Avec Robin des Bois au Théâtre Royal du Parc, la forêt de Sherwood s’est enflammée à Bruxelles.
Première le 5 novembre 2026.
Il y a des premières qui se contentent de lancer une série de représentations. Et puis il y a celles qui vous laissent, dès le rideau tombé, avec l’envie irrépressible de raconter, de partager et de revenir. Celle d’hier soir au Théâtre Royal du Parc appartient résolument à la seconde catégorie.

Dès les premières minutes, le ton est donné, tout est impressionnant, généreux, populaire au meilleur sens du terme. On est face à un spectacle pour toute la famille qui ne prend jamais les enfants pour des spectateurs au rabais, ni les adultes pour des accompagnateurs résignés. Et c’est signé Bénédicte Philipppon, Livête Capuche et A.R. Chère qui ont réussi haut la main cette adaptation qui nous renvoie sans cesse par de petites vannes ou allusions à ce que nous vivons aujourd’hui dans la société actuelle.

On connait le Parc pour son écrin classique, sa salle à l’italienne qui impose le respect et ici elle devient forêt, château, prison, champ de bataille. La mise en scène de Catherine Couchard et Émilie Guillaume est intelligente et efficace. La scénographie de Cécile Vannieuwerburgh, joue avec la profondeur, les niveaux, la lumière, et transforme chaque changement de lieu en petit émerveillement. On ne regarde pas Sherwood, on y entre.

C’est beau, c’est malin, et surtout, c’est au service du récit. Il n’y a rien de décoratif pour faire joli. Chaque élément a une fonction, chaque trappe, chaque passerelle prépare un rebondissement, une entrée fracassante ou un combat.
Dans le rôle-titre, Othmane Moumen est formidable, il n’est pas un héros de carton-pâte, mais un Robin à la fois insolent, tendre et terriblement présent. Il a l’agilité du personnage, l’humour qui désamorce, et cette autorité naturelle qui fait que, quand il entre, la forêt se tait. Il porte le spectacle sans jamais l’écraser, laisse la place à ses compagnons, joue avec le public, rit et doute. Et c’est ce Robin là qu’on a envie de suivre.

Face à lui,Thierry Janssen est incroyable en roi Jean. Perfide, oui, mais pas seulement. Janssen en fait un souverain à la fois grotesque et inquiétant, vaniteux, paranoïaque, et d’une drôlerie cruelle. Chacune de ses apparitions est un morceau de bravoure dont on se régale. La scène d’ouverture où la cour est face au public muette pendant de longues minutes, tout se jouant sur le visage du roi est un grand moment. Ce roi on le déteste avec délice, on rit de ses colères, on frémit de ses caprices. Un grand méchant de théâtre, comme on n’en voit plus assez et sans qui la pièce ne serait pas ce qu’elle est. Bravo !

Autour d’eux, le casting est impeccable. On y retrouve notamment également Guy Pion, le doyen de la distribution, qui apporte comme toujours cette science du jeu, cette précision, cette présence qui ancre chaque scène. L’ensemble de la troupe est d’une homogénéité rare, pas de maillon faible ni de rôle sacrifié. Chacun a son moment, et chacun existe. Chapeau à toutes et tous.

Mais ce qui hisse cette production au-dessus du lot, c’est sa vitalité physique. Les combats sont impressionnants, lisibles, haletants, et on comprend pourquoi car celle qui tire les ficelles et les a mis en scène c’est Émilie Guillaume.
Elle nous a habitué à de l’excellent, mais cette fois, elle a mis la barre encore plus haut. Les chorégraphies des combats ne sont pas des parenthèses spectaculaires entre deux scènes de texte, elles sont du théâtre à part entière. Elles racontent la peur, le courage, la ruse, la loyauté. Épées, bâtons, arc, corps à corps , tout est d’une fluidité et d’une précision qui forcent l’admiration, sans jamais perdre le fil de l’histoire ni le sens du danger.

Le public, d’ailleurs, ne s’y est pas trompé. À plusieurs reprises, des salves d’applaudissements ont salué les duels les plus virtuoses, comme on applaudit un exploit sportif doublé d’un geste artistique.
En fin de spectacle, les comédiens ont eu droit à une grosse ovation, longue, chaleureuse, méritée. Celle qu’on réserve aux soirs où tout a fonctionné.

Robin des Bois au Parc, c’est un spectacle divertissant, riche, flamboyant, mais aussi profondément généreux. Un théâtre qui croit encore que l’aventure, l’humour et l’émotion peuvent se partager de 7 à 77 ans, le temps d’une soirée.
Dépêchez vous pour réserver vos places tant qu’il est encore temps, car il est certain que Robin des Bois fera bien vite salle comble.
Jean-Pierre Vanderlinden
Robin des Bois, Théâtre Royal du Parc, Bruxelles. Avec par ordre alphabétique les excellents : Félix BAREL, Romane BERLANGER, Julien BESURE, Ariel BWABO, Vladimir BURRION, Mathilde DAFFE, Laurie DEGAND, Émilie GUILLAUME, Elliott GUYOT, Thierry JANSSEN, Lucien LARIVIÈRE, Othmane MOUMEN, Guy PION, Gustave RENDERS, Jean-François ROSSION, Jérôme VILAIN, Jules WEISS.

Cher monsieur Vanderlinden, merci pour vos éloges. Dommage toutefois que vous ayez omis de citer les personnes qui ont mis en scène; les costumes, sans quoi les comédiens-es seraient nus-es ; la mise en lumière, sans quoi il n’y aurait rien à voir et la création sonore sans quoi il n’y aurait eu les chants et musiques.
Et je ne parle pas des techniciens de l’ombre qui participent grandement du fait que comme vous le dites, » tout à fonctionné ». Peut-être que eux aussi, un jour, seront mis en lumière.
Très cordialement, Béa Pendesini