qui s’en vont voir les filles de joie et en oublient leur recherche du pauvre Philip, lequel donne des leçons pour conquérir le Monde à Olrik (Comment être un vrai méchant en 3 leçons). Sans oublier un excellent passage sur le Pays de Galles et sa langue si peu compréhensible.

Philip et Francis restent bien dans le haut de gamme du genre parodique, genre dans lequel beaucoup se sont brûlé les ailes par manque d’ambition et en ne rendant pas hommage à la BD d’origine dans des tentatives parfois pitoyables. Ici, entre un humour et une aventure qui se tiennent, Philip et Francis ne pouvaient rêver mieux en matière de reconversion au gag. Et E.P. Jacobs, de sa tombe, doit bien s’amuser de cette déclinaison, n’en déplaise aux puristes.

17/20

Pierre Veys & Nicolas Barral, Les aventures de Philip et Francis, T.3, SOS Météo, Dargaud

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