Miossec – Ici-bas, ici-même

Il nous avait fait peur, ce vieux loup de mer bretonne qu’est Miossec. Sa dernière apparition datant des dernières Victoires de la musique (il était venu, avec David Ford, chercher la Victoire de la meilleure chanson originale pour le titre 20 ans de Johnny Hallyday). Là, las?, il était apparu affaibli, boitillant, pas en forme. Seulement une impression tant on a l’impression qu’avec Ici-bas, ici-même, son nouvel album, Miossec a retrouvé force et vigueur, autant dans ses textes que dans sa musique. Cet album, le neuvième du “Christophe” depuis 1995, est prodigieux, calme et à l’eau(Miossec, victime d’ataxie, ne peut plus boire une seule goutte d’alcool). L’eau, il en est question dès la pochette (le chanteur de 49 ans est immergé, presque méconnaissable).

Et c’est aussi du côté de la mer du Finistère qu’il a retrouvé le plaisir de composer, à quatre mains avec Albin de la Simone, qui a troqué ses habits d’auteur-compositeur-interprète contre le costard d’arrangeur, et ça lui va plutôt bien tant la galette (bretonne?) est cohérente et magistralement orchestrée.

Et que dire de ses textes, loin de la complexité des mots, Miossec a choisi la compréhension facile des images, crues parfois (J’ai ce qu’il faut dans le frigo, j’ai retrouvé toutes mes arêtes, j’ai retrouvé ma peau, j’ai retrouvé tout mon squelette, je vais rester seul avec mes os), qu’il donne dans ses textes sur des sujets de vie quotidienne et de ses frustrations (On vient à peine de commencer, toisant la vie qui passe à toute allure: La vie elle a passé, et on l’a comme pas bien vue, les années ont filé, beaucoup plus vite que prévu). Des textes dépouillés qui appuient l’émotion avec brio. Car avec sa voix calme, posée, presque chuchottée, Miossec est un conteur, parfois désenchanté, mais toujours aussi humain avec ses interrogations à fleur de peau (Qui nous aime, Nos morts, Répondez par oui ou par non).

Il prend aux tripes et touche au cœur, en solitaire (exception faite du très réussi Bête comme j’étais avant en collaboration avec ce vieux renard de Stephan Eicher). Depuis quelques albums, Miossec monte en puissance, propose chaque fois une aventure différente. A l’image de la chanson de conclusion, Des touristes, des choeurs, peut-être rédempteurs, viennent soutenir la voix de Miossec qui nous dit que tout baigne. Miossec sort de l’eau, non il n’a pas coulé, malgré les années, il sort de l’eau, de sa pochette, il est flamboyant. Et son album est cinq étoiles… de mer(veille).

18/20

Album disponible chez Pias

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