Voyage entre présent et passé rwandais: La fantaisie des dieux/Rwanda 1994 d’Hippolyte et Patrick de Saint-Exupéry

Le Rwanda, tout le monde en connaît la tragédie, l’a retenue, mais pour combien de temps? 1994 c’est loin, qu’en reste-t-il? Et d’autres cruels événements en prendront la suite, sans doute est-ce que veut le destin de l’Histoire? D’où l’intérêt des écrits et notamment de cette bande dessinée La Fantaisie des dieux de Patrick de Saint-Exupéry et Hippolyte. Le premier est grand reporter, journaliste et créateur de la célèbre revue XXI, le second s’est tracé une belle voie entre adaptations de fictions littéraires (Dracula de Stoker ou Le maître de Ballantrae de Stevenson), d’adaptations de contes, ou de reportages en BD (L’Afrique de papa ou le présent ouvrage). Une association entre l’érudition de Patrick de Saint-Exupéry sur le génocide rwandais (il avait sorti L’inavouable, il y a dix ans, revenant sur la présence française au Rwanda) et la connaissance de l’Afrique du dessinateur.

rwanda295

Le résultat, à la hauteur du talent de ses deux auteurs, chemine entre passé et présent, entre la découverte de l’horreur en 1994 par Saint-Exupéry, les retrouvailles de survivants et la ressasse de souvenirs cruels. Le décalage aussi: entre les génocidaires criant “Vive la France”, celle-ci cherchant à minimiser les faits, et les soldats sur place déboussolés sous les acclamations des assassins; entre Huttus et Tutsis; entre aujourd’hui et hier. Une période que seul Saint-Exupéry, cigarette au bec, peut décrire parmi les deux auteurs.

15389_isabellepages_la_fantaisie_8

Avant l’introduction d’Hippolyte, casquette vissée sur le crâne en signe de distinction, 20 ans plus tard, en terrasse, prêt à enquêter et à retrouver les témoins (déjà interviewés 20 ans auparavant) de cette triste époque: victimes ou… assassins (comme cet instituteur qui a supprimé 55 de ses élèves). Le tout enrichi de photos prises par Hippolyte.

Il résulte de cet ouvrage beaucoup d’émotion, d’incompréhension (comme dans le chef de certains formateurs militaires atterrés de voir que leur enseignement a mené à une telle horreur), de symbolisme via un dessin fabuleux suggérant plus que ne montrant, presque poétique (notamment par l’utilisation de l’eau) alors que le sang coule, fratricide. Un formidable récit à ancrer dans nos mémoires pour ne jamais oublier que, loin des yeux de l’Occident, les séquelles de cette guerre (qu’il a pourtant en partie provoquée), restent bien visibles!

15/20

36

La fantaisie des dieux, de Patrick de Saint Exupéry & Hippolyte (aux éditions Les Arènes, 92 p.)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.