Sari Schorr au Zik-Zak : du grand blues-rock… devant 45 courageux !

Le 8 octobre, Sari Schorr a transformé le Zik-Zak à Ittre en chaudron de blues-rock. Enfin, chaudron, c’est une image : avec une quarantaine de spectateurs, il restait encore de la place pour quelques dizaines de blueseux qui avaient manifestement mieux à faire. Évidemment, ceux qui ont préféré leur canapé à la scène ont raté une sacrée soirée.

Sari Schorr - Call It Freedom

Alors, les blueseux, bande de scrogneugneux pantouflards, où étiez-vous donc passés ? Il y avait vraiment un programme plus intéressant à la télévision ? Une rediffusion, un match de 3è ligue anglaise ou le douzième épisode d’une série déjà oubliée ? Vendredi soir, ils étaient seulement 45 à avoir fait le déplacement pour applaudir Sari Schorr… Quarante-cinq ! Pour une artiste de cette trempe, c’est à la fois désolant et franchement incompréhensible. Le blues se porte-t-il si mal ?

Car sur scène, l’Américaine n’est pas venue faire de la figuration. La veille de la sortie de son nouvel album, Running Wild,  cette soirée intimiste avait finalement tout d’une invitation privilégiée dans son univers. Sari Schorr possède une voix qui semble défier les lois de la nature. En quelques mesures, elle passe d’une délicatesse presque aérienne à une déflagration rock capable de faire trembler les murs. Du velours, du grain, du feu : elle a toute la panoplie, mais surtout l’intelligence de ne jamais en faire une démonstration gratuite. Chez elle, la puissance sert toujours l’émotion.

S

À ses côtés, Ash Wilson à la guitare, Carl Stanbridge à la basse, Russ Parker à la batterie et Carl Hudson aux claviers forment une machine parfaitement huilée. Le groupe s’est vraiment lâché car sur la scène du Zik-Zak, il n’y a pas besoin d’être 500 pour que ça chauffe. Au cœur du concert, les désormais incontournables de la chanteuse new-yorkaise (« Ain’t Got No Money », « King Of Rock’n’Roll, « Elevate » ou « Valentina ») et plusieurs titre de Running Wild. Lorsque Sari Schorr interprète « Man on Fire », écrit en hommage à son père, le spectacle change de registre. L’émotion affleure, sa voix se fait plus vulnérable et le temps semble suspendu. Derrière la puissance vocale se révèle une artiste profondément habitée par les histoires qu’elle raconte.

Ash Wilson

Russ Parker
Carl Hudson

Avec « BetterDay », Ash Wilson prend les commandes. Sa guitare s’enflamme, la tension monte et le morceau bascule dans un rock viscéral. Avec ses aspérités délicieusement rugueuses, le morceau ne se contente pas de séduire musicalement : il porte un message limpide, celui d’un peu plus d’humanité dans nos rapports aux autres. Un rappel essentiel, porté par le rock sans fard de Sari Schorr. Dès les premières notes de « Call It Freedom », on retrouve l’atmosphère envoûtante de « Shine On You Crazy Diamond » de Pink Floyd. Ce son de guitare reconnaissable entre mille, pourrait tout droit sortir de l’ampli de David Gilmour. Inspirée par l’histoire du grand-père de Sari et de son parcours, de l’Ukraine vers les États-Unis, la chanson donne au mot liberté une résonance toute personnelle.

Public Zik-Zak

Sari Schorr a livré à Ittre une prestation généreuse, habitée et intense. Les spectateurs convaincus ont eu droit à une soirée privilégiée, presque confidentielle, où la proximité avec les artistes a renforcé chaque émotion. Mais cette intimité avait aussi un goût amer : celui d’un rendez-vous manqué pour tous ceux qui auraient pu, et sans doute dû, être là.

Alors, chers blueseux, la prochaine fois, on se bouge ! On quitte le fauteuil, on abandonne la télécommande et on va soutenir les artistes qui font vivre votre musique préférée sur scène.

Texte : Philippe Saintes – Photos : © Sante Broccolo.

Sari Schorr - Ittres 2026

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