Ancienne Belgique, Bruxelles, 12 octobre 2026
Il a fallu deux soirs pour absorber les revenants. L’AB a dû rajouter une date tant le 11 était vite complet. Le 12, donc, tenait du deuxième service pour les fans retardataires et les mordus qui veulent être présents tous les soirs. Même affiche que la veille devant une salle comble The Sisters Of Mercy et Soft Palms en support act, le duo révélation du jour que personne n’avait vu venir.
Soft Palms, la bonne surprise !
Soft Palms, c’est un duo de Los Angeles : Julia Kugel (ex-Coathangers) à la guitare/voix et Scott Montoya (ex-Growlers) à la batterie. Sur papier on annonce leur style comme de la dream pop, indie pop, psychedelic pop rock, shoegaze. Sur scène c’est tout autre chose.
Pas de basse, pas d’artifices, un son sec, ultra reverb, et cette voix de Julia presque enfantine qui flotte au-dessus comme si Mazzy Star avait été élevée dans un garage de Long Beach.
Ils ont ouvert avec un set passionnant qui a fait taire le bar. Pas de blabla juste des morceaux tirés de In Echo, leur dernier album. Le truc le plus troublant, c’est leur économie de moyens, une batterie minimaliste mais qui claque et une guitare qui alterne arpèges cristallins et riffs bien sales. Sultry vibes disent les ricains, et c’est tout à fait ça.
À Bruxelles, devant un public venu pour du noir total, ils ont réussi le challenge de faire danser les gothiques sur du soleil californien dépressif. Le contraste était parfait. Si le management des Sisters a de l’oreille, il les garde pour le reste de la tournée, d’ailleurs des dates se sont rajoutées.
Nous, on a noté que la prochaine fois qu’ils pointent le nez chez nous, on y sera.
Avec The Sisters Of Mercy la machine industrielle tourne encore.
Et puis il y a Andrew...
Andrew Eldritch n’a plus 20 ans depuis plus de 40 ans, mais toujours les lunettes noires, toujours le Doktor Avalanche (la boîte à rythmes la plus célèbre du goth) qui tabasse à 120 dB, et toujours Ben Christo à la guitare et Kai à l’autre six cordes.
On ne va pas mentir, les Sisters ne sont plus un groupe de rock, c’est une légende. Comme le disait leur propre bio pour l’AB : « We are a rock’n’roll band. And a pop band. And an industrial groove machine ». Ce soir, c’était surtout le troisième point.
La setlist est classique pour rassurer l’actionnaire avec entre autres : « Ribbons », « Alice », « More », « Lucretia my reflection », » Flood 2″ , « Dominion-Mother Russia » et bien sûr « Temple of Love » et « This Corrosion ».
Tout est joué plus vite, plus dur, plus métallique qu’en 1985. Et Eldritch ne chante plus, il déclame, il psalmodie comme un prêtre d’une religion dont il aurait oublié les paroles mais pas le ton.
Est-ce bon? Oui. Est-ce émouvant? Parfois. Quand la fumée envahit la Grande Salle avec ces deux guitares qui tranchent et ces hymnes intemporels, on se souvient.
Quand Doktor s’emballe et que le band disparait sous la fumée on sait qu’on est dans un concert des Sisters.
Pour ma part j’ai déjà assisté à des concerts du groupe plus enlevés que celui ci, et j’aurais aimé retrouver d’autres titres emblématiques comme « Marian », « No Time to Cry », « Black Planet », « Walk Away, » ou « First and Last and Always » plutôt que « Something Fast », « Eyes of Caligula » ou » I Was Wrong ».
Et cette version de « Temple of Love » plus tranchante m’a laissé un goût de trop peu par rapport à l’original plus mélodique. Mais tout ça est évidemment purement subjectif.
Ceci dit, le public, lui, est aux anges, avec deux mille personnes qui connaissent chaque hey de chaque morceau. L‘AB sonne comme une cathédrale en tôle, le light show est impeccable, cynique et efficace comme à chaque fois avec stroboscopes blancs, fumée noire, quelques couleurs bleu-rouge, le band reste fidèle à son ADN scénique.
Et puis il y a le grand paradoxe Sisters en 2026, soit un groupe qui refuse de sortir un nouvel album depuis 1990 et qui remplit encore deux Ancienne Belgique de suite à guichets fermés.
A ce stade, ce n’est plus de la nostalgie c’est l’entretien d’un mythe.
Ce fut donc une soirée très réussie
Je suis venu pour les corbeaux, et suis reparti avec l’album de Soft Palms sous le bras, le duo nous ayant proposé une belle leçon d’honnêteté sincère, des bonnes chansons, et du bon son.
Quand aux Sisters ils nous donnent encore et toujours une belle leçon d’endurance avec leur leader charismatique devenu une légende, une boîte à rythmes, deux guitares, et une salle qui crie même quand elle n’entend plus.
Jean-Pierre Vanderlinden / Photos Hugues Timmermans
















