Voyage dans l’histoire (Seules contre tous de Miriam Katin)

Un autre cas de la barbarie humaine souvent traité par la bande dessinée: la Deuxième Guerre mondiale. Vue et revue sous tous les angles par les autres médias, elle donne l’impression de pouvoir encore offrir une autre force de représentation. Puisqu’elle peut représenter n’importe quoi comme ce qui n’a pas été filmé, enregistré, comme un souvenir (personnel ou entretenu par procuration). D’où sa richesse et sa puissance d’évocation. Seules contre tous (sous-titré Une mère et son enfant otages du terrible destin de la Hongrie) en est l’exemple: Miriam Katin a connu la guerre par ses yeux d’enfant, arrachée du monde de la naïveté pour fuir vers des lieux moins hostiles que sa Budapest natale, durant l’année 1944. Poussée vers la sortie par la traîtrise de leur propriétaire, la mère et la fille sont obligées de commencer un périple dans le froid tout en s’abritant de la laideur humaine et criminelle.

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À travers ses moments de doutes, de renonciations, ses coups bas mais aussi ses éclaircies où la vie reprend, cette histoire est une formidable ode à la confiance en l’humanité même dans ses heures les plus sombres, moins proche du manichéisme que ce que les rumeurs ont parfois laissé penser, avec des gardes russes sympathiques et des paysans protecteurs qui vont permettre aux deux Juives de survivre.

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Si Miriam Katin a pris la peine, en 2005 (60 ans après les événements), de relater son histoire, c’est que ses souvenirs sont précieux, pour elle et pour sa propre fille qu’elle inclut dans quelques planches très lumineuses dans le New York de 1968 (“C’est si paisible ici. Les gens se sentent en sécurité, sans peur du lendemain.“). À travers cette bande dessinée tout en traits graphiques, en obscurité pour les passages les plus durs, mais aussi en espoir. Tout en menant une réflexion pertinente sur la religion (comment croire en ce Dieu s’il est mort)? Alors, au sujet de cette guerre mondiale, quand il y en a plus, il y en a encore? Oui mais de cette qualité et avec le savoir-faire labellisé Futuropolis, on en redemande.

14/20

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Seules contre tous, de Miriam Katin (Éditions Futuropolis, 128p.)

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