Une fin de semaine au Cabaret vert de … rage festivalière et éclectique

C’est vrai, il ne faut pas juger des apparences, arriver à l’entrée du festival le premier jour fut assez compliqué et certains, dont je fis partie, ne purent refréner leurs envies de se plaindre (un camping complet avant même le début du festival, des files pour aller aux douches et aux toilettes, des bouchons entre concerts…). On ne peut le nier, cette dixième édition de l’Éco Cabaret Vert n’était pas exempte de petites faiblesses organisationnelles pourtant rien n’a su obscurcir le sourire des festivaliers dès que les premières notes de concert débutaient: de la bombe tout en éclectisme et en beaux moments.

Un jeudi sous le signe du -M- et sous effet Placebo

À peine arrivé, pas le temps de gamberger et de (déjà!) comater dans la tente, il y a mieux à faire

Le duo électro-pop ALB, à domicile.

car le programme de cette première journée est riche en promesse. Et le duo d’ouverture en était une bien jolie tant le duo de Rémois ALB (jouant presque à domicile) a séduit les premiers arrivants du festival au sanglier par ses mélodies électro-pop et carrément engageante. Une découverte qui à coup sûr fera des émules. C’est à revoir ici.

Autre scène, la plus grande, celle de Zanzibar, autre style car c’est là que débute la folie quand les hommes blancs (et leur envoûtante batteuse Ann Prior) de Metronomy et leurs sons délicieusement revival ont décoché les premières pépites de ce Festival. Entre électro, disco et rock encourageant le crowdsurfing, pas de doute, le Festival prenait un bel élan. Passons sur Red Fang, groupe de stoner métal qui aura décidément eu bien du mal à nous convaincre tant sa répétitivité en fut irritante; pour rejoindre l’arène entièrement dédiée à la cause d’un M… essie. M (Mathieu Chedid) dans un numéro de guitare endiabléMathieu Chédid a, une nouvelle fois, démontré tout son savoir-faire, celui d’un des meilleurs guitaristes (pour ne pas dire guitar hero) français actuels. Une belle leçon pour moi qui appréhendait ce concert du « fils de… » dont les textes m’ont souvent paru insipides. Mais la bête de scène a raison de mes aprioris. Le clou du spectacle? Une chorégraphie hallucinée d’un danseur sur Indigène. Avant de balancer tous ses tubes et de laisser place, sur la plus petite scène, à Royal Blood. Dans une ambiance plus confidentielle, le duo (encore un!) formé par le chanteur Mike Kerr à la basse ravageuse et Ben Thatcher à la batterie a néanmoins livré un set costaud. Démontrant qu’entre rock garage et blues, le duo de Brighton a bien des choses à prouver. « C’est une des groupes qui va compter dans les cinq prochaines années » prévient Olivier qui les a déjà vus trois fois. Est-il devin? Nous le saurons bien assez tôt. En attendant, il s’empare, dans un quasi-anonymat de la baguette lancée par le batteur. « Je l’encadrerai à côté de celle du batteur de Miles Kane« .

Placebo

Laissons-le à son bonheur pour le nôtre: Brian Molko et ses acolytes se prépare au feu qui va envahir la grande scène: PLACEBO. Riche d’un dernier album parfait et célébrant leurs 20 ans de carrière. Si l’on pourra regretter un manque de chaleur de Molko, Olsdal (l’aérien bassiste) et Forrest (tout aussi talentueux que jeune, pour tirer le meilleur de sa batterie) compensent applaudissant longuement le public. Le set est sans surprise (les mauvaises longues diront: « c’est le cd mais en live, rien de plus« ) mais diablement efficace.

Avant la prise de pouvoir de l’urbain, hip hop et rap avec, d’abord, Joey Bada$$, le jeune (à peine 19 ans) prodige américain du rap, et puis les excités de Die Antwoord. Pour le coup, peu excitants. Oui, les images sado-maso, sexuelles et gores ça intrigue pendant un temps, mais après un moment ça lasse. Première déception de la part d’une tête d’affiche. Déception heureusement apaisée par le planant DJ australien Flume préparant le public à rejoindre les bras de Morphée… pour les plus chanceux. Au camping, redoublent d’autres concerts, improvisés cette fois, de guitares, de bouteilles de verres et de cris appelant à l’apéro à toute heure. La nuit sera longue… ou courte, c’est selon.

Vendredi, la déception des nuits trop longues

Deuxième journée sur le site intrigant du Square Bayard (une oasis musicale, une grande étendue d’herbe à quelques pas du centre et de hauts bâtiments divinement éclairés la nuit). Après un réveil hardcore des Mothman Prophecies et métal poussif avec Marmozets (qui même avec une voix féminine en tête, rare dans la programmation de cette dixième édition, ne convainc pas), place un peu plus tard aux Struts: un groupe américain dont le chanteur, Luke Spiller, a du Mercury dans la voix et du Mick Jagger dans les attitudes et les chansons. Tout un programme auquel le petit millier de spectateurs ne résiste pas et notamment sur une bonne reprise du Rebel Rebel de Bowie. Rien de nouveau sous le soleil (qui peine d’ailleurs à se montrer), mais la perpétuation d’un savoir-faire rock qui fait plaisir à voir. Premier coup d’éclat de la soirée.

Casseurs Flowteurs, faussement engagé, diablement second degrés!

Avant l’invasion du flow d’Orelsan et Gringe, les Casseurs Flowters devant un public leur réservant un triomphe. Là encore les aprioris (craignant les paroles et refrains faciles comme le groupe sait aussi le faire, bimbadabim bimbadaboum) tombent et laissent place à un bon moment de rap, tantôt incisif et burné, tantôt franchement second degré et faisant tanguer ces marins de spectateurs ardennais. Avant que les guitares et le rock repassent devant pour la prestation des Editors, remarquables et classieux sur un set faisant la part belle au dernier album et à un Tom Smith aérien et au charisme certain: un délicieux accent anglais, un « sorry for the rain » quand la pluie fait un passage remarqué et l’impression que Smith ne sait que faire de ses bras tant ils ondulent et sa posture amuse. Peut-être n’est-il fait que pour tenir un micro ou une guitare?

Tom Smith, le charisme et la voixd'Editors, l'une des plus belles d'Agleterre.

Si oui, tant mieux tant l’envoûtement distillé au gré des tubes et des chansons plus obscures du groupe confirme toutes les attentes qu’on avait du groupe confirmé.

Ce qui s’ensuit après le psychédélisme emballant de King Khan and the shrines, est moins concluant. Pourtant rien à redire: c’est de la pointure. Imaginez plutôt, des légendes des années 90 (et pas au sens bâtard du terme) en la personne de The Prodigy et un véritable phénomène depuis le mythique film Drive (et son excellent Nightcall), le DJ Kavinsky. Les premiers ont assuré, le strict minimum surtout. Après une guerre de placement (pogo à gogo et mouvements de foule), témoignant de la frénésie générée par le groupe avant même son entrée en scène, Prodigy assène du feu et fait danser la poussière devant une masse humaine totalement acquise. Réussissant même l’exploit de provoquer un pit circle (les métalleux savent pourquoi!) mais manquant cruellement de spontanéité. Reste que c’est sans doute le groupe qui a attiré le plus de monde, serré et comprimé dans les cinquante premiers rangs. Quant à Kavinsky, pourtant stylé (des lunettes projetant des rayons rouges à la place de ses yeux, une scénographie magnifique), son set a profondément déçu. Trop mou, trop prétentieux.

Samedi, un combat entre Fauve et Singes

Troisième journée, déjà, le temps est passé vite, sans qu’on en voit l’ombre mais avec l’onde de mélodies du bonheur. Et cette avant-dernière journée promet bien des surprises. Passé une entrée en matière résolument rock entre The Lads (au rock juteux recherchant la puissance) et Findlay (au rock’n’roll hypnotique et terriblement langoureux), place aux (quasi-)vétérans du rock: Triggerfinger, les Anversois invités de dernière minute pour remplacer Volbeat.

Le trio anversois Triggerfinger a pris de la hauteur sur la scène Zanzibar.

Presque chez eux tant le Cabaret Vert semble être une péninsule prolongeant le plat pays (avec ses ambassadeurs enrobés de drapeaux noir-jaune-rouge et des supporters honorant Thibaut Courtois, allez comprendre!). Fort d’une fin de tournée des festivals, le groupe n’a séduit qu’à moitié. D’une part, en jouant parfaitement leur rôle de papys-rockeurs énergiques, faisant le boulot mais, d’autre part, en en abusant dans un show trop linéaire. Peut-être manquait-il de vagues, entre moments plus calmes et moments plus durs. Il en restera quand même un beau succès.

Mais le meilleur restait à venir. Avec Airbourne, dans un premier temps. Petits frères d’ACDC, ces australiens , et surtout leur inégalable chanteur fou, Joel O’Keeffe, ont tout provoqué un raz-de-marée lors d’un show brillant malgré le manque d’originalité par rapport aux gloires du hard rock. Coup de cœur quand sur les épaules d’un fan, O’Keeffe traverse l’entièreté de la foule pour se

Un onglet tendu vers un jeune garçon, la relève assurée pour Airbourne?

rendre sur la tribune réservées aux PMR et donner son onglet à un gamin, comme on file le virus à un fils du rock. Avant de repartir, ni une ni deux, sur scène, au terme d’un sprint à faire rougir Usain Bolt. Folie encore quand le chanteur se saisit de canettes (de la 1664), les cogne contre son crâne jusqu’à l’ouverture avant de les expédier dans le public. Ceux-là sont du genre dont on prend difficilement congé tant leur musique est sincère et fait compter le public, loin des shows calculés. La folie a bon goût dans le monde des rockeurs.

Passe l’euphorie et vient le temps des slams et des Fauves, ceux qui se targuent d’un ≠, marquant leur anticonformisme. On en a déjà beaucoup dit ici (voir les comptes-rendus desFrancofolies et d’Espéranzah!) mais, après trois semaines de repos (leur dernier concert était belge et à Espéranzah! justement), on a l’impression que le groupe a rechargé ses batteries. Le chanteur Quentin Postel a retrouvé sa voix et la performance à des milliers de ce qu’ils ont montré à l’Abbaye de Floreffe (déjà très bon). Et quelle sensation d’être entouré de 10 000 personnes reprenant par cœur les paroles du groupe. Un intermède fameux d’électro-swing avec l’incontournable Parov Stelar, et c’est reparti en mode « animal ».

Cette fois le cabaret se transforme en véritable planète des singes façon Shaka Ponk. Aidé par de superbes animations vidéo sous forme de dessin animé (pour les grands!) mettant en scène

Samaha Sam, une Tina Turner en puissance qui aurait été élevée par des singes.

Goz, le singe avatar du groupe; le groupe déjanté a fait la part belle au spectacle et notamment ce duel entre gorille animé s’improvisant batteur frénétique et le vrai batteur Ion. Sans oublier, les performances sautillantes et au bord de la dangerosité de Frah et le charisme de la chanteuse Samaha Sam. Une équipe de choc pour un concert d’1h30 se refermant sur un vexant « to be continued« . Le rendez-vous est pris!

La soirée se termine dans un climat polaire: 8°c à tout casser! Mais toujours cette formidable soif de découverte. Et pour le dernier groupe, on est servi: Jagwar Ma, un trio de techno psychédélique. Cet inconnu peut faire peur mais c’est carrément emballant et les téméraires entrent dans le trip. Des rituels improvisés qui donnent au petit peuple de la nuit des allures étranges et intrigantes.

Et le dimanche, ça continue!

Le cabaret vert pour nous, c’est fini, par obligation plus que par envie tant on serait bien resté pour la dernière soirée. Au menu: Thee oh sees, Kaiser Chiefs, Nick Waterhouse et Patrice. Encore du beau monde! Quoiqu’il en soit, cette dixième édition du festival champardenais est une belle réussite autant dans sa programmation que dans sa fréquentation: plus de 94 000 festivaliers et un sold out total pour les quatre jours.

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